Dictionnaires bibliques

Élisée

Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Élisée », un article après l’autre.

Dictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)

Élisée (1)

Fils de Saphat, disciple et successeur d’Élie dans le ministère de la prophétie, était de la ville d’Abelmeüla, que quelques-uns mettent au delà du Jourdain, dans la tribu de Ruben, mais qui était bien plus vraisemblablement au deçà de ce fleuve (1 Rois 4.12 ; 19.16 ; Juges 7.22-23), dans la tribu de Manassé, à dix milles de Scythopolis vers le midi, dans le grand champ qui s’étend le long du Jourdain. [Voyez Abel-Méhula]. Élie, ayant reçu de Dieu l’ordre de donner l’onction prophétique (1 Rois 19.16-17) à Élisée, fils de Saphat, vint à Abelmeüla, et, ayant trouvé Élisée qui labourait avec douze paires de bœufs, il s’approcha de lui, lui jeta son manteau sur les épaules. Élisée aussitôt quitta ses bœufs, courut après Élie et lui dit : Permettez-moi, je vous prie, que j’aille embrasser mon père et ma mère, et après cela je vous suivrai. Élie lui répondit : Allez, et revenez, car pour moi j’ai fait tout ce que j’avais à faire. Après cela Élisée prit une paire de bœufs qu’il tua ; il en fit cuire la chair avec le bois de la charrue, et la donna à manger au peuple. Après quoi il s’en alla, et suivit Élie.

Nous avons dit, sur l’article d’Élie, comment Élisée suivit son maître lorsque le Seigneur le transporta hors de la vue des hommes, et comment il hérita de son manteau, et de son double esprit (2 Rois 2.1-3,14-16). Étant arrivé au bord du Jourdain avec le manteau d’Élie, il en frappa les eaux, qui d’abord ne furent point séparées. Alors Élisée dit : Où est à présent le Dieu d’Élie ? Et frappant les eaux une seconde fois, elles se partagèrent de côté et d’autre, et il passa au travers. À ce miracle les enfants des prophètes reconnurent que l’esprit d’Élie s’était reposé sur Élisée, ils se prosternèrent devant lui, et le reconnurent pour son successeur.

Lorsqu’il fut arrivé à Jéricho, les habitants de la ville lui dirent : Seigneur, la demeure de cette ville est très-commode ; mais les eaux en sont amères, et la terre stérile. Eliseo leur répondit : Apportez-moi un vaisseau neuf, et mettez-y du sel. Cela étant fait, il alla à la fontaine de Jéricho, jeta le sel dans les eaux, et les rendit saines et potables, comme elles le sont encore aujourd’hui. Allant ensuite à Béthel, les enfants du lieu se raillaient de lui, en disant : Monte, chauve ; monte, chauve. Élisée les maudit au nom du Seigneur ; et en même temps il sortit deux ours de la forêt voisine, qui en dévorèrent quarante-deux.

Les rois d’Israël, de Juda et d’Édom s’étant mis en campagne contre le roi de Moab, qui s’était révolté contre celui d’Israël (2 Rois 3.1-2), arrivèrent dans des lieux déserts, où il n’y avait point d’eau, et où leur armée était en danger de périr. Alors les trois rois allèrent trouver Élisée, qui se trouva heureusement au camp, Élisée ayant vu Joram roi d’Israël, lui dit : qu’y a-t-il entre vous et moi ? Allez chercher les prophètes de votre père et de votre mère. Il ajouta : Vive le Seigneur ! Si je ne respectais la personne de Josaphat, roi de Juda, qui est ici présent, je ne vous aurais pas seulement regardé. Mais maintenant faites-moi venir un joueur de harpe ; et pendant que cet homme jouait, l’Esprit de Dieu se fit sentir sur Élisée, et il dit : Voici ce que dit le Seigneur : Faites plusieurs fosses le long de ce torrent ; car vous ne verrez ni vent, ni pluie et néanmoins le lit de ce torrent sera rempli d’eau, et vous boirez, vous et vos animaux. La chose arriva la nuit suivante, comme il l’avait prédite.

Vers le même temps, la veuve d’un des prophètes vint dire à Élisée que le créancier de son mari voulait prendre ses deux fils pour les vendre, ou les faire esclaves (2 Rois 4.12). Élisée multiplia l’huile qui était dans la maison de cette veuve, en sorte qu’elle en eut assez pour payer son créancier.

Élisée passait assez souvent à Sunam, ville de la tribu de Manassé, de deçà du Jourdain (2 Rois 4.8-10) ; et une matrone avait coutume de le recevoir dans sa maison. Comme elle n’avait point d’enfants, Élisée lui promit de la part du Seigneur, qu’elle accoucherait d’un fils. Sa prédiction fut suivie de l’effet ; mais quelques années après l’enfant mourut. Élisée était alors au mont Carmel. La mère de l’enfant y accourut, et ne voulut pas quitter le prophète qu’il ne vint en sa maison. Il y vint, et rendit la vie à l’enfant, en priant pour lui, et en se courbant sur lui pour le réchauffer.

Élisée étant à Galgale (2 Rois 4.38) pendant une grande famine, un des enfants des prophètes voulut préparer à manger à ses frères ; et étant allé a la campagne, il amassa des coloquintes sauvages plein son manteau ; et les ayant mises dans le pot, on les servit, devant Élisée, et les autres prophètes. Mais dès qu’ils en eurent goûté, ils s’écrièrent : C’est un poison mortel. Élisée s’étant fait apporter de la farine, en jeta dans le pot, et on n’y sentit plus d’amertume.

Vers le même temps, il multiplia vingt pains d’orge, et en rassasia plus de cent personnes (2 Rois 4.41).

Naaman, général des troupes du roi de Syrie, étant lépreux, fut conseillé de venir trouver Élisée (2 Rois 5.1-2), pour en obtenir la guérison. Élisée sans sortir de sa maison, lui fit dire de s’aller baigner sept fois dans le Jourdain, et qu’il serait nettoyé. Naaman, tout fâché, voulait s’en retourner : mais ses gens lui dirent que, ce que le prophète lui demandait étant si aisé, il devait au moins essayer si les eaux du Jourdain le guériraient. Il alla donc, et se baigna sept fois, et il fut parfaitement guéri. Après cela, il revint trouver Élisée, et lui offrit de très-grands présents ; mais l’homme de Dieu les refusa constamment. Naaman le pria donc de lui permettre d’emporter la charge de deux mulets de la terre du pays d’Israël, protestant qu’il n’aurait à l’avenir point d’autre Dieu que le Seigneur. Il ajouta : Je vous supplie de demander pour moi pardon au Seigneur, lorsque mon maître entrera dans le temple de Rem-mon, pour y adorer, en s’appuyant sur ma main si j’y entre avec lui, et si j’y adore. Le prophète répondit : Allez en paix. Et Naaman s’en retourna.

Quelques interprètes traduisent par le passé la demande de Naaman : Je vous supplie de prier le Seigneur pour moi : lorsque le roi mon seigneur, est entré dans le temple de Remmon, pour y adorer, en s’appuyant sur ma main, si j’ai adoré dans ce temple lorsqu’il y adorait, que le Seigneur me le pardonne. En sorte que Naarnan demanderait pardon d’une faute passée, et non pas permission pour une action future, ce qui nous paraît bien plus probable.

Giézi, serviteur d’Élisée, n’imita pas le désintéressement de son maître. Il courut aprèc Naaman (2 Rois 5.20-21), et lui demanda un talent et deux habits au nom d’Élisée. Naaman lui donna deux talents et deux habits, et les fit porter par ses gens jusqu’auprès de la ville. Alors Giézi les prit, et les cacha dans sa maison. Mais Élisée, à qui Dieu avait fait connaître l’action de Giézi, lui en fit des reproches, et lui dit que la lèpre de Naaman demeurerait pour toujours attachée à lui et à toute sa famille. En effet dès ce moment Giézi fut frappé de lèpre, et se retira d’avec Élisée.

Un jour les enfants des prophètes (2 Rois 6.1-3) étant allés couper du bois sur le bord du Jourdain l’un d’eux laissa tomber dans l’eau le fer de sa cognée. Mais Élisée coupa un morceau de bois, le mit dans l’eau, et aussitôt le fer de la cognée surnageant, vint s’attacher à ce bois.

Le roi de Syrie était en guerre contre le roi d’Israël (2 Rois 6.8-9), et ne pouvait s’imaginer comment tous ses desseins étaient découverts, et prévenus par les ennemis. On lui dit que c’était le prophète Élisée qui révélait tout au roi d’Israël. Bénadad envoya donc des troupes, pour prendre le prophète, lorsqu’il était à Dothan ; mais Élisée les frappa d’une espèce d’aveuglement ; en sorte qu’il les mena, sans qu’ils le reconnussent, jusque dans Samarie. Alors il pria Dieu de leur ouvrir les yeux, il leur fit donner à boire et à manger, et les renvoya vers leur mettre.

Quelque temps après, Bénadad, roi de Syrie, ayant assiégé Samarie (2 Rois 6.24-25), la famine y fut si grande, que la tête d’un âne y fut vendue quatre-vingts pièces d’argent, et la quatrième partie d’une très-petite mesure d’une sorte de pois chiches, appelés fiente de pigeons, cinq sicles et qu’une mère mangea son propre enfant [voyez Anthropophagie].

Joram, roi d’Israël, croyant qu’Élisée pouvait faire cesser cette famine, s’il voulait, et lui imputant les maux qu’elle causait dans la ville, envoya du monde, pour lui couper la tête. Le prophète le connut en esprit, et fit fermer sa porte. À peine le messager du roi était arrivé devant la maison d’Élisée, que le roi y arriva lui-même, et lui fit de grandes plaintes de l’état où se trouvait la ville. Élisée lui répondit (2 Rois 7.1-3) : Voici ce que dit le Seigneur : Demain à cette même heure, la mesure de farine se donnera pour un sicle à la porte de Samarie, et on aura pour un sicle deux mesures d’orge. Un des officiers du roi répondit : Quand le Seigneur ouvrirait les cataractes du ciel, pour faire pleuvoir des vivres, ce que vous dites pourrait-il être ? Élisée lui répondit : Vous le verrez de vos yeux, mais vous n’en mangerez point. En effet, dès la nuit suivante, les Syriens levèrent le siège, et la chose arriva comme Élisée l’avait prédite.

À la fin des sept années de famine qu’Élisée avait prédites, ce prophète alla vers Damas (2 Rois 8.7-8), pour exécuter l’ordre que le Seigneur avait donné à Élie plusieurs années auparavant (2 Rois 13.14-15), de déclarer Hazaël roi de Syrie. En ce temps-là, Bénadad, roi de Syrie, était malade ; et ses gens lui ayant dit qu’Élisée était dans le pays, il envoya Hazaël, un de ses premiers officiers, pour le consulter, et pour lui demander s’il pourrait relever de sa maladie. Élisée répondit à Hazaël : Allez, dites à Bénadad qu’il guérira ; mais le Seigneur m’a fait voir qu’il mourra assurément et demeurant quelque temps sans rien dire, il versa des larmes, et son visage parut changé. Hazaël lui demanda : Pourquoi mon seigneur pleure-t-il ? Élisée lui répondit : Parce que je sais combien de maux vous ferez Ô Israël. Vous brûlerez leurs villes fortes, vous ferez passer au fil de l’épée leurs jeunes hommes, vous écraserez contre terre leurs petits enfants, et vous fendrez le ventre aux femmes grosses. Hazaël ne vérifia que trop ces prédictions. À son retour, il étouffa Benadad, et, s’étant fait déclarer roi, fit une infinité de maux aux Israélites.

Vers le même temps, Élisée envoya un des enfants des prophètes donner l’onction royale à Jéhu, fils de Josaphat, et petit-fils de Namsi (1 Rois 9.1-3), en exécution de l’ordre que le Seigneur, en avait donné à Élie quelques années auparavant (2 Rois 19.15). Jéhu ayant reçu l’onction royale, exécuta tout ce qui avait été prédit par Élie contre la famille d’Achab et contre Jézabel. On peut voir Jéhu, Achab, Jezabel.

Élisée étant tombé malade de la maladie dont il mourut (2 Rois 13.14-15), Joas, roi d’Israël, le vint voir (1 Rois 0.1-3) ; et il pleurait, en lui disant : Mon père, mon père, vous êtes le char d’Israël, et celui qui le conduit. Élisée lui dit : Apportez-moi un arc et des flèches ; et le roi les lui ayant apportées, il dit au roi de mettre ses mains sur cet arc ; et en même temps le prophète mit les siennes sur celles du roi, et lui dit : Ouvrez la fenêtre qui regarde l’orient, et tirez une flèche. Et l’ayant tirée, Élisée dit : C’est la flèche du salut du Seigneur, c’est la flèche du salut contre la Syrie ;. vous remporterez la victoire à Aphec contre la Syrie. Élisée lui dit encore de tirer contre la terre ; et il tira trois fois, puis s’arrêta. Alors l’homme de Dieu se mit en colère, et lui dit : Si vous eussiez frappé la terre cinq, six ou sept fois, vous auriez battu la Syrie jusqu’à l’exterminer entièrement ; mais vous ne la battrez que trois fois.

Élisée mourut donc ; et cette même année, il vint des voleurs de Moab sur les terres d’Israël. Or il arriva que quelques Israélites portant un homme au tombeau à la campagne, virent ces voleurs, et jetèrent le corps qu’ils portaient, dans le tombeau d’Élisée. Le corps ayant touché les os d’Élisée, cet homme ressuscita, et se leva sur ses pieds. C’est ce que l’auteur de l’Ecclésiastique a relevé dans l’éloge qu’il a fait d’Élisée, en disant (Ecclésiaste 48.13-14) : Son corps prophétisa même après sa mort ; il fit quantité de prodiges pendant sa vie, et il continua d’opérer dès merveilles après sa mort.

On lit dans quelques auteurs peu autorisés, qu’au jour de la naissance d’Élisée, un des veaux d’or de Galgale meugla avec tant de force, que l’on entendit sa voix jusqu’à Jérusalem. Et il dit : Celui-ci détruira leurs idoles, de sculpture, et il brisera leurs statues de fonte.

Élisée (2)

Fontaine d’Élisée, prend sa source à deux traits d’arbalète de la montagne de la Quarantaine. Elle coule dans la plaine de Jéricho, qui a soixante stades de Long, et vingt de large. Elle passe au midi de Galgale ; et après avoir été partagée en plusieurs ruisseaux, elle tombe dans le Jourdain. C’est cette fontaine dont les eaux furent adoucies par Élisée, ainsi que nous l’avons vu ci-devant [A mi-chemin de la montagne de la Quarantaine, dit M. Poujoulat (Correspondances d’Orient, lettre 106, mars 1831, tome 4 pages 374), nous nous sommes arrêtés à la fontaine d’Élisée ; cette source, d’abord semblable à une petite rivière, est bientôt réduite à un petit ruisseau qui se partage en trois branches ; l’une de ces branches se rend, à l’aide d’un conduit, dans le bassin de Rihha ; les deux autres vont arroser les terres environnantes. Un bouquet de ces arbres, que les Arabes appellent dom, couvre d’ombre et de fraicheur la fontaine d’Élisée… La fontaine d’Élisée, avec ses bords fleuris et ses ombrages, par le cours de ses eaux et par tout ce qui tient à son site, m’a rappelé les sources du Scatnandre ; mais les images qu’on y rencontre ne sont pas les mêmes. Au lieu où naît le fleuve, fils de Jupiter, nous avions vu des femmes avec des urnes sur leur tête et vêtues comme les anciennes filles d’Ilion. Dans la source qui porte le nom du prophète du Seigneur, j’ai vu deux bédouins au corps noirâtre, qui se baignaient accroupis au milieu des eaux. »

Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com

L’article dans Calmet

Dictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)

(signifiant : Dieu est mon salut).

Les récits

Fils de Saphat, riche propriétaire d’Abel-Méhola, de la tribu d’Issacar, disciple et successeur d’Élie, il apparaît pour la première fois 1 Rois 19.16. Pendant son ministère (855-798), quatre rois se succèdent sur le trône d’Israël : Joram, Jéhu, Joachaz, Joas. L’auteur du livre des Rois a emprunté les récits qui constituent nos documents à un ouvrage d’inspiration prophétique, né dans le royaume du nord ue la critique désigne sous le nom de « cycle d’Élisée » et dans lequel Élisée était dépeint bien plus comme un devin et un faiseur de miracles que comme un prophète au sens que nous donnons habituellement à ce mot. Les situations géographiques sont indiquées de façon précise, mais, par contre, les personnages sont trop souvent mal désignés, preuve en soit cette expression : « le roi d’Israël » sans autre indication, et l’auteur ne s’inquiète pas de la chronologie. Cette indétermination dans les noms et les dates est, on le sait, un des caractères du genre légendaire. En effet, dans le cycle de récits, la légende l’emporte sur l’histoire (bien qu’il renferme aussi des données historiques d’une réelle valeur), et l’on y est en présence d’une suite d’anecdotes dont le lien entre elles n’apparaît pas toujours nettement alors que, dans le cycle d’Élie (1 Rois 17 18 19 21 ; 2 Rois 1.1 ; 2 Rois 1.8), se trouve une série de récits bien coordonnés et formant un tout. Il est probable que le compilateur du cycle d’Élisée (2 Rois 2-8 ; 2 Rois 13.14-21) a dû connaître l’autre, car on retrouve dans ces deux suites de récits des données qui semblent se répéter (par exemple 2 Rois 4.1 et 1 Rois 17.8 et suivants, 2 Rois 4.8 et 1 Rois 17.17 et suivants). Dans le cycle d’Élisée, l’élément miraculeux est très marqué et va même parfois jusqu’à revêtir les caractères de la magie.

Que les récits relatifs à Élisée n’aient pas formé déjà un tout, lorsque le rédacteur les utilisa, c’est ce que prouvent les contradictions qu’on y relève ; ainsi, 2 Rois 6.23 dit : « Les bandes de Syriens n’envahirent plus le pays », et, aussitôt après (verset 24), vient le siège de Samarie par le roi Ben-Hadad ; 2 Rois 5.27 : Guéhazi est frappé de la lèpre, mais dans 8.4 il paraît sans autre difficulté devant le roi. Dans certains récits, Élisée a son centre d’activité à Guilgal (2 Rois 2.19 et suivants, voir verset 1-3 4.1 et suivants, 38 et suivants. 2 Rois 4.42 ; 2 Rois 6.1) ; dans d’autres, c’est à Samarie (2 Rois 2.24 ; 2 Rois 5.1-4 ; 2 Rois 6.8 ; 2 Rois 6.24 ; 2 Rois 13.14 et suivants). Presque tous les actes du prophète sont placés avant l’attentat de Jéhu ; or Élisée aurait vécu encore quarante-cinq ans, et il est permis de penser qu’il ne resta pas inactif pendant ce temps.

Les événements

Leur ordre réel étant impossible à rétablir, nous groupons les textes en deux catégories : ceux qui décrivent l’activité du prophète dans sa vie privée, et ceux qui s’attachent plus particulièrement à sa vie publique.

1. La vie privée d’Élisée

Élie rencontre le jeune Élisée labourant avec les serviteurs de son père ; conformément à l’ordre reçu de Dieu en Horeb, il jette son manteau sur les épaules du jeune homme, signifiant par là qu’il compte sur lui pour être son disciple et son successeur. Élisée hésite, puis, après un repas d’adieu offert aux gens de son entourage, il se met à la suite d’Élie. Cette vocation fut confirmée lors de l’enlèvement de son maître : Élisée reçut une double part de l’esprit d’Élie. Traversant le Jourdain à sec après l’enlèvement d’Élie, il va à Jérico récemment reconstruite (1 Rois 16.34) et y habite. La fertilité du pays était due à des sources abondantes et intarissables, dont l’une, cependant, donnait des eaux impropres à tout usage, même agricole ; sur la demande des habitants, Élisée rendit ces eaux utilisables (2 Rois 2.19 ; 2 Rois 2.21). On montre aujourd’hui encore la fontaine d’Élisée, en arabe Ain es-Soultân. De Jérico le prophète va à Béthel ; chemin faisant il traverse un défilé boisé où des gamins se moquent de sa calvitie ; il les maudit au nom de l’Éternel et aussitôt deux ourses sortent des bois et déchirent quarante-deux de ces enfants (2 Rois 2.23 et suivant). Le châtiment est tellement hors de proportion avec la faute et contraste si fort avec ce que nous savons du caractère d’Élisée (2 Rois 6.20 ; 2 Rois 6.22), que certaines versions grecques parlent de pierres lancées et que les rabbins disent qu’en punition de cet acte Élisée tomba malade. Il est plus simple de penser que le récit tel qu’il nous a été conservé est une anecdote destinée à effrayer les enfants et qu’il faut rapprocher de récits analogues, fréquents dans le folklore de tous les peuples. La veuve d’un prophète, endettée, est sur le point de voir ses fils vendus comme esclaves, toute sa fortune est un reste d’huile dans un pot ; Élisée fait abonder cette huile au point qu’avec le produit de sa vente, la femme peut acquitter ses dettes et vivre avec ses fils (2 Rois 4.1 ; 2 Rois 4.7). Il y avait à Sunem une femme de distinction qui recevait souvent le prophète à sa table et lui fit même construire une chambre comme pied-à-terre ; pour la remercier de son hospitalité, Élisée lui accorda le fils qu’elle désirait en vain, et le rendit plus tard à la vie après une insolation mortelle (2 Rois 4.8-37). Pendant une famine, Élisée est à Guilgal en compagnie des fils des prophètes, qui en sont réduits à manger des coloquintes ; s’apercevant de l’extrême amertume de ce végétal, ils font appel à Élisée, qui le rend comestible (2 Rois 4.38 ; 2 Rois 4.41). Sans doute pendant la même famine, un fermier vient à Guilgal, apportant vingt pains d’orge et des épis ; (cf. Lévitique 2.14) Élisée ordonne de distribuer cette offrande aux cent hommes qui sont avec lui : « tous mangèrent et il y eut des restes » (2 Rois 4.42 ; 2 Rois 4.44). Naaman, chef de l’armée du roi de Syrie, est atteint de la lèpre, il vient chercher la guérison auprès d’Élisée. Ayant suivi, non sans humeur, l’ordre du prophète de se tremper sept fois dans le Jourdain, il est purifié et décide d’adorer Jéhovah ; suivant les croyances antiques, il emporte un peu de la terre du pays afin de construire un autel à Jéhovah ; Élisée l’autorise même à continuer de rendre un hommage tout formel à Rimmon, le dieu de son maître. Le serviteur du prophète, Guéhazi, est frappé de la lèpre pour avoir frauduleusement obtenu des cadeaux de Naaman (2 Rois 5). Les fils des prophètes abattent des arbres pour se construire une plus grande demeure, l’un d’eux fait tomber dans le Jourdain le fer de sa hache qu’il avait emprunté ; Élisée fait surnager ce fer, de sorte qu’il fut facile de le reprendre (2 Rois 6.1 ; 2 Rois 6.8).

2. Élisée homme politique (2 Rois 3.11-20)

Élisée est avec les rois de Juda, d’Israël et d’Édom contre Mésa de Moab ; les armées manquent d’eau, il refuse de conseiller le roi d’Israël, mais par égard pour le roi de Juda, fait creuser des tranchées qui, le lendemain, sont pleines d’eau par suite d’un orage dans les monts de Moab. 2 Rois 6.8-23 montre le prophète sous un jour très avantageux : par ses conseils, les bandes de Ben-Hadad de Damas sont paralysées ; ce roi envoie alors une forte troupe à Dothan pour s’emparer de sa personne, mais il frappe ces gens d’aveuglement, les conduit au milieu de Samarie, dessille leurs yeux et les renvoie chez eux sains et saufs. 2 Rois 6.24-7.20 : Samarie est assiégée par les Syriens et réduite à la dernière extrémité ; le roi veut rendre la ville et punir Élisée, mais, dans la nuit, une panique met l’ennemi en fuite et les Israélites s’emparent d’un énorme butin. 2 Rois 8.7-15 : Ben-Hadad malade envoie Hazaël consulter Élisée ; malgré son émotion patriotique, le prophète accomplit la mission autrefois à lui confiée par Élie et oint Hazaël roi de Syrie, puis Jéhu roi d’Israël (2 Rois 8.28-9.13). Il meurt bientôt, déçu dans l’espoir qu’il avait placé sur le jeune Joas (2 Rois 13.14-20). Un mort enseveli dans son tombeau ressuscite aussitôt (2 Rois 13.20 et suivant). Caractéristique. Successeur d’Élie, Élisée est cependant très différent de lui. Établissant une distinction entre Baal et la civilisation, il s’efforce d’adapter la pensée intransigeante de son maître à la fois aux exigences de cette civilisation et à la nature humaine. Il vit comme tout le monde, habite parmi les hommes : à Jérico avec les fils des prophètes, à Damas, chez lui à Samarie ou à Dothan, chez son hôtesse à Sunem. Élie cherchait Dieu dans les montagnes, Élisée reçoit son inspiration au son de la harpe (2 Rois 3.14 et suivants) ; Élie attaquait en face avec la seule puissance de Jéhovah, Élisée use de diplomatie et de ruse, il sait utiliser les hommes et leurs faiblesses pour en arriver à ses fins ; dans ce sens on peut dire qu’il est plus humain que son maître. Mais il y aurait danger à vouloir trop détailler ce caractère, que nous ne pouvons que deviner à travers des récits très souvent légendaires. Ce qui est certain, c’est qu’il fit en Israël une impression moins forte et moins durable qu’Élie.

L. V

Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com

L’article dans Westphal