Dictionnaires bibliques
Marc
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Marc », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
L’auteur du second évangile, est probablement le fils de Marie ; cousin de Barnabas, et peut-être comme lui Lévite de naissance, compagnon d’œuvre de Paul et de Pierre, il est désigné dans les Actes sous les noms de Jean Marc (12.12-25), de Jean (13.5-13), et de Marc (15.39). C’est dans la maison de sa mère que les apôtres étaient réunis après la mort de Jacques, lorsque Pierre fut délivré de son cachot et de ses fers (12.12). Quelques anciens veulent qu’il ait été au nombre des soixante-dix disciples, et Origène, Procope, etc., ajoutent qu’il se retira pour un temps du Sauveur, de même que Luc, à cause de ce qu’avait dit le Messie : « Si vous ne mangez ma chair, vous ne pouvez avoir la vie en vous-mêmes » (Jean 6.53). Toutefois cette anecdote n’est rien moins que sûre, et si l’on en croit Irénée et Papias, Marc n’aurait pas connu Jésus, et il aurait été gagné à l’Évangile par la prédication de Pierre.
Ce fut Barnabas son parent qui l’introduisit dans la société des apôtres, et on le voit déjà compagnon de saint Paul, lors de son premier voyage missionnaire d’Antioche dans l’Asie Mineure (12.25 ; 13.5). On ignore pour quels motifs, après avoir suivi ses compagnons de voyage dans l’île de Chypre, à Salamis et à Paphos, il se sépara d’eux à Perge en Pamphylie (13.13) ; mais la manière dont Luc parle de cette séparation (15.38), semble jeter un certain blâme sur ses motifs, et l’on suppose que cette vie agitée et l’éloignement de sa patrie, avaient fatigué son zèle encore jeune, et sa foi encore peu éprouvée, peu habituée aux renoncements de la vie missionnaire.
Marc rentra cependant dans la carrière, et probablement après un intervalle qui ne fut pas fort long ; mais Paul ne le voulut pas d’abord pour compagnon de voyage, il prit Silas avec lui, tandis que Marc et Barnabas retournaient en Chypre. Aucun détail ne nous est donné sur les résultats de sa mission dans cette île, mais il faut croire qu’elle fut bénie, et qu’il se distingua par un redoublement de zèle pour faire oublier ses précédentes hésitations ; plus tard en effet, il est rentré en grâce auprès de Paul, qui le compte à Rome au nombre de ses compagnons d’œuvre (Phm. 24), le recommande à l’Église de Colosses (Colossiens 4.10), et prie Timothée de le lui ramener (2 Timothée 4.11).
Il paraîtrait que, pendant l’espace de temps qui sépara les deux captivités de Paul, Marc fut le compagnon de Pierre, auquel l’unissait une affection filiale, et qui l’avait auprès de lui quand il écrivit sa première épître (5.13). D’autres pensent que le Marc nommé dans ce passage était véritablement un fils de l’apôtre, ce qui serait bien possible, puisqu’il était marié ; mais la tradition n’est pas favorable à cette opinion. D’autres encore, afin de multiplier autant que possible, les saints et les évêques des temps primitifs, et de pourvoir ainsi tous les évêchés, ont distingué trois Marc, le fils de Marie, le fils de Pierre et l’évangéliste ; c’est encore plus improbable, et cette manière de voir n’a pas même pour elle les apparences.
Si, comme on doit le conclure de 2 Timothée 4.11, Marc assista aux derniers jours de Paul, on peut supposer qu’après la mort de cet apôtre, il revint en Asie, et qu’il y rejoignit Pierre. Une tradition ajoute que Pierre l’envoya prêcher l’évangile en Égypte, qu’il fonda a Alexandrie une Église considérable, que ses travaux en divers lieux de la Basse et de la Haute Égypte, et jusqu’à Cyrène, furent couronnés des plus beaux succès, et qu’enfin il fut massacré au milieu d’une fête païenne par les païens d’Alexandrie, irrités du grand nombre de prosélytes qu’il faisait chaque jour, et des attaques victorieuses qu’il avait portées à leur culte idolâtre ; son corps fut brûlé selon les uns, transporté selon les autres à Venise, où un temple magnifique qui porte son nom lui aurait été donné comme mausolée. Tous ces bruits ont leur teinte fabuleuse, et l’on sera d’autant moins porté à y ajouter foi que déjà Cyprien, Tertullien et Augustin refusent à l’Église d’Afrique une origine apostolique.
Son Évangile est le second en date : Eusèbe dit que c’est à Rome, à la demande des fidèles de cette église, et sous les yeux de Pierre, qu’il l’a composé. Quelques manuscrits grecs, le perse, l’arabe, et le Pseudo-Damase dans sa vie avec Pierre, ajoutent, en outre, que cet ouvrage a été primitivement écrit en latin, ce qui est aussi l’opinion de quelques modernes, Selden, Baronius, Bellarmin ; mais il n’est pas même sûr que ce soit en Italie que Marc a écrit, et plusieurs auteurs, cités par Chrysostome, portent que ce travail a été fait en Égypte, et pour l’Égypte. Quant à la part que Pierre a prise à la rédaction de cet évangile, la tradition est assez unanime, au point que saint Athanase, Eutyche d’Alexandrie, et d’autres pères grecs et orientaux, ont cru que cet apôtre l’avait dicté, et peut-être écrit de sa propre main. Supposé même que Marc eût écrit à Rome pour les chrétiens de cette ville, il ne serait pas prouvé qu’il se fût servi du latin : le grec était connu ; les deux ouvrages de Luc sont en grec, et l’épître aux Romains l’est aussi, sans que personne ait prétendu que Paul eût dû se servir d’une autre langue que celle qu’il parlait ordinairement en s’adressant aux païens. Il y aurait bien un moyen de décider cette question, puisque le texte original de Marc se trouve encore actuellement à Venise, où il est soigneusement conservé, depuis 1564 (Calmet), dans un caveau dont la voûte est plus basse, en tout temps, que la mer voisine ; mais, malheureusement, ce manuscrit est tellement altéré et illisible, que l’on ne peut pas même en déchiffrer quelques lettres pour voir si elles sont grecques ou romaines. Ce manuscrit (qui est peut-être tout autre chose qu’un Marc) est écrit sur du papyrus d’Égypte extrêmement délicat, et Montfaucon le fait remonter au moins au quatrième siècle. Cet auteur veut y avoir remarqué des caractères latins ; mais un autre auteur qui l’avait vu avant lui, et, par conséquent, dans des conditions meilleures et dans une moins grande vieillesse et détérioration, croit avoir distingué des lettres grecques. Ce débat, au reste, n’a plus d’importance, comme il ne se résoudra jamais non plus.
Quant au but que Marc s’est proposé en écrivant son évangile, on croit qu’il a eu sous les yeux le travail de Matthieu, et qu’il a voulu le mettre à la portée des lecteurs païens, en en retranchant tout ce qui se rapportait trop exclusivement aux mœurs, aux espérances et aux préjugés des Juifs ; il a un but plus catholique que le premier des évangélistes, mais sa couleur, sous ce rapport, est moins prononcée que celle de Luc, qui l’a suivi. Il est, avant tout, historien évangélique ; il raconte ce que le Sauveur a fait, et l’on pourrait donner, pour épigraphe à son livre, ces paroles de Pierre, qui fut son compagnon et son père spirituel : « Il allait de lieu en lieu, faisant du bien » (Actes 10.38). Tout est rapide dans son récit, tout est bref, et le mot aussitôt (en grec) se rencontre neuf fois dans le chapitre premier ; il dit les faits, et omet ou abrège les paroles et les discours. Le chapitre 1 renferme déjà la mission de Jésus et celle du précurseur, l’effusion du Saint-Esprit sur le Sauveur après son baptême, l’histoire de la tentation, la vocation de quatre apôtres, la guérison d’un démoniaque, celle de la belle-mère de Pierre, l’évangélisation de la Galilée, et la guérison d’un lépreux. Il ne fait guère de réflexions, et entre sommairement en matière. Cependant, il ne s’est pas borné à compléter Matthieu, et à donner à l’évangile un caractère universel ; il le complète conformément à son plan, et l’on y trouve beaucoup de faits que Matthieu n’avait pas rapportés, l’histoire de l’aveugle dont la guérison est progressive, celle du jeune homme enveloppé d’un linceul, qui suit la troupe qui vient d’arrêter Jésus, quelques mots sur Simon Cyrénéen, la pierre roulée à l’entrée du sépulcre, etc., ainsi qu’un grand nombre d’observations de détail qui donnent du relief à l’action, et trahissent le témoin oculaire qui a dirigé l’auteur, (Exode 1.13-20, 29, 33, 35, 45 ; 3.5-6 ; 4.26 ; 5.5-13, 26 ; 6.13 ; 10.46-50 ; etc.). Il ajoute quelques traits de la vie de Pierre, et en omet d’autres qui seraient à l’honneur de cet apôtre (Matthieu 16.16 ; 17.24). Il ne le nomme pas, non plus que Matthieu, dans l’anecdote de Malchus.
On ne peut rien déterminer sur l’époque de la rédaction ; au dire d’Irénée, Marc n’aurait écrit qu’après la mort de Paul et de Pierre ; mais, comme la mort de Pierre n’est pas connue, cette vague indication ne suffit pas, et l’on doit, avec Valois, Heidegger, Calmet, consentir à ne rien décider.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Marc (1)
Saint Marc évangéliste était, selon Papias, saint Irénée, et la plupart des anciens et des modernes, le disciple et l’interprète de saint Pierre, et plusieurs anciens croient que c’est lui dont parle saint Pierre dans sa première Épître (1 Pierre :13), et qu’il appelle son fils spirituel, apparemment parce qu’il l’avait converti. On croit qu’il avait été du nombre des septante disciples, avant qu’il s’attachât à la suite du prince des apôtres : mais quelques Pères ajoutent à cela une particularité, qui est que saint Marc fut un de ceux qui se retirèrent de la compagnie du Sauveur, lorsqu’il lui eut ouï dire ces mots (Jean 6.55) : Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez son sang, vous n’aurez point la vie en vous-même ; mais que saint Pierre l’ayant ramené, il demeura toujours ferme dans la foi, et s’attacha à cet apôtre, qu’il accompagna à Rome, où il écrivit son Évangile.
Quelques-uns l’ont confondu avec Jean-Marc, connu dans les Actes des apôtres et dans les Épîtres de saint Paul : mais ce sentiment est presque entièrement abandonné. D’autres soutiennent que saint Marc était de la race sacerdotale, et qu’il portait le bonnet des prêtres. C’est ce que dit l’auteur anonymede ses Actes. On dit aussi qu’il était neveu de saint Pierre, et fils d’une de ses sœurs. Cet apôtre étant allé à Rome vers l’an de Jésus-Christ 44, saint Marc l’y accompagna et y écrivit son Évangile, à la prière des frères, qui lui demandèrent qu’il leur donnât par écrit ce qu’il avait appris de la bouche de saint Pierre.
Cet apôtre, ayant appris ce que-son disciple avait fait, le loua, l’approuva, et donna son Évangile à lire dans les églises comme un ouvrage authentique. Tertullien attribue cet Évangile a saint Pierre ; et l’auteur de la Synopse attribuée à saint Athanase veut que cet apôtre le lui ait dicté. Eutyche, patriarche d’Alexandrie, avance que saint Pierre l’écrivit ; et quelques-uns, rapportés dans saint Chrysostome croient que saint Marc l’écrivit en Égypte. D’autres veulent qu’il l’ait écrit après la mort de saint Pierre. Toutes ces diversités de sentiments prouvent assez qu’il n’y a rien de bien certain sur le temps ni sur le lieu où saint Marecomposa son Évangile. [Voyez Pierre, addition].
On est aussi fort partagé sur la langue dans laquelle il a été écrit, les uns soutenant qu’il a été composé en grec, et les autres en latin. Les anciens et la plupart des modernes tiennent pour le grec, qui passe encore à présent pour l’original de saint Marc : mais quelques exemplaires grecs manuscrits de cet Évangile portent qu’il fut écrit en latin. Le Syriaque et l’Arabe le portent de mêmeal était convenable qu’écrivant à Borne et pour les Romains, il l’écrivit en leur langue. Baronius et Selden se sont déclarés pour ce sentiment, lequel toutefois n’a que très-peu de sectateurs. On montre à Venise quelques cahiers que l’on prétend être l’original de la main de saint Marc. Si cela était bien sûr, et que l’on pût lire le manuscrit, ce serait une preuve infaillible pour vider cette dispute : mais on doute que ce soit le vrai original de saint Marc ; et il est tellement gâté par la vieillesse, qu’à peine en peut-on discerner une seule lettre. Le dernier auteur, que jesache, qui en ait parlé, est le R. P. Dom Bernard de Montfaucon. Il soutient qu’il est écrit en latin, et il avoue qu’il n’a jamais vu de si ancien manuscrit. Il est écrit sur du papier d’Égypte beaucoup plus mince et plus délicat que celui que l’on voit en différents endroits. Le R. P. de Montfaucon croit qu’on ne hasarde guère en disant qu’il est pour le plus tard du quatrième siècle. Il fut mis, en 1564, dans un caveau dont la voûte même est, dans les marées, plus basse que la mer voisine ; de là vient que l’eau dégoutte perpétuellement sur ceux que la curiosité y amène. On pouvait encore le lire lorsqu’on l’y déposa en 1564. Un auteur qui l’avait vu avant lui croyait y avoir remarqué des caractères grecs. On peut voir notre préface Sur saint Marc.
Plusieurs modernes croient que saint Marc fut envoyé par saint Pierre de Rome à Aquilée, où il demeura deux ans et demi, et y fonda une église : mais ce fait n’est pas fondé dans l’antiquité. On croit que ce fut l’an de Jésus-Christ 49, qui était le neuvième de l’empire de Claude, que les Juifs ayant été chassés de Rome, saint Pierre et saint Marc furent obligés d’en sortir. Saint Pierre envoya saint Marc en Égypte pour y prêcher l’Évangile. Il descendit d’abord à Cyrène, dans la Pentapole, où il fit plusieurs conversions. De là il vint à Alexandrie, où il convertit Anien, qu’il ordonna premier évêque de cette ville. Le nombre des chrétiens s’y multiplia extrêmement, et ils y vécurent d’une manière si parfaite, qu’au sentiment de plusieurs, Philon le Juif en a voulu faire honneur à sa nation en décrivant la manière de vivre des premiers chrétiens sons le nom de Thérapeutes. Voyez ci-après Thérapeutes.
Le nombre des chrétiens croissant tous les jours, les païens se soulevèrent contre saint Marc, qui était venu renverser le culte de leurs dieux. Il crut qu’il était de la prudence de se retirer et de laisser passer cette tempête. Il retourna à Cyrène, où il demeura encore deux ans. Puis il revint à Alexandrie : il y vit avec joie les fidèles augmentés en foi et en grâce aussi bien qu’en nombre, et en sortit de nouveau. Il alla apparemment à Rome, s’il est vrai, comme le dit la Chronique d’Alexandrie, qu’il y assista à la mort de saint Pierre et de saint Paul, l’an 66 de Jésus-Christ. De là il revint à Alexandrie, où les païens, irrités du grand nombre de ses miracles et des railleries que les chrétiens faisaient de leurs idoles, le cherchaient pour le faire mourir. Dieu le cacha pendant quelque temps ; mais ils le trouvèrent qui offrait le saint sacrifice. C’était un dimanche 24 avril de l’an de Jésus-Christ 68. Ils lui mirent une corde au cou et le traînèrent pendant tout le jour, disant qu’il fallait mener ce buffle à Bucoles, qui était un lieu près de la mer, plein de rochers et de précipices. Sur le soir, ils le mirent en prison, où il eut deux visions pendant la nuit, l’une d’un ange, qui l’assura que son nom était écrit au livre de vie ; et l’autre de notrè Sauveur, qui lui donna la paix. Le lendemain, les infidèles recommencèrent à le traîner par tes rues jusqu’à ce qu’il rendit son âme à Dieu, le 25 avril de l’an 68 de Jésus-Christ. Plusieurs (g) ont dit qu’il avait fini sa vie par le feu : apparemment que l’on brûla son corps après sa mort.
Quelques anciens hérétiques, au rapport de saint Irénée, ne recevaient que le seul Évangile de saint Marc. D’autres parmi les catholiques rejetaient les douze derniers versets de son Évangile, depuis le v. 9, jusqu’à la fin du livre, apparemment à cause qu’il paraissait que saint Marc, en un endroit, était trop opposé à saint Matthieu, et qu’il rapportait dans cette dernière partie des circonstances opposées aux autres évangélistes. Les anciens Pères, les anciennes versions orientales et presque tous les anciens exemplaires tant imprimés que manuscrits, grecs et latins, lisent ces douze derniers versets et les reconnaissent pour authentiques, comme tout le reste de l’Évangile de saint Marc.
Autant qu’on en peut juger, en confrontant saint Marc avec saint Matthieu, le premier e abrégé l’ouvrage du second. Saint Marc emploie très-souvent les mêmes termes, rapporte les mêmes histoires et relève les mêmes circonstances. Saint Marc y ajoute quelquefois de nouvelles particularités qui donnent un grand jour au texte de saint Matthieu. Il y a même deux ou trois miracles dans saint Marc (Marc 1.23) qui ne se lisent pas dans saint Matthieu. Ce qu’il y a de fort remarquable dans notre évangéliste, c’est qu’encore qu’il suive saint Matthieu dans presque tout le reste, il abandonne toutefois l’ordre de sa narration, depuis le chapitre 4.5-12, jusqu’au chapitre 14 verset 13 de saint Matthieu. Dans ces endroits, au lieu de suivre saint Matthieu, il s’attache à l’ordre des temps marqué dans saint Luc et dans saint Jean ; ce qui a déterminé les chronotogistes à suivre saint Luc, saint Marc et saint Jean préférablement à saint Matthieu. Dans les commencements de l’Évangile, il commence son récit à la prédication de Jean-Baptiste, et omet plusieurs paraboles qui sont rapportées dans saint Matthieu, chapitre 20, 21 et 25 et plusieurs discours de Jésus-Christ à ses disciples et aux Pharisiens, chapitre 5, 6, 7, 11, 23. On peut voir la Vie de saint Marc dans les Bollandistes et dans M. de Trilemont, et ce que M. Spanhem a écrit sur saint Marc [M. Drach fait bien voir que l’Évangile.de saint Marc est abrégé de celui de saint Matthieu et fut écrit pour les Romains. C’est à l’occasion de l’insidieuse question que les Pharisiens (Matthieu 9.3) adressèrent à Jésus-Christ touchant le divorce : « Est-il permis à un homme de renvoyer sa femme, pour quelque cause que ce soit, quacumque ex causa? » Saint Marc (Marc 10.2) n’a pas ces mots : quacumque ex causa. Voici donc pourquoi, suivant l’estimable auteur que nous avons nommé « Saint Marc, qui devait viser à la brièveté, puisqu’il ne voulait nous donner que l’abrégé de l’Évangile de saint Matthieu, ne rapporte que la substance de la question des pharisiens, en élaguant le superflu… »
Et en note :
Plusieurs modernes, dont la majorité se compose de protestants, soutiennent que saint Marc ne saurait être l’abréviateur de saint Matthieu, et quelques-uns d’entre eux prétendent même prouver que saint Marc ne connaissait pas l’Évangile de saint Matthieu. Ils se fondent sur la différence qu’on remarque entre les deux Évangiles, différence indiquée dans les préfaces mises à la tête de saint Matthieu et de saint Marc, dans mon édition de la Bible. Voyez aussi la première note de Rosenmüller sur saint Marc.
Si ces critiques hardis ne respectent pas en saint Augustin, un des plus grands Pères de l’Église, ils devraient au moins rendre hommage à la profonde connaissance des divines Écrilures, qu’on admire presque à chaque page de ses œuvres. Comment peut-on supposer un instant que l’auteur du savant livre De Consensu Evangelistarum n’ait pas remarqué ces différences, n’ont pas échappé à MM. Lardner, Michaelis, Hopp, Hum et autres Crompires ?
Je ne puis donc que répéter l’opinion énoncée dans la préface sur saint Marc, que je viens d’indiquer, opinion adoptée aussi par les savants auteurs de la traduction italienne de ma Bible.
Saint Marc, écrivant à Rome et pour les Romains, ne perdait pas de vue pour qui il écrivait. Il avait sous les yeux l’Évangile de saint Matthieu, composé principalement pour les Juifs, et rédigé originairement en syrojérusalémite ; il l’abrégeait autant que cela convenait à ses vues, et en reproduisait quelquefois jusqu’aux expressions. Sa manière de rapporter la dispute touchant le divorce en est une preuve. Cf. S. Marc (Marc 10.3), suivants avec S. Matth. (Matthieu 19.3), suivants Il élaguait ce qu’il ne jugeait pas nécessaire à dire, et ajoutait tout ce qui pouvait compléter son récit. Souvent il explique ce que les Romains n’auraient pas compris aussi bien que les Juifs, auxquels saint Matthieu a effectivement épargné ces explications. Ainsi il les avertit au chapitre 7.2, que manger communibus manibus, veut dire : manger sans se laver les mains. Ch. 12.42, il les prévient que le lepton, petite monnaie de la Judée, valait un quadrans romain. Ch. 15.42, il leur explique ce que les Hébreux entendaient par le mot parasceve : c’est, dit-il, la veille de leur sabbat, etc.
Si l’on ne veut pas regarder saint Marc comme l’abréviateur de saint Matthieu, il restera toujours constant qu’il n’avait pas besoin de répéter ce parasite quacumque ex causa aux Romains, qui n’avaient pas à s’occuper de ce que pensaient et pratiquaient les pharisiens. M. Duach, Du divorce dans la Synagogue, pages 83, et note S, pages 222-224
Marc (2)
Jean-Marc, cousin de Barnabé. Voyez Jean-Marc.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
1.
Le Markos du Nouveau Testament grec est le latin Marcus, prénom romain qui en cette qualité précédait le nom et le surnom et s’écrivait en abrégé par l’initiale M. (par exemple : M. [= Marcus] Tullius Cicero). À partir de l’ère chrétienne, il devint extrêmement fréquent, sans distinction de classes, chez tous les peuples de langue grecque à travers l’empire, généralement porté seul suivant l’usage hellénique : les inscriptions et documents du temps mentionnent de nombreux Markos ou fils de Markos. Ce fut d’ailleurs le cas de la plupart des prénoms latins, parmi lesquels le Nouveau Testament emploie comme noms grecs ceux de Gaïus et de Lucius (voir ces mots). Quant à Marc, on l’y compte 8 fois : 4 fois dans les Actes (Actes 12.12 ; Actes 12.25 ; Actes 15.37 ; Actes 15.39), 3 fois dans les épîtres de Paul (Colossiens 4.10 ; Philémon 1.24 ; 2 Timothée 4.11), une fois dans la 1ère épître de Pierre (1 Pierre 5.13). Dans les trois premiers de ces passages c’est un surnom, celui d’un Juif : « Jean surnommé Marc », désigné deux fois entre temps par son seul nom israélite de Jean (Actes 13.5-13), et qu’on distinguait donc de ses nombreux compatriotes du même nom en ajoutant son surnom d’origine latine. C’est à peu près ainsi que Joseph Barsabas est surnommé Justus (signifiant : juste ; Actes 1.23), qu’un Siméon est appelé Niger (signifiant : noir ; Actes 13.1), et que ce Saul est aussi appelé Paul » (Actes 13.9). Cette dernière analogie, celle du grand apôtre dont le nom hébreu est définitivement remplacé par son surnom grec dès le début de sa carrière missionnaire, vient ici à l’appui de l’interprétation la plus naturelle et la plus généralement adoptée, d’après laquelle les dix mentions bibliques de Jean-Marc ou Jean, et de Marc, se rapportent toutes au même personnage.
2.
Il apparaît d’abord en relation avec l’apôtre Pierre. La première fois il est simplement désigné comme fils d’une Juive de Jérusalem appelée Marie, chez qui, lors de la persécution de l’Église par Hérode Agrippa Ier (an 44), des chrétiens se réunissent pour prier ; et dès que Pierre se voit délivré de la prison, en pleine nuit, c’est vers cette demeure qu’il se dirige avant de disparaître, pour y charger les fidèles assemblés de raconter à Jacques et aux autres frères sa miraculeuse libération (Actes 12.12 et suivants). Plusieurs détails du récit : une grande porte de vestibule (grec, pulôn), une pièce de réception suffisamment spacieuse, une servante (sans doute une esclave), dénotent une certaine situation de fortune, et l’épisode dans son ensemble prouve que Marie tout au moins comptait, alors parmi les membres influents de la communauté primitive. D’où il ne s’ensuit pas nécessairement, comme on l’a supposé, qu’il faille placer aussi dans sa maison le repas de la sainte Cène et l’effusion du Saint-Esprit le jour de la Pentecôte, ni faire de Marc l’un des 70 disciples (Luc 10). S’il est vrai, comme l’écrira Papias au IIe siècle, que Marc auteur de l’Évangile « n’avait ni entendu ni suivi le Seigneur » (ce que semble confirmer la phrase incomplète, sans doute relative à Marc, par laquelle commence le fragment de Muratori), ces hypothèses sont assez improbables. On a parfois voulu reconnaître Marc lui-même dans les deux personnages anonymes que l’Évangile de Marc place à proximité soit de la chambre haute soit du jardin de Gethsémané : le porteur de la cruche (Marc 14.13 et suivants) et le jeune homme qui s’enfuit la nuit sans vêtement (Marc 14.51 et suivant) ; identifications soutenables, mais purement conjecturales. Voir Marie, paragraphe 3.
3.
Un ou deux ans sans doute après la délivrance de Pierre, en 45 ou 46 (voir Chronologie du Nouveau Testament, II, paragraphe 1 et 3), Barnabas et Saul étant venus d’Antioche à Jérusalem pour y apporter les dons des frères aux victimes de la famine (Actes 11.28 ; Actes 11.30), leur attention s’y porte sur Jean surnommé Marc, vraisemblablement à cause des services qu’il leur rend dans cette distribution des secours, et lorsqu’ils repartent pour Antioche ils l’emmènent avec eux (Actes 12.25), tout comme auparavant Barnabas avait emmené de Tarse à Antioche Saul lui-même (Actes 11.25 et suivant). Le développement rapide de l’Église chrétienne en cette capitale de la Syrie réclamait en effet de nouveaux et actifs collaborateurs ; on voit (Actes 13.1 ; Actes 13.3) s’y multiplier « prophètes » et « docteurs » (prédicateurs et instructeurs), puis s’imposer d’En-haut le programme de la mission chrétienne pour laquelle deux d’entre eux sont désignés : précisément encore Barnabas et Saul, qui partent bientôt pour Chypre, « ayant Jean avec eux pour les aider » (Actes 13.3), littéralement : comme serviteur ; le terme ici employé, hupêrétês, est dans le grec classique le titre du subordonné d’un chef, non pas subalterne, mais secrétaire, aide de camp, ordonnance, etc. Les fonctions assignées à ce jeune homme sont donc bien celles d’un auxiliaire et non pas d’un égal à côté des apôtres, et pas davantage celles d’un simple domestique ; il devait avoir à s’occuper des arrangements matériels du voyage, des formalités, des rendez-vous, peut-être même des baptêmes, s’il ressort de 1 Corinthiens 1.14-16 que saint Paul n’en administrait guère lui-même ; ainsi les deux missionnaires pouvaient se consacrer plus complètement à leur tâche absorbante, surtout spirituelle.
4.
Mais cette collaboration à trois ne dura guère. Après la visite de Chypre, dès qu’ils ont regagné par mer le continent, au port de Perge, Jean quitte ses deux compagnons pour retourner à Jérusalem (Actes 13.13), auprès de sa mère. Bien des hypothèses ont été risquées pour expliquer un aussi rapide abandon. Le jeune homme était-il en mauvaise santé, ou du moins assez fatigué déjà pour redouter l’épuisant et périlleux trajet depuis la côte pam-phylienne fort malsaine jusqu’aux hauts-plateaux pisidiens fort mal fréquentés (cf. la maladie de Paul en Galatie : Galates 4.13 et suivant, et tous les risques courus dans ses voyages : 2 Corinthiens 11.26 et suivants) ? Marc estimait-il qu’un pareil itinéraire, au sein de populations à forte proportion païenne, l’aurait beaucoup plus éloigné de son pays qu’il n’avait été prévu lors du départ ? Ou bien l’auteur du récit, qui vient de montrer d’une touche discrète Barnabas désormais éclipsé par « Saul appelé aussi Paul » (Actes 13.9, comparez d’abord « Barnabas et Saul » J (Actes 11.25 ; Actes 11.30 ; Actes 12.24 ; Actes 13.1 ; Actes 13.2 ; Actes 13.7) Puis « Paul et Barnabas » (Actes 13.43 ; Actes 13.46 ; Actes 13.50 ; Actes 14.1 ; Actes 14.3 etc.), n’a-t-il pas voulu indiquer, dans Actes 13.13, sans y insister davantage, que ce changement de chef dans la troupe missionnaire avait déplu à Jean-Marc, lequel (nous le verrons plus loin) était proche parent de Barnabas, et devait préférer son autorité paisible à la fougueuse indépendance de Paul ? Cette façon elliptique de réduire le fait nouveau (changement de chef) en une tournure de style (« Paul et ses compagnons ») et d’en rapprocher la conséquence sans la rattacher explicitement à sa cause (« Jean se sépara d’eux »), serait bien dans la manière du rédacteur du livre des Actes. Quoi qu’il en soit de ses motifs, Marc pouvait avoir aussi ses excuses : le Saint-Esprit ne l’avait pas mis à part, lui, pour la mission, l’Église ne l’avait pas consacré, il n’était qu’un surnuméraire, choisi par les missionnaires sous leur propre responsabilité, mais (comme les faits allaient le prouver) nullement indispensable ou irremplaçable ; si de telles conditions d’engagement lui conservaient à ses yeux sa liberté, il a pu se juger autorisé à en user en présence des faits imprévus énumérés plus haut (voir Paul [ses voyages], II).
5.
Quelles qu’en aient été les raisons, sa défection devait être jugée en tout cas fort différemment par ses deux aînés. Barnabas la considéra si peu comme une désertion, qu’au moment de repartir en mission avec Paul, environ 3 ans plus tard (49/50), il voulait à tout prix, une fois de plus, l’« emmener » ; Paul au contraire n’y consentit à aucun prix, précisément parce qu’« il les avait quittés en Pamphylie et abandonnés » en plein travail. Certains commentateurs mettent ce différend en relation avec l’incident d’Antioche, où Paul avait récemment condamné les menées judaïsantes de Céphas et de Barnabas (Galates 2.11-14) ; il paraît pourtant difficile d’admettre que l’auteur du livre des Actes eût alors reporté sur Marc la responsabilité de la rupture entre Paul et Barnabas. Ni l’un ni l’autre ne voulurent céder, et la discussion fut vive (grec paroxusmos) ; elle aboutit à la séparation : Barnabas partit avec Marc pour évangéliser encore Chypre, son propre pays d’origine (cf. Actes 4.36), tandis que Paul, commençant lui aussi son second voyage missionnaire par son propre pays d’origine, la Syrie et Cilicie (cf. Actes 22.3), prenait pour nouveau compagnon Silas, auquel il devait bientôt adjoindre Timothée (Actes 15.40 ; Actes 16.3). C’est dans ces circonstances que Barnabas (voir ce mot) disparaît du livre des Actes, bien que Paul doive le citer quelque 5 ans plus tard dans 1 Corinthiens 9.6 comme un apôtre du Seigneur, en des termes qui le supposent encore vivant. D’après les Actes de Barnabas, ouvrage apocryphe du IVe ou du Ve siècle fort sujet à caution, il aurait été martyr dans l’île de Chypre et Marc aurait alors gagné l’Égypte pour prêcher l’Évangile dans la ville d’Alexandrie. Cette dernière tradition n’est pas inacceptable, car d’anciens témoignages (Eusèbe, Jérôme, Épiphane, etc.) rattachent à Marc la fondation de cette Église, quoiqu’il soit étrange que ses deux plus grands chefs, Clément et Origène, n’en parlent ni l’un ni l’autre. Eusèbe précise que le successeur de Marc y serait entré en fonctions dans la 8e année de Néron (61/62), ce qui rendrait compte de l’activité de Marc pendant une dizaine d’années, jusqu’à ce que nous le retrouvions en la compagnie de Paul.
6.
Il y paraît tout d’abord dans Colossiens 4.10 : « Marc, le cousin de Barnabas » ; proche parenté, car le grec anepsios désigne spécialement les cousins germains (voir Cousin) : Marie mère de Marc devait être sœur de la mère ou du père de Barnabas. Ainsi se confirme bien l’identité, que nous avons admise jusqu’ici, du Jean-Marc compagnon de Barnabas d’après Actes, avec le Marc cousin de Barnabas et compagnon de Paul d’après trois épîtres de ce dernier. Si ses épîtres aux Colossiens et à Philémon sont écrites de Rome (comme nous le supposons), elles se placent vers 59-61 ; si elles datent de la captivité de Césarée (voir Colossiens, III), elles remontent à environ 3 ans plus tôt, ce qui cadre moins bien avec l’époque précitée suggérée par Eusèbe pour le départ de Marc d’Alexandrie. Dans l’une ou l’autre hypothèse les allusions de Paul à des recommandations que les chrétiens de Colosses ont déjà reçues à son sujet et l’ordre de l’apôtre de bien l’accueillir s’il va les voir (car selon toute apparence la tournure ambiguë de la phrase se rapporte bien à Marc et non pas à Barnabas) indiquent que Marc est connu d’eux, et sans doute les a visités antérieurement, en tout cas qu’il doit avoir l’intention de bientôt se rendre en leur région. L’apôtre lui-même l’espérait, escomptant sa propre libération : il le dit expressément à l’hôte de l’Église même de Colosses, Philémon, dans le billet qu’il lui adresse en même temps que l’épître à la communauté (cf. Philémon 1.24). Ces deux mentions de Marc par Paul prouvent péremptoirement qu’entre eux le vieil incident est clos : non seulement il le recommande aux chrétiens de la vallée du Lycus, qui connaissaient fort bien son abandon lors de la première mission dans une région frontière de la leur, mais encore il insiste sur le fait que Marc est l’un des trois seuls frères d’origine israélite (signifiant : circoncis) qui l’ont soutenu dans sa captivité ; son ancien « aide », le trouvant prisonnier, est devenu son « compagnon de travail » (grec sunergos) et, par là, une « consolation » (parêgoria). Après l’ancienne brouille passagère, la réconciliation complète ne peut que les honorer l’un et l’autre.
7.
Marc s’est-il effectivement rendu à Colosses ? On l’ignore. Mais en Asie Mineure, certainement, si la 2e épître de Paul à Timothée est bien, comme nous le pensons (voir Pastorales), un message d’une deuxième captivité de l’apôtre à Rome, sa dernière, peu avant sa mort (vers 64 ou 67). S’adressant à son disciple, qui se trouve alors non loin de Troas (2 Timothée 4.13) et probablement à Éphèse, et l’engageant à venir le rejoindre bientôt (2 Timothée 4.9), Paul dit à Timothée de prendre en chemin et de lui amener Marc, qui lui est « fort utile pour le ministère » (2 Timothée 4.11). Encore une fois est caractérisé comme une activité auxiliaire ce genre de service (grec diaconia), ministère pratique, dans lequel il excellait. On aime à recueillir au sujet du jeune compagnon de la première mission comme des dernières épreuves ce témoignage et ce vœu suprêmes du grand apôtre, à la veille de son martyre (2 Timothée 4.6 ; 2 Timothée 4.8).
8.
Devait-il le revoir, avant la fin ? Ce n’est pas impossible, car vers l’époque même où Paul va disparaître, à Rome, voici reparaître Pierre, à Rome aussi, qui dans son épître (1 Pierre 5.13) appelle Marc son « fils » (huïos). Que ce titre d’affection soit proprement celui d’un fils spirituel, amené à l’Évangile par l’apôtre lui-même (en ce cas, Paul disait plutôt : enfant [teknon], cf. Philémon 1.10, etc.), ou dans un sens plus général celui d’un jeune et fidèle disciple, il semble en tout cas fort bien approprié à Marc de la part du vieil ami de sa mère qu’au temps de sa jeunesse il voyait à la maison, le plus considéré parmi les Douze, se joindre aux frères assemblés sous l’épreuve des persécutions. Élève et maître se sont donc retrouvés « à Babylone », endroit d’où Pierre envoie sa lettre en transmettant à ses lecteurs la salutation de Marc ; on voit généralement dans ce nom de Babylone une appellation symbolique (comme est aussi symbolique l’expression voisine : sunéklektê = la co-élue, c’est-à-dire certainement l’Église), et l’analogie de l’Apocalypse (Apocalypse 14.8 etc.) fait reconnaître la Rome impériale sous le nom figuré de Babylone (voir ce mot). En quelque année que Pierre soit mort, sans doute à Rome, probablement sous Néron, soit en même temps que le martyre de Paul soit quelques années après (voir Simon Pierre), la présence de Marc auprès de lui dans la capitale à cette époque (entre 64 et 68) concorde exactement avec la très solide tradition chrétienne qui situe précisément dans ce cadre la composition de l’Évangile selon saint Marc par ce disciple lui-même, alors devenu l’« interprète » (grec herméneutês) de la prédication de Pierre (voir Marc [Évangile de], I ; Évangiles Synoptiques, conclusion). Cette concordance avec le témoignage unanime de l’Église assure les plus fortes probabilités à notre interprétation de 1 Pierre 5.13, parmi les diverses explications, toutes hypothétiques, qui dépendent des solutions données aux problèmes de la 1ère épître de Pierre (voir article) : auteur, époque, lieu de composition. À propos de cette huitième et dernière mention de Marc dans le Nouveau Testament, il est à remarquer qu’elle fut écrite sous la dictée de Pierre par le disciple Silvain (1 Pierre 5.12), sans doute le Silas (voir ce mot) du livre des Actes, jadis emmené par Paul en mission à la place de Jean-Marc précisément (Actes 15.37 ; Actes 15.40) ; ce Silas, ancien associé de Paul, se trouve finalement avec Pierre, auprès duquel il joue le rôle de « secrétaire » pour rédiger cette épître, comme Marc jouera auprès du même Pierre le rôle d’« interprète » pour prendre des notes sur la prédication de l’apôtre et pour les composer ensuite en l’Évangile qui portera le nom du disciple.
9.
En dehors des traditions relatives à cette rédaction de l’Évangile de Marc, qu’on trouvera dans l’article suivant, les témoignages des Pères de l’Église concernant sa personne sont rares et fort incertains. D’après des documents romains (l’évêque Hippolyte au IIIe siècle, les préfaces latines de l’Évangile, celle de la Vulgate et un manuscrit espagnol de cette dernière au VIIIe siècle), il aurait porté un surnom grec : l’estropié des doigts ou d’un doigt (kolobodaktulos). On en a cherché des explications bien peu naturelles : il se serait amputé volontairement un pouce pour échapper au sacerdoce juif (cf. Lévitique 21.16 et suivants ; mais ceci implique qu’il aurait été de la tribu de Lévi, comme son cousin Barnabas : supposition sans aucun appui), ou bien on aurait souligné comme un mérite le fait d’avoir pu, quoique mutilé, composer un ouvrage ; ou bien, au contraire, le surnom aurait eu un sens figuré péjoratif, soit comme équivalent de déserteur pour son abandon de la première mission, soit comme sobriquet destiné par certains philosophes à ridiculiser la brièveté de son Évangile ! Si le souvenir de cette singulière épithète, conservée dans les milieux chrétiens de Rome, a quelque valeur historique, mieux vaut l’accepter dans son sens le plus naturel et y voir une infirmité, accidentelle ou congénitale, ayant pu affecter l’une des mains ou même les deux, ou bien consister en un pied bot ou une claudication, et de nature à dériver la carrière du disciple vers ce ministère de second plan par lequel il rendit des services considérables à l’Évangile, comme auxiliaire des apôtres d’avant-garde.
10.
Au sujet de sa mort on ne sait rien de sûr. Diverses traditions ont rattaché, comme nous l’avons dit, une certaine période de son ministère à l’Église d’Alexandrie et à la mission en Égypte ; il y aurait été le premier évêque, y aurait subi le martyre et y aurait été enseveli. Au IXe siècle, des Vénitiens y auraient pris ses cendres pour les transporter dans leur cité. Des récits apocryphes et de nombreuses légendes ont fleuri autour de sa personne, de son martyre et de l’enlèvement soi-disant miraculeux de son corps jusqu’à Saint-Marc, à Venise, dont il a été fait le patron, et où l’on voit encore une place d’honneur réservée au « lion de saint Marc » (Invention évoquée par l’attribut de l’Évangile de Marc dans l’iconographie chrétienne : voir Évangile, II).
Jean Laroche
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
L’article dans Westphal