Dictionnaires bibliques
Esau
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Esau », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
Édomites ou Iduméens, peuplade issue d’Ésaü. Ils s’établirent dans les montagnes de Séhir, après en avoir exterminé ou subjugué les anciens habitants (Deutéronome 2.12) ; ils étaient divisés par tribus et gouvernés par des chefs (Genèse 36.15ss, mal traduit ducs). Moïse demanda au roi de Édom la permission de traverser son pays pour entrer en Canaan, mais Édom refusa (Nombres 20.14), et les Israélites se détournèrent de leur chemin, parce que Dieu leur avait défendu de traiter hostilement cette peuplade (Deutéronome 2.4). Ils demeurèrent indépendants jusqu’au temps de David qui les assujettit et accomplit la prophétie d’Isaac, que Jacob asservirait Ésaü. Les Édomites ne supportèrent qu’impatiemment le joug des rois de Judée, et dès la fin du règne de Salomon. Hadad, iduméen, beau-frère de Pharaon, qui avait été transporté en Égypte fort jeune, revint dans son pays et fut proclamé roi (1 Rois 11.17-22) ; sa domination ne s’étendit probablement que sur l’Idumée orientale, car les autres Iduméens qui étaient au midi de la Judée demeurèrent dans l’obéissance des rois de Juda jusqu’au règne de Joram, fils de Josaphat ; ils essayèrent alors de secouer le joug, et réussirent pour un temps (2 Chroniques 21). Amatsia, fils de Joas les soumit de nouveau, se rendit maître de Pétra, et précipita dix mille d’entre eux du haut d’une roche dans la mer (2 Chroniques 25). Ozias (Azaria) prit sur eux la ville d’Élath sur la mer Rouge (2 Rois 14) ; mais Retsin la reprit (16.6), et ces conquêtes n’eurent pas de suite. Les prophètes reprochent fréquemment aux Édomites leur jalousie et leur haine contre Israël (Joël 3.19 ; Amos 1.11 ; Psaumes 137.7 ; Lamentations 4.21 ; Ézéchiel 25.12 ; 35.15). Cette inimitié se manifesta surtout lors du siège de Jérusalem par Nebucadnetsar, quoiqu’ils n’aient pas pris alors une part active aux combats. Abdias leur annonça que leur joie maligne serait punie, et cinq années après la prise de Jérusalem, Nebucadnetsar, jaloux, et se méfiant d’un peuple qu’il connaissait perfide, tomba sur Édom et le ravagea ; ainsi font les alliés de ce monde. Pendant l’exil, un grand nombre d’entre eux vinrent habiter la partie méridionale de Juda qui était déserte (cf. Ézéchiel 35.10 ; 36.5) ; expulsés de nouveau de ce pays, ils méditèrent d’y rentrer (Malachie 1.4), mais sans succès. Plus tard, Judas Macchabée les attaqua et les battit à plusieurs reprises ; Jean Hyrcan les subjugua de même ; il leur imposa l’obligation de se faire circoncire, et de se soumettre aux autres lois de Moïse. Dès lors ils furent en quelque sorte incorporés à la nation juive ; ils restèrent soumis aux derniers rois de Judée, et vinrent défendre Jérusalem contre les Romains ; mais bientôt ils quittèrent la ville, et repartirent pour l’Idumée chargés de butin. Hérode le Grand était Iduméen, et l’empereur Philippe, dit l’Arabe, l’était pareillement, étant né à Botsra.
Les Édomites étaient adonnés au commerce par mer et par terre, à l’agriculture et à l’élève des bestiaux (Nombres 20.17). Quant à leur religion, elle est peu connue ; nulle part l’Écriture ne leur reproche l’idolâtrie ou ne mentionne leurs idoles ; il est à croire que la connaissance du vrai Dieu se conserva parmi eux pendant les premières générations depuis Ésaü ; une tradition porte même qu’ils adoraient Moïse (Epiphane), et ce qui fortifierait cette opinion, c’est que Josèphe appelle Kosé, ou Chose l’une de leurs divinités. Ce nom qui signifie en hébreu un voyant, un prophète, s’applique parfaitement au législateur des Hébreux. En tout cas, leur religion n’était pas identique avec celle des Juifs, puisque Hyrcan ne put les y amener que par la force.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire de la Bible (Bost)
Premier-né d’isaac et de Rebecca, fut un homme des champs, s’adonnant au labourage et aux travaux de la chasse. Au retour d’une de ses violentes excursions, accablé de fatigue et dévoré par la faim, il parla légèrement de ses lèvres, et céda son droit d’aînesse pour un plat de lentilles, tombant par son impétuosité dans les filets d’une mère et d’un frère dont il eût dû se méfier. Il oublia bientôt cette imprudence ; il en fit une autre en épousant deux Cananéennes (Héthiennes) (Genèse 26.34 ; 36.1 ; voir Elon), et se compromit lui-même gravement par cette infidélité, compromettant en même temps la paix de la famille patriarcale. Puis son père étant devenu vieux, et voulant donner sa bénédiction au fils aîné qu’il chérissait (Genèse 27.1), Jacob l’enfant de la ruse le supplanta par un habile déguisement, et accomplit par un péché les plans éternels de la Providence : Ésaü ne reçut que les restes de la bénédiction paternelle, la promesse d’une nombreuse postérité, puissante, belliqueuse et riche, mais parfois soumise à celle du cadet béni. Justement indigné, Ésaü croyait pouvoir se faire justice à lui-même, et ne cachait pas son intention de tuer son frère après la mort d’Isaac ; mais Jacob ayant disparu d’après les conseils de sa mère, Ésaü, espérant de rentrer dans la faveur paternelle, et peut-être dans celle de Dieu, par une alliance avec la famille d’Abraham, épousa une fille d’Ismaël ; ce fut en vain ; lorsque le cœur n’est pas sain, l’esprit ne peut l’être non plus. La famille d’Ismaël n’appartenait pas à la promesse, et ne fit venir aucune bénédiction sur celui que l’Éternel avait rejeté hors du peuple qui devait être le dépositaire de la vérité (Malachie 1.2 ; Hébreux 12.16). Les années s’écoulèrent, la haine s’éteignit dans le cœur d’Ésaü, et lorsque Jacob revint de la Chaldée, dans l’entrevue qui eut lieu entre l’usurpateur et la victime (Genèse 32), Ésaü se montra bien au-dessus de son frère par la chaleur de son affection, la noblesse de sa conduite, et son oubli du passé ; car, évidemment, tout ce que Jacob pouvait lui offrir n’était rien en comparaison de la bénédiction dont il l’avait dépouillé. Les deux frères se revirent encore une fois à la mort de leur père (Genèse 35.29). Ésaü continua d’habiter au pays de Séhir, dont Dieu avait assuré la possession à sa postérité (Deutéronome 2.5). On ne sait rien sur sa mort.
Le nom d’Ésaü signifie velu (comme un manteau de poil, Genèse 25.25), et lui fut donné à sa naissance ; celui de Édom signifie roux, et lui fut donné peut-être aussi à sa naissance, à cause de la couleur de son poil, mais plus probablement à cause du plat de lentilles (Genèse 23.30). Ces deux noms sont employés l’un et l’autre pour désigner les tribus iduméennes et la contrée qu’habitèrent les descendants d’Ésaü, mais ce dernier s’emploie surtout dans les livres prophétiques (Jérémie 49.8-10 ; Abdias 6, 8-6, 19).
Pour les trois femmes d’Ésaü, voir Genèse 26.34 ; 28.9 ; cf. 36.2ss.
Il existe une tradition assez singulière sur la descendance d’Ésaü, et qui excite fortement l’indignation du père Calmet, c’est que Ésaü aurait eu un fils nommé Roum, duquel serait descendu Romulus et les rois de Rome ; voici du reste ce qu’il dit : « C’est une tradition commune à toutes les nations du Levant qui ont quelque connaissance des livres sacrés, que du temps d’Habdon, juge des Hébreux, une colonie d’Iduméens passa en Italie où elle s’établit, que Latinus régna parmi eux, et que Romulus fondateur de Rome tirait d’eux son origine. Tout cela est une fable mal inventée par les Juifs pour faire tomber contre les chrétiens (de Rome) tout ce qui est dit dans l’Écriture contre l’Idumée, et les Iduméens. Les plus fameux rabbins soutiennent opiniâtrement cette impertinente tradition. Le Talmud appelle l’Italie et Rome « le cruel empire de Édom » ; Édom signifie roux ; les empereurs romains étaient vêtus de rouge ; les cardinaux portent encore la même couleur. Les belles raisons ! » Nous comprenons l’indignation de Calmet, toutefois il ne nous paraît pas que l’interprétation de toutes les nations du Levant, appuyée de celle de tous les interprètes juifs et d’un fort grand nombre d’interprètes chrétiens, doive être rejetée entièrement. Les Édomites sont dans leur origine, comme dans leur histoire, un type frappant des nations anti-chrétiennes qui touchent au peuple de Dieu, qui sont à même de connaître la vérité, qui sont placées, pour ainsi dire, sur les frontières de la terre sainte, et qui cependant n’emploient les avantages spirituels qui leur sont accordés, que d’une manière égoïste et perverse, se mettant en opposition directe avec le vrai peuple de Dieu. Le passage de Ésaïe 63.1-2, n’a certainement pas été indifférent à la tradition qui s’est formée ; la solennité des menaces contenues (Ésaïe 34), et la grandeur des promesses (Ésaïe 35), montrent qu’il s’agit de bien autre chose que de la simple chute de Édom, et l’Apocalypse, en parlant de Babylone et de la bête, emprunte les images employées par Ésaü parlant de Édom (34 et 63). Saint Jean paraît même avoir en vue le nom et la signification de Édom en donnant la description de la Rome antichrétienne : le dragon est rouge (Apocalypse 12.3) ; la femme est ivre du sang des saints, habillée de rouge, assise sur une bête rouge (17.3-4, 6 ; cf. 14.20 ; Ésaïe 34.3 ; 63.1 ; Apocalypse 19.3 ; Ésaïe 34.10 ; Apocalypse 19.13-15 ; Ésaïe 63.1-2 ; Apocalypse 19.18 ; Ésaïe 34.6-7). L’ancienne tradition nous paraît ainsi fondée en elle-même, c’est-à-dire que les passages relatifs aux iniquités commises par la postérité d’Ésaü, et les menaces prononcées contre ce pays, se rapportent en première ligne à Édom, mais d’une manière beaucoup plus générale aux peuples anti-chrétiens qui, portant le nom du Père des croyants, retiennent la vérité captive sous le boisseau, et aiment à s’enivrer de sang.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Autrement Ésaü, fils d’Isaac, et frère de Jacob. Le nom d’Édom, qui signifie roux ou rouge, lui fut donné ou à cause qu’il vendit son droit d’aînesse à Jacob pour un mets de lentilles qui était roux (Genèse 25.25-30), ou à cause de la couleur de son poil et de son teint. On peut voir l’article d’Ésaü. L’Idumée tire son nom d’Édom, et souvent dans l’Écriture elle est appelée pays d’Édom. Voyez Idumée. [Voyez aussi Amalec et Éliphaz].
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Fils d’Isaac et de Rebecca, naquit l’an du monde 2168, avant Jésus-Christ 1832, avant l’ère vulgaire 1836. Lorsque le temps des couches de Rebecca fut arrivé (Genèse 25.24-26), elle se trouva mère de deux jumeaux, et celui qui sortit le premier, était velu comme une peau ; ce qui lui fit donner le nom d’Esau, comme qui dirait un homme fait, ou un homme d’un âge parfait. Quelques-uns dérivent le nom d’Ésaü, de l’arabe gescha, ou gescheva, qui signifie un cilice. Lorsque Ésaü fut devenu.grand, il s’exerça au labourage et à la chasse ; et Isaac, son père, avait pour lui une tendresse particulière. Un jour que Jacob, son frère, avait fait cuire un mets de lentilles, Ésaü revenant des champs, fort fatigué, lui dit : Donnez-moi de ce mets roux, parce que je suis extrêmement las. Jacob lui répondit : Vendez-moi donc votre droit d’aînesse. Ésaü le lui vendit et s’engagea avec serment à le lui céder. Après quoi, ayant mangé le mets de lentilles, il s’en alla, se mettant fort peu en peine de ce qu’il venait de faire.
Ésaü, âgé de quarante ans, épousa deux femmes chananéennes (Genèse 26.34) ; l’une nommée Judith, fille de Béeri le Héthéen ; et l’autre, Basernath, fille d’Hélon, du même pays. Ces mariages déplurent fort à Isaac et à Rebecca. Or, Isaac étant devenu vieux, et sa vue étant extrêmement baissée, il dit à Ésaü de lui aller chercher quelque chose â la chasse, afin qu’au retour, il lui donnât sa dernière bénédiction (Genèse 27.1-3). Ésaü prit ses armes, et s’en alla à la chasse. Mais, pendant son absence, Jacob, aidé de Rebecca, sa mère, se présenta pour obtenir la bénédiction d’Isaac ; s’étant déguisé, et feignant qu’il était Ésaü, il l’obtint. Isaac le combla de bénédictions, et le déclara maître de tous ses frères. Ésaü étant de retour, et ayant appris d’Isaac même ce qui s’était passé, il lui demanda s’il ne lui avait pas aussi réservé une bénédiction. Isaac, touché de ses pleurs, lui dit : Votre bénédiction sera dans la graisse de la terre et dans la rosée du ciel ; vous vivrez de votre épée, et vous serez assujetti à votre frère : mais le temps viendra que vous secouerez son joug, et que vous vous en délivrerez.
Ésaü, outré de dépit contre Jacob, conservait contre lui une haine secrète, et disait : Le temps du deuil de mon père viendra, et je me déferai de mon frère Jacob. Ces choses ayant été rapportées à Rebecca, elle dit à Jacob qu’il fallait qu’il allât dans la Mésopotamie, auprès de son oncle Laban, jusqu’à ce que la colère d’Ésaü fût passée. Elle y fit consentir Isaac, et Jacob partit, à l’insu d’Ésaü, pour Haran. Cependant Ésaü épousa plusieurs femmes, tant Chananéennes, que des filles d’Israël et de Nabajoth, dont il eut plusieurs enfants. Il s’établit dans les Montagnes, à l’orient du Jourdain, et y devint fort puissant (Genèse 36). [Voyez Ada, Ana, Asor, Basemath et Éliphaz].
Jacob, à son retour de Mésopotamie avec ses femmes et ses enfants, craignant qu’Ésaü n’eût gardé son ressentiment contre lui (Genèse 32 ; Genèse 33) lui envoya des messagers avec des présents, pour gagner ses bonnes grâces, et pour désarmer sa colère. Ésaü reçut fort bien les envoyés de Jacob, et vint lui-même au-devant de lui avec quatre cents hommes. Jacob crut qu’il venait pour faire main basse sur sa troupe, il s’adressa à Dieu, et le pria de le protéger contre son frère. Mais Ésaü venait dans un esprit de paix ; les deux frères s’embrassèrent tendrement. Ésaü reçut les présents que Jacob lui fit, s’offrit de l’accompagner avec ses gens, et de lui faire escorte jusqu’au delà du Jourdain. Mais Jacob l’ayant remercié, Ésaü s’en retourna, le même jour, à Séhir. Les deux frères se trouvèrent à la mort de leur père Isaac ; et, comme ils étaient fort riches en bestiaux (Genèse 36.6-7), et que le pays ne pouvait suffire aux pâturages de tant de bétail, ils se séparèrent, et Ésaü se retira dans les montagnes des Horréens et de Séhir, où il avait demeuré dès auparavant.
Ésaü eut trois femmes, la première nommée Judith (Genèse 26.34), ou Oolibama (Genèse 36.2) ; la seconde nommée Basemath (Genèse 26.34), ou Ada (Genèse 36.2) ; et la troisième Maheleth (Genèse 28.9), ou Basemath (Genèse 36.3). Judith fut mère de Jéhus, de Jhélon, et de Coré. Ada fut mère d’Éliphaz. Mahéleth eut pour fils Rahuel. On ne sait rien d’assuré de la mort d’Ésaü Le Testament des douze patriarches, ouvrage assez ancien, mais apocryphe, dit qu’Ésaü étant venu attaquer son frère à main armée, fut mis à mort la quarantième année du patriarche Juda, qui pouvait être la cent vingt-unième d’Ésaü, du monde 2289, avant Jésus-Christ 1711, avant l’ère vulgaire 1715. On croit que le roi Erythros, qui a, dit-on, donné le nom à la mer Rouge et dont on montrait le tombeau dans l’île Tyrine, ou Aggris, est le même qu’Édom. Erythros en grec signifie rouge, de même qu’Édom en hébreu. Le Testament des douze patriarches, dont on a parlé, dit qu’il fut enterré au mont de Séir ; mais cette pièce ne mérite aucune créance. Jacob était descendu en Égypte depuis longtemps, en la quarantième année de Juda, et était mort l’année précédente.
Les mahométans appellent Ésaü du nom Ais, et ajoutent à son histoire quelques particularités : par exemple, que Jacob ayant obtenu par surprise la bénédiction qu’Isaac destinait à Ésaü, celui-ci pria son père de demander à Dieu qu’il lui plût faire naître.de sa race des rois et des conquérants, puisqu’il avait demandé pour Jacob qu’il sortit de sa race des saints et des prophètes ; ce qu’Isaac ne lui voulut pas refuser. En exécution de cette promesse, Dieu donna à Ésaü un fils nommé Boum, duquel sont descendus les empereurs grecs et romains.
C’est une tradition commune à toutes les nations du Levant qui ont quelque connaissance des livres sacrés, que, du temps d’Abdon, juge des Hébreux, une colonie d’Iduméens passa en Italie, où elle s’établit ; que Latinus régna parmi eux, et que Romulus, fondateur de Rome, tirait d’eux son origine. Tout cela est une fable mal inventée par les Juifs, pour faire tomber contre les chrétiens, et même contre la personne sacrée de Jésus-Christ, tout ce qui est dit dans l’Écriture contre l’Idumée et les Iduméens.
Les plus fameux rabbins soutiennent opiniâtrement cette impertinente tradition. Le Thalmud appelle l’Italie et Rome, le cruel empire d’Édom. Les Juifs tiennent que les Iduméens, ayant embrassé le christianisme sous Constantin, se jetèrent dans Rome et dans l’empire romain ; d’autres veulent que ç’ait été un prêtre iduméen qui porta la religion chrétienne dans Rouie. Quelques cabalistes ont même l’impiété de dire que l’âme d’Ésaü est passée dans le corps de Jésus-Christ par la métempsycose : pour preuve de ce sentiment, ils remarquent qu’en renversant les lettres hébraïques qui composent le nom de Jésus et celui d’Ésaü, on les trouve les mêmes : ils sont nés sous la même planète de Mars ; edom signifie roux. Les empereurs romains étaient vêtus de rouge ; les cardinaux portent encore la même couleur. Les belles raisons !
Joseph, fils de Gorion, raconte la chose autrement. Tzépho, petit-fils d’Ésaü, détenu prisonnier en Égypte par Joseph, s’enfuit auprès d’Enée, roi de Carthage, qui le fit général de ses troupes. Enée passa d’Afrique en Italie, battit deux fois Turnus, roi de Bénevent, et lui enleva Jania (ou Lavinia) qu’il voulait épouser. Pablus, neveu d’Enée, fut tué dans le combat, aussi bien que Turnus, et on leur éleva deux tours ou mausolées, qu’on voyait encore, dit-il, entre Rome et Albe, lorsqu’il écrivait. Les Africains commandés par Tzépho, repassèrent souvent en Italie pour la piller. Ce fut dans une de ces expéditions qu’ayant perdu un jeune veau, il le retrouva dans une caverne, où un homme moitié bouc et moitié homme le dévorait. Il tua ce monstre et ramena son veau (L’auteur semble avoir eu en vue la fable de Cacus). Les habitants du pays, délivrés de ce monstre qui désolait leurs troupeaux, honorèrent Tzépho comme un héros, et lui donnèrent le nom de Janus. Ils l’appellent aussi Saturne, du nom de l’étoile qu’on adorait en ce temps-là. Ainsi voilà un Iduméen roi et dieu en Italie.
La suite de l’histoire du fils de Gorion, n’est pas moins impertinente que ce qu’on, envient de lire. Il raconte que Latinus, suc cesseur de Tzépho, déclara la guerre à Asdrubal, roi de Carthage, pour se venger d’Enée, qui avait fait bâtir un pont ou un, aqueduc, qui conduisait les eaux d’Italie en Afrique. Une partie du pont fut rompue, Asdrubal fut vaincu et mis à mort ; Latinus poussa ses conquêtes jusque dans l’Allemagne et la Bourgogne. Que d’impertinences ! Cependant quelques auteurs les ont adoptées, au moins en partie, puisqu’on cite une inscription trouvée à Palerme en Sicile, où l’on, lit ces mots : Il n’y a point d’autre Dieu que le seul Dieu ; il n’y a point d’Être puissant que le même Dieu. Le Dieu que nous adorons est le seul qui donne la victoire. Le gouverneur de cette tour est Saphet, fils d’Éliphaz, fils d’Ésaü, frère de Jacob, fils d’Isaac, fils d’Abraham.
Abulfarage dit qu’Ésaü fit la guerre à Jacob, et que Jacob tua Ésaü d’un coup de flèche ; ce qui a quelque rapport à ce qu’on lit dans le Testament des douze patriarches. Les mahométans tiennent que Sennachérib était de la race d’Ésaü ; ils nomment aussi les Grecs et les Latins Francs rouges, ou Iduméens, comme descendants, à ce qu’ils prétendent, de Roum, fils d’Ésaü.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Fils d’Isaac et de Rébecca, frère jumeau de Jacob dont il est l’aîné ; appelé aussi Édom voir ce mot), ancêtre des Édomites ou Iduméens ; ceux-ci sont appelés « enfants d’Ésaü » (Deutéronome 2.4), « maison d’Ésaü » (Abdias 1.18), ou simplement Ésaü (Abdias 1.6 ; Jérémie 49.8 ; Jérémie 49.10), et le plus souvent Édom Nombres 20.14, etc.). Le nom d’Ésaü, qui signifie velu », est expliqué par l’aspect du nouveau-né ; Séir, le nom du pays où s’établit Ésaü, a le même sens ; Édom (signifiant : roux) rappellerait le plat roux qu’il convoita, peut-être aussi la couleur de sa peau les diverses étymologies ont pu contribuer à l’élaboration de l’histoire d’Ésaü. Le trait dominant de cette histoire, empruntée surtout aux documents J et P, er la rivalité entre les deux frères et l’évincement de l’aîné par le cadet. En voici les épisodes :
1.
Le récit de la naissance montre déjà dans les deux frères deux peuples en lutte l’un contre l’autre : Genèse 25.21-26 (J), verset 26b (P).
2.
Ésaü vend à Jacob son droit d’aînesse : Genèse 25.27-34 (J).
3.
Les mariages d’Ésaü avec deux femmes étrangères, puis avec une Ismaélite : Genèse 26.34 et suivant Genèse 27.46-28.9 (P), cf. Genèse 36.1-5 (P), où les noms des trois femmes ne sont pas les mêmes.
4.
Il est privé de la bénédiction paternelle par la ruse de son frère et de sa mère ; Isaac lui prédit une vie belliqueuse, errante et finalement indépendante : Genèse 27.1-45 (JE).
5.
Il donne à Jacob le baiser de la réconciliation : Genèse 32.3-33.16 (J et E).
6.
Les deux frères rendent ensemble les derniers devoirs à leur père et, faute de place en Canaan, Ésaü se retire sur la montagne de Séir : Genèse 35.28 ; Genèse 36.6-8 (P) ; d’après J (Genèse 32.3 ; Genèse 33.16), il s’était établi en Séir bien avant la mort d’Isaac. Dans Genèse 36.9-13 (J et P) est indiquée la postérité d’Ésaü.
Bien des traits de l’histoire et du caractère d’Ésaü semblent avoir une signification ethnique : ils s’appliquent fort bien au peuple d’Édom ; Ésaü garde néanmoins une personnalité distincte, vigoureuse et généreuse. La légende talmudique, inspirée par un nationalisme fanatique, s’est efforcée de dénigrer l’ancêtre édomite ; elle prétendait, par exemple, qu’au lieu d’offrir à son vieux père un fin gibier, il lui présenta un chien, et qu’au lieu de baiser son frère à son retour, il le mordit. Malachie (Malachie 1.2) mentionne l’histoire d’Ésaü pour rappeler aux Israélites leurs privilèges. Paul la cite à l’appui de sa doctrine de la souveraineté de la grâce divine (Romains 9.10-13). L’épître aux Hébreux (Hébreux 12.16 et suivant) s’en sert comme d’un avertissement pour « l’impur et le profane » qui, par légèreté, se prive de la bénédiction de Dieu. V B.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
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