Dictionnaires bibliques
Jona
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Jona », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
1°. Père de Pierre et André, dont le nom signifie colombe (Matthieu 16.17 ; Jean 1.43 ; 21.15) ; il est du reste complètement inconnu. On pense qu’il était pêcheur comme ses fils sur les bords du lac de Génésareth, et que probablement il était mort lors de la vocation des deux apôtres, puisqu’il n’est mentionné nulle part.
2°. Le cinquième des petits prophètes, le même qui est nommé sous Jéroboam II, roi d’Israël, comme ayant annoncé les victoires de ce monarque et l’extension de son royaume (2 Rois 14.25) ; car (Jonas 1.1) il est également indiqué comme fils d’Amittat. On ne connaît, du reste, autre chose de son histoire que l’épisode qui nous en a été conservé dans le livre qui porte son nom. Ce livre renferme le récit de la mission du prophète auprès de la ville de Ninive, alors capitale du puissant empire d’Assyrie, et développe d’une manière pleine d’intérêt les différentes scènes de ce drame, les efforts de Jonas pour se soustraire à cette mission, la tempête à laquelle est exposé le vaisseau qui le porte, la conservation miraculeuse du prophète dans le ventre d’un grand poisson, sa prédication à Ninive, enfin ses résultats, ses heureux succès, et les tristes sentiments de dépit qu’ils lui inspirent.
Bien des questions ont surgi à propos de ces quatre chapitres. On a commencé par ne rien en croire du tout, et ensuite on s’est demandé si le poisson dans lequel Jonas a passé trois jours et trois nuits est un véritable poisson, si ce ne serait pas plutôt le cachot du vaisseau, qui avait pour enseigne un grand poisson ; d’autres supposent qu’il a quitté le navire et qu’il a été obligé, par indisposition, de passer trois fois vingt-quatre heures à l’hôtel du Grand Poisson qui se trouvait au bord du rivage ; d’autres, et en particulier M. Coquerel, pensent que le grand poisson est une caverne ou un enfoncement de rochers au bord de la mer, dans lequel Jonas se sera sauvé à la nage. Ces théologiens sont ainsi d’accord à ne voir dans l’histoire de Jonas qu’une allégorie, un mythe emprunté à une tradition païenne qui rattache à la ville de Joppé le séjour d’Hercule dans le sein d’un monstre marin.
Mais pour ceux qui admettent l’autorité du Nouveau Testament la question est tranchée, puisqu’évidemment le Seigneur a présenté ce récit comme une histoire véritable, et cela dans tous ses détails, par deux fois (Matthieu 12.39 ; 16.4 ; Luc 11.29-32) ; et il est bien plus naturel et plus logique de faire dériver la tradition païenne de la tradition biblique, que de procéder à l’inverse. Le fait lui-même a une grande importance, d’abord en ce qu’il est une prophétie de la vocation des Gentils, par opposition aux fausses idées du particularisme juif et d’une manière charnelle de comprendre l’élection, erreur dont Jonas était le représentant ; ensuite, parce que l’Esprit Saint nous autorise et nous invite même, dans les passages cités, à considérer la conservation du prophète dans le ventre du poisson pendant trois jours et trois nuits, par la puissance divine, comme un type de la résurrection du Christ.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Ce nom signifie une colombe ; et Bar-jona (Matthieu 16.17), le fils de la colombe. Mais il paraît que la meilleure leçon est Bar-ioanna, ou Jochanna, fils de Jean. Saint Pierre avait pour père un nommé Joanna, ou, par abrégé, Jona.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Fils d’Amathi, le cinquième des petits prophètes, était Galiléen, natif de Geth-opher (2 Rois 14.25), que l’on croit être la même que Jotapate, célèbre par le siège que Josèphe l’historien y soutint contre l’armée romaine, un peu avant la ruine de Jérusalem. Geth-opher était dans le pays de Zabulon, où se trouvait le canton d’Opher, ou Epher. Saint Jérôme la place à deux milles de Séphoris, tirant vers Tibériade. Quelques rabbins croient que Jonas était ce fils de la veuve de Sarepta, qui fut ressuscité par Élie (1 Rois 17.17) ; et cela, parce que cette veuve, ayant reçu son fils vivant, dit au prophète : Je sais à présent que la parole de Dieu est vérité dans votre bouche. On donna à ce jeune homme le nom de fils d’Amathi, parce qu’en hébreu, amath signifie la vérité, et que, par sa résurrection, Jonas était en quelque sorte devenu fils d’Élie. Cette raison est certainement très-faible. Toutefois le sentiment qui veut que Jonas soit le fils de cette veuve est très-commun. Il est certain que Jonas vivait sous Joas et sous Jéroboam II rois d’Israël. Il ne peut donc être le fils de la veuve de Sarepta, puisque le premier de ces deux princes ne commença à régner que soixante ans après le transport d’Élie d’autres ont voulu que Jonas ait été le fils de la femme de Sunam, dont Élisée ressuscita le fils (2 Rois 4.16-17, 36, 37). Mais Sunam et Geth-opher sont des lieux trop éloignés l’un de l’autre ; et nous savons certainement par l’Écriture que Jonas était de Geth-opher. Quelques-uns croient que Jonas était ce prophète qu’Élisée envoya à Jéhu pour le sacrer roi d’Israël (2 Rois 9.1-3) : mais ce fait n’est nullement certain.
L’auteur de la Vie et de la Mort des prophètes, cité sous le nom de saint Épiphane et de Dorothée, et la Chronique pascale disent que Jonas était natif de Cariatham, près d’Asoth, sur la Méditerranée. On lui attribue au même endroit cette prophétie : Quand on verra dans Jérusalem des peuples innombrables venus du côté de l’occident, alors on doit s’attendre à voir périr cette ville de fond en comble ; et que cette ville sera ruinée quand on verra pleurer la pierre avec compassion. Ces nations, venues du côté de l’occident, sont les Romains ; et la pierre qui pleure sur Jérusalem, est Jésus-Christ, qui est nommé la pierre angulaire dans l’Écriture, et qui pleura sur Jérusalem peu de jours avant sa passion. Le même saint Épiphane raconte que Jonas, de retour de Ninive, et confus de ce que sa prédiction contre cette ville n’eût pas été suivie de l’exécution, se retira avec sa mère près de la ville de Sur, ou plutôt de Tyr, où il demeura jusqu’à sa mort, dans la campagne de Saar ; et qu’il fut enterré dans la caverne de Cenezoeus, juge d’Israël. Ce jugé est apparemment Caleb, ou Othoniel ; on donne à Caleb le surnom de Cénézéen en plus d’un endroit (Nombres 32.12 ; Josué 14.6-14) ; mais on ne lit pas qu’il ait été juge d’Israël. Othoniel était fils de Cénez (Josué 15.17 ; Juges 1.13).
Voici ce que nous savons certainement sur le sujet de Jonas. Dieu lui ayant ordonné d’aller à Ninive (Jonas 1.1-2), et d’y prêcher que le cri des crimes de ses habitants était monté jusqu’au ciel, et qu’ils étaient menacés d’une ruine prochaine, au lieu d’obéir à ces ordres, il voulut s’enfuir, et aller à Tharse en Cilicie. Il s’embarqua donc à Joppé [Voyez Joppé] ; mais le Seigneur ayant envoyé sur la mer une violente tempête, les mariniers saisis de crainte, crièrent chacun à leur Dieu, et jetèrent dans la mer ce qui était dans leur vaisseau pour le soulager. Cependant Jonas dormait au fond du vaisseau. Alors le pilote alla l’éveiller, et ceux qui étaient dans le navire jetèrent au sort pour savoir d’où venait cette tempête ; car elle les avait surpris dans un temps où il n’y en avait aucune apparence. Ayant donc jeté le sort, il tomba sur Jonas. Ils lui demandèrent qui il était, et ce qu’il pouvait avoir fait pour attirer sur eux un tel orage. Il leur répondit qu’il était Hébreu, qu’il adorait le Dieu du ciel, qu’il était du nombre de ses prophètes, et qu’il fuyait devant sa face, pour ne pas aller à Ninive, où il était envoyé. Ils lui demandèrent ce qu’il y avait à faire pour se garantir du naufrage. Il répondit : Prenez-moi, et me jetez dans la mer, et la tempête s’apaisera. En effet ils le jetèrent dans la mer, et aussitôt l’orage fut apaisé.
Dieu prépara en même temps un grand poisson pour engloutir Jonas (Jonas 2.1-3). Ce poisson était, selon les uns, une baleine ; ou, selon d’autres, la lamie, le ranis tarcharias, ou le chien de mer. On peut consulter sur cela notre Dissertation sur le poisson qui engloutit Jonas, imprimée à la tête des douze Petits prophètes ; et ci-après l’article poisson qui engloutit Jonas. Le prophète fut reçu dans le ventre du poisson ; et il y demeura trois jours et trois nuits. Il cria au Seigneur, et le Seigneur l’exauça, et ordonna au poisson de le rendre, et de le jeter sur le bord. On croit qu’il le jeta au pied d’une montagne qui s’avance beaucoup dans la mer, entre Berythe et Tripoli (C’est une tradition de ce pays-là). d’autres croient que ce fut sur les côtes de Cilicie, à deux lieues au nord d’Alexandrette, ce qui est beaucoup plus probable que ce que quelques-uns enseignent, que le poisson le conduisit jusque dans le Pont-Euxin (Josèphe), d’autres dans la mer Rouge, et d’autres dans le golfe Persique, et d’autres au bord proche de Ninive ; ce qui n’a nulle apparence de vérité [Voyez Ionin].
Alors le Seigneur fit entendre sa voix une seconde fois à Jonas (Jonas 3.1-2), et lui dit d’aller à Ninive. Il y alla ; et étant entré dans la ville, qui avait trois journées de chemin, c’est-à-dire, environ vingt-cinq lieues de tour, comme le marque Diodore de Sicile, Jouas marcha pendant un jour entier dans la ville, en criant : Dans quarante jours Ninive sera détruite. Les Ninivites crurent à sa parole, et se convertirent. Ils ordonnèrent un jeûne public, et se couvrirent de sacs, depuis le plus petit jusqu’au plus grand. Le roi même de Ninive, que nous croyons être le père de Sardanapale, connu dans les profanes sous le nom d’Anacyndaraxa, ou d’Anabaxare, et, dans l’Écriture, sous le nom de Phul, descendit de son trône, se couvrit d’un sac, et s’assit sur la cendre. Il fit défense aux hommes de prendre aucune nourriture, et de donner aux animaux ni à manger ni à boire. Il ordonna que les hommes et les animaux se couvriraient de sacs, et qu’ils crieraient au Seigneur de toute leur force ; Dieu se laissa toucher à leur pénitence, et n’exécuta point la sentence qu’il avait prononcée contre eux.
Jonas s’en affligea, et s’en plaignit à Dieu (Jonas 4.1-3), disant qu’il s’était toujours bien douté qu’étant un Dieu de clémence et de miséricorde, il ne manquerait pas de se laisser fléchir. Il demanda au Seigneur qu’il le tirât du monde ; et s’étant retiré hors de la ville, il se fit un petit couvert de feuillages, jusqu’à ce qu’il vit ce qui arriverait à la ville. Le Seigneur fit croître au-dessus de sa cabane une plante nommée en hébreu kikaion, que les uns ont rendu par une courge, d’autres par un lierre, d’autres par palma Christi, ou ricinus. Voyez ci-après Kikaion [et Ricin].
Le lendemain, dès le point du jour, le Seigneur envoya un ver qui piqua la racine de cette plante, et la fit sécher ; de sorte que le soleil venant à donner sur la tête de Jonas, il se trouva dans un si grand abattement qu’il demanda à Dieu qu’il le tirât du monde. Alors le Seigneur lui dit : Croyez-vous avoir raison de vous fâcher ainsi pour la mort d’une plante qui ne vous a rien coûté, qui est née dans une nuit, et est morte la nuit suivante ? Et vous ne voudriez pas que je pardonnasse à une ville comme Ninive, où il y a six vingt mille personnes qui ne savent pas distinguer leur main droite d’avec la gauche, c’est-à-dire, où il y a six vingt mille enfants qui n’ont pas l’usage de la raison, et qui n’ont point encore offensé Dieu par des péchés actuels ? Comme les enfants ne font, pour l’ordinaire, que la cinquième partie des personnes qui remplissent les villes, on présume qu’il y avait dans Ninive environ six cent mille personnes.
Après cela, Jonas revint apparemment de Ninive dans la Judée. Nous avons vu ci-devant ce que saint Épiphane a dit de sa retraite à Tyr, et de sa mort dans la campagne de Saraa. Les Orientaux, qui montrent son tombeau à Mosul qu’ils croient être la même que Ninive, sont persuadés qu’il y mourut et y fut enterré. Du temps de saint Jérôme on voyait son tombeau dans la Palestine, à Geth ; et les Turcs encore aujourd’hui montrent son mausolée à Geth-opher, dans une chapelle souterraine, renfermée dans une mosquée. On croit avoir le corps de Jonas à Venise, dans l’église de Saint-Apollinaire. On en voit aussi des reliques à Nocera, dans le royaume de Naples, et dans l’abbaye du Mont-Cassin, où l’on montre une de ses côtes. Les Grecs ont depuis longtemps marqué leur vénération pour la personne de Jonas. Dès le sixième siècle il y avait une église et un monastère dédiés à ce prophète. Les Grecs font sa fête le 21 de septembre, et les Russes le 22. Son nom ne parait pas dans les anciens martyrologes des Latins. Vers le quatorzième siècle on le mit au 27 de janvier ; mais Baronius l’a fait remettre au 21 septembre. Voyez Bollandus et M. Baillet.
On ne sait en quel temps Jonas prédit (2 Rois 14.25) que Jéroboam II roi d’Israël, rétablirait le royaume de Samarie dans sa première étendue, depuis l’entrée d’Emath jusqu’à la mer Morte. On ignore si ce fut avant ou après son voyage de Ninive. Notre Sauveur dans l’Évangile a souvent fait mention de Jonas. Il dit (Matthieu 12.41 ; Luc 11.32) que les Ninivites s’élèveront au jour du jugement contre les Juifs, et les condamneront ; parce qu’ils ont fait pénitence à la prédication de Jonas, et que les Juifs ne le veulent pas écouter, lui qui est plus grand que Jonas. Et lorsque les pharisiens lui demandèrent un signe pour prouver sa mission (Matthieu 12.39-40 ; 16.4 ; Luc 11.29-31), il leur répondit qu’il ne leur en donnerait point d’autre que celui du prophète Jonas, c’est-à-dire celui de sa résurrection, qui devait mettre le comble à tous ses autres miracles, et rendre les Juifs inexcusables dans leur endurcissement [Jonas a fourni à la hiéroglyphique chrétienne un sujet dont elle a beaucoup profité. « Il se retrouve partout comme emblème de la résurrection, dit M. Cyprien Robert. Toutes les circonstances de l’histoire de sa mission se trouvent traitées dans une suite de tableaux et de bas-reliefs d’abord on le voit triste et rêveur, après l’ordre qu’il a reçu de Dieu ; assis sur une pierre, il semble désirer la mort ; puis, au milieu de la tempête, il est jeté à la mer par les matelots ordinairement nus, pour signifier la rudesse de leur travail ; sur un autre relief, il est tombé dans la gueule du monstre qui l’a déjà à moitié englouti ; la tempête est figurée par la lune en déesse à tête radiée, ou par un triton, ou Borée planant bizarrement dans les airs, et soufflant dans une trompette marine ; quelquefois le monstre se répète deux fois dans la même scène, ou bien il a deux têtes et deux gueules béantes, l’une engloutissant, l’autre rejetant Jonas sur le rivage. Alors on le voit, s’appuyant sur le bras droit et couché sous les feuilles de la citrouille dite cucurbita lagenaria, d’où pendent des fruits allongés, comme les concombres, qui étaient sculptées en bois dans plusieurs endroits du temple de Salomon. Partout Jonas est nu, ainsi que Daniel exposé dans la fosse aux lions. Partout on voit Jonas englouti ou revomi par la baleine, ou couché en paix sous l’arbre du rivage : figure des élus de Dieu que la Providence défend jusque dans la gueule des monstres, et qui se retrouvent intacts après le combat ; emblème du Sauveur dans le tombeau, etc. »]
L’Écriture (Jonas 1.3) dit que Jonas s’enfuit de la Judée de devant la face du Seigneur, et s’embarqua à Joppé pour se sauver à Tharsis. C’est lui-même qui a écrit ces mots, qui semblent insinuer qu’il croyait qu’étant à Tharsis, il serait hors de portée de la puissance de Dieu, et que Dieu ne voudrait pas ou ne pourrait pas de là l’envoyer à Ninive. Si le prophète pensait ainsi, certainement sa pensée n’était pas selon la science. Mais il vaut mieux prendre ces mots, comme s’ils voulaient dire que le prophète s’imaginait que, dès qu’il serait éloigné de la Judée, Dieu ne penserait plus à l’envoyer à Ninive ; mais qu’il y en enverrait quelque autre, parce qu’il n’est pas ordinaire que Dieu répande l’esprit de prophétie hors de la terre sainte ; mais de quelque manière qu’on l’interprète, il est véritable qu’elle emporte quelque incongruité, et qu’elle n’est nullement exacte.
Les mahométans connaissent l’histoire de Jonas ; mais ils ne la connaissent qu’imparfaitement. Ils disent qu’il fut envoyé de Dieu à la ville de Mosul ou Moussai, sur le Tigre. Mosul est, dit-on, bâtie à l’endroit ou auprès de l’ancienne Ninive. Il leur dit que s’ils ne se convertissaient leur ville périrait infailliblement un tel jour qu’il leur marqua. Le jour arrivé, la ville ne périt point, et on ne vit rien arriver de ce dont le prophète l’avait menacée, parce que les habitants avaient détourné les effets de la puissance de Dieu par leur pénitence. Jonas pour se dérober aux reproches des Ninivites, résolut de s’enfuir. Il s’embarqua, et le vaisseau dans lequel il était, étant en pleine mer, s’arrêta tout à coup, sans qu’on pût le faire ni avancer, ni reculer.
Les mariniers, dans cette extrémité, résolurent de jeter un homme du vaisseau dans la mer, s’imaginant par ce moyen apaiser Dieu, ou enfin faire cesser la cause qui les arrêtait. Ils tirèrent au sort, et trois fois le sort tomba sur Jonas. Il fut jeté en mer, et aussitôt un poisson l’engloutit, et l’emporta jusqu’au plus profond des abîmes. Alors il prononça cette prière qui est rapportée dans l’Alcoran, et que les mahométans tiennent pour la plus sainte et la plus efficace de toutes les prières : Il n’y a point, Seigneur, d’autre Dieu que vous. Soyez loué à jamais ; je suis du nombre des pécheurs ; mais vous êtes miséricordieux au-dessus de tout ce que je puis dire. Les mahométans ont appelé ce prophète le compagnon du poisson, à cause qu’il a demeuré 4O jours dans le ventre de celui qui l’engloutit. Selon la véritable histoire, il n’y demeura que trois jours. Théodoret dit que Jonas n’ayant pas voulu aller de bon cœur à Ninive, Dieu l’y envoya chargé de chaînes.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Voir Jean, 8.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
L’article dans WestphalDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Le livre de Jonas occupe la cinquième place (la sixième chez les LXX) dans le recueil des douze « petits prophètes ». Dès l’abord il se distingue des autres livres prophétiques par le fait qu’il ne contient pas des discours mais une histoire.
Le héros de cette histoire est un certain Jonas, fils d’Amittaï, qu’il faut évidemment rapprocher du prophète du même nom mentionné dans 2 Rois 14.25, et originaire de Gath-Hépher (figure 132). Au sujet de ce prophète on ne sait qu’une chose, c’est qu’il avait prédit la considérable extension du royaume de Jéroboam II (VIIIe siècle avant Jésus-Christ).
Dans le livre qui porte son nom, il nous est montré traversant toute une série d’aventures. L’Éternel lui ayant donné l’ordre d’aller porter sa parole à Ninive « la grande ville », Jonas s’y refuse pour un motif qui n’apparaîtra que plus tard et, afin de fuir la face de l’Éternel (Jonas 1.3), il s’embarque pour Tarsis (voir ce mot), probablement la Tartessos des Grecs, au sud-ouest de l’Espagne. Une tempête survient et, le sort ayant désigné Jonas comme celui dont la présence est responsable de la catastrophe menaçante, les matelots jettent par-dessus bord le passager indésirable (Jonas 1.4 ; Jonas 1.16). Un énorme poisson survient alors, qui engloutit Jonas et, au bout de trois jours, le rejette vivant sur le rivage (Jonas 2.1 ; Jonas 2.10). À un second appel qui lui est adressé par l’Éternel, Jonas, cette fois, n’ose plus résister. Il se rend donc à Ninive pour y faire entendre son message de destruction (Jonas 3.1 ; Jonas 3.4). Mais les Ninivites et leur roi se repentent, si bien que l’Éternel renonce à les punir (Jonas 3.5 ; Jonas 3.10). Sur quoi Jonas se montre furieux, ne pouvant prendre son parti de cette miséricorde de l’Éternel à l’égard des païens (Jonas 4.1-4). Mais Dieu lui fait comprendre son erreur par le moyen d’un arbuste, peut-être un ricin (voir ce mot), qui, après une poussée magnifique, se dessèche et meurt (Jonas 4.6 ; Jonas 4.8). Jonas, qui se délectait de l’ombre de l’arbuste, s’apitoie sur cette mort prématurée. Ne peut-il pas dès lors comprendre la grande pitié de l’Éternel pour Ninive, la ville immense, en proie à la mort du paganisme ? (Jonas 4.9-11)
Autour de cette histoire, où le merveilleux le plus ingénu se rencontre à chaque pas (le poisson, la croissance vertigineuse du ricin, la conversion immédiate des Ninivites), d’innombrables discussions se sont produites.
« La baleine de Jonas » est devenue un des arguments classiques de la libre-pensée, le passage d’un corps d’homme à travers le gosier très étroit de ce cétacé apparaissant, plus encore que le séjour d’un être vivant dans ses flancs, comme le comble de l’invraisemblance. Pour combattre cette impression, les partisans de l’historicité intégrale ont allégué qu’il ne s’agissait pas d’une baleine mais d’un « gros poisson », et ils ont invoqué l’histoire d’un marin du Pacifique qui aurait connu une aventure analogue.
La discussion semble être entrée dans une phase nouvelle et décisive depuis qu’on s’est avisé de constater que d’autres peuples connaissaient des histoires étrangement semblables à l’histoire israélite ici racontée. Dans la mythologie grecque, Héraclès, combattant pour sauver Hésione, saute dans la gueule du monstre marin et combat dans son ventre pendant trois jours, au bout desquels il ressort sain et sauf. Une autre aventure du même genre se passe précisément à Joppé, le port où s’embarque Jonas (Jonas 1.3).
D’autres analogies, et en particulier l’importance attachée aux trois jours, se trouvent dans les récits mythologiques babyloniens. Aux Indes, à côté de maintes histoires où le poisson joue exactement le même rôle que dans le récit biblique, une vieille légende bouddhiste offre, trait pour trait, le pendant de la scène où Jonas, désigné par le sort comme le porte-malheur du bateau, est jeté à la mer par les matelots. Enfin en Égypte, une histoire datant du troisième millénaire avant Jésus-Christ, parle d’un naufragé qui, après avoir vogué trois jours accroché à une planche, fut définitivement sauvé par un grand serpent qui l’avait pris dans sa gueule. C’est sans doute à des récits de ce genre, probablement très nombreux dans les différents peuples de l’antiquité, que fait allusion la satire de Lucien de Samosate (IIe siècle après Jésus-Christ), dans laquelle c’est un navire avec son gréement et son équipage qui entre dans la gueule du monstre marin et en sort ensuite sans dommage (cf. Hans Schmidt, Jona, 1907). Si nous prenons garde encore au fait que, dans les inscriptions antiques, l’idéogramme de Ninive est précisément un poisson, nous nous trouverons en possession d’un grand nombre de raisons très fortes pour penser que nous avons affaire, dans l’histoire de Jonas, à un ou plusieurs récits appartenant aux peuples anciens. Luther prononce ce mot : « Si le livre de Jonas n’était pas dans la Bible, tout le monde y verrait un conte de fées ».
Mais pourquoi ce récit, et quelle en est la vraie valeur ? La réponse à ces questions apparaît avec évidence à quiconque, débarrassé de la hantise du gros poisson, regarde avec la liberté d’esprit nécessaire ce que le livre de Jonas dit des païens
Dès le chapitre 1, les matelots, qui ne sont pas des Juifs, sont décrits comme des croyants exemplaires, adressant à l’Éternel la plus touchante des prières. Au chapitre 3, les Ninivites, leurs chefs et leur roi, se repentent tous devant l’Éternel. Enfin le chapitre 4 affirme solennellement la compassion de l’Éternel pour la grande ville païenne, où il y a tant d’enfants en bas âge. Le fait que le livre se termine sur cette affirmation indique bien qu’elle est la conclusion à laquelle l’auteur veut nous conduire. Nous avons donc affaire ici, sans démenti possible, à une protestation expresse contre l’hostilité témoignée par beaucoup d’Israélites vis-à-vis des païens, à une manifestation courageuse contre le particularisme juif. Après l’exil, les multiples souffrances endurées, la nécessité de résister aux influences extérieures pour maintenir un patrimoine constamment menacé, la conscience de posséder un trésor spirituel unique, l’exaltation des espérances messianiques, l’orgueil national enfin, avaient développé chez les Israélites des sentiments intenses d’orgueil, de haine et de méfiance vis-à-vis des peuples étrangers.
La simple lecture du livre d’Esther suffit à montrer à quelle distance les hommes de cette époque s’étaient éloignés de l’universalisme des grands prophètes. Et les nombreuses malédictions dont est parsemé le livre des Psaumes témoignent que, même dans les cercles pieux, cette étroitesse nationaliste avait beaucoup d’adeptes. Si compréhensible à certains égards que fût une telle attitude chez un peuple opprimé, menacé, et pour lequel ce raidissement nationaliste était en quelque sorte une réaction de défense vitale, il ne se pouvait pas que les âmes nourries de la piété prophétique en prissent leur parti.
Déjà dans Ésaïe 19 se trouve un fragment, généralement considéré comme post-exilique, qui non seulement annonce la conversion des Égyptiens à l’Éternel, mais encore déclare qu’Israël « sera uni » à l’Égypte et à l’Assyrie. « Bénis soient l’Égypte, mon peuple, et l’Assyrie, ouvrage de mes mains, et Israël mon héritage ! » (Ésaïe 19.18 ; Ésaïe 19.25). Pour que de telles affirmations aient été accueillies dans le livre officiel de la piété juive, il faut qu’à côté du particularisme ait existé une tendance contraire, fidèle à la plus haute tradition d’Israël.
C’est cette tendance que l’auteur du livre de Jonas, de toutes ses forces, a cherché à intensifier. Il n’a pas choisi pour y parvenir la méthode classique des prophètes, la prédication. Il a préféré le procédé, si conforme aux goûts de ses compatriotes, et qui tient une si grande place dans l’Ancien Testament, de la parabole. Il a emprunté à la tradition le nom du prophète Jonas et, peut-être, le souvenir d’un voyage de ce prophète à Ninive. Il a utilisé les données du folklore au sujet du « gros poisson » et peut-être du « ricin ». Et de tout cela, il a habillé la grande pensée qui le hantait, la pensée de l’égalité des païens et des Juifs devant Dieu, la pensée de l’amour divin qui s’adresse à toutes les créatures humaines et qui « ne veut pas la mort du pécheur, mais sa conversion et sa vie ».
C’est ainsi qu’est né ce petit livre, l’un des joyaux les plus purs de l’Ancien Testament, l’une des manifestations les plus saisissantes de ce courant divin, de ce courant évangélique avant l’Évangile qui, d’un bout à l’autre de l’histoire d’Israël, est en lutte avec le courant païen.
« Ce livre est une des plus profondes et des plus grandes choses qui aient jamais été écrites », a dit CH. Cornill, et il ajoute qu’à quiconque en approche, il voudrait crier : « Ôte tes souliers de tes pieds, car tu es sur une terre sainte ! » Introduit dans le recueil des Douze probablement parce qu’il a pour héros un prophète, le livre de Jonas mérite d’y garder sa place parce que l’esprit qui l’anime est vraiment celui des prophètes.
Cet enseignement parabolique sur l’amour de Dieu envers les païens est l’essentiel du livre. Et toute explication qui le ferait passer au second plan serait viciée dans son principe. Mais, dans un ouvrage de ce genre surtout, où sont utilisés des éléments de diverses provenances et d’âges différents, la présence d’idées et d’intentions secondaires n’est pas exclue. Il est possible, par exemple, que les chapitres 1-2 avec leur histoire de naufrage et de sauvetage soient, dans une certaine mesure, destinés à montrer que, lorsque Dieu veut mener quelqu’un quelque part, il l’y fait arriver à travers la tempête même et par les chemins les plus étranges. Il est possible également que le récit de la conversion des Ninivites contienne l’arrière-pensée de prouver que la destinée humaine change quand l’attitude à l’égard de Dieu se modifie. Il est possible enfin qu’il y ait quelque chose à retenir de la conjecture de Cheyne, reprise par Lucien Gautier, et d’après laquelle Jonas représenterait le peuple d’Israël, qui a été enseveli vivant dans l’exil, qui en est sorti par la grâce de Dieu, et qui a maintenant — qu’il le veuille ou non — une mission à remplir auprès des païens.
Au point de vue de la composition littéraire, le livre de Jonas présente, dans l’ensemble, une remarquable unité, et les efforts accomplis par certains critiques pour y distinguer plusieurs documents ont échoué. Il y a de bonnes raisons toutefois pour supposer que Jonas 4.5 a été déplacé et devrait se trouver plutôt après Jonas 3.4. Et, en tout cas, le cantique-prière de Jonas dans le ventre du poisson (Jonas 2) doit être considéré comme une interpolation. D’une part, en effet, il ne s’accorde pas avec le contexte dans lequel il se trouve placé : la seule allusion faite à la mer (Jonas 2.6) se concevant plutôt dans les paroles d’un naufragé après son retour sur la terre ferme. Et d’autre part ce cantique est si plein de réminiscences des Psaumes, et ses divers versets sont si peu liés entre eux, qu’on ne peut guère douter de son caractère composite et secondaire (cf. Psaumes 18.7 ; Psaumes 42.8 ; Psaumes 31.23 ; Psaumes 18.5 ; Psaumes 69.2 ; Psaumes 142.4 ; Psaumes 143.4 ; Psaumes 5.8 ; Psaumes 31.7 ; Psaumes 42.5 ; Psaumes 50.14-23 ; Psaumes 116.18 etc.). Il faut enfin signaler, sans en pouvoir donner d’explication suffisante, une étrange alternance des noms de Dieu Yahvé et Élohim ; une fois seulement (Jonas 4.6), les deux vocables sont employés ensemble.
La date de la composition du livre de Jonas est relativement facile à déterminer. Le fait qu’il est parlé de Ninive au passé, et que l’auteur ne connaît cette grande ville qu’à travers les brumes de la légende (Jonas 3.3) témoigne à lui seul en faveur d’une époque récente. Dans le même sens parlent les tournures tardives et les araméismes que le texte contient. D’autre part la mention dans le Siracide, au début du IIe siècle avant Jésus-Christ, du recueil des douze prophètes, atteste qu’à cette époque le livre de Jonas occupait sa place dans le canon biblique. Compte tenu du temps qu’a pu mettre un tel ouvrage pour pénétrer dans le recueil sacré, c’est à la fin du IVe ou dans la première moitié du IIIe siècle que son apparition première semble pouvoir être placée. Le psaume du chapitre 2 paraît être postérieur. Et la possibilité ne doit pas être exclue, tant était souple à cette époque la notion d’Écriture sainte, que ce cantique ait été introduit dans le texte alors que Jonas faisait déjà partie du recueil canonique.
Jésus, dans Luc 11.29-32 (cf. Matthieu 12.41 ; dans Matthieu 12.40 nous trouvons l’écho d’un contresens de la tradition), a cité le livre de Jonas, faisant honte à ses auditeurs d’avoir moins de foi que les Ninivites. Cette porte, sur l’inspiration de l’admirable petit livre, ce que la psychologie contemporaine appelle un jugement de valeur
A. JE.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
L’article dans Westphal