Dictionnaires bibliques

David

Ce que les dictionnaires bibliques disent de « David », un article après l’autre.

Dictionnaire de la Bible (Bost)

Fils d’Isaï, de la tribu de Juda, comptait parmi ses ancêtres Ruth la Moabite, Rachab l’hôtelière de Jéricho, et Tamar la Cananéenne. Il fut le chef de la dynastie des rois de Juda, et le Christ, qu’il avait préfiguré dans sa royauté, est sorti de sa race, et a porté, comme l’héritier de son trône, ie nom caractéristique de fils de David. David naquit à Bethléhem (1085 ans av. J.-C.), Samuel avait alors cinquante-quatre ans. L’heureuse influence du dernier des juges répandait la piété et la prospérité chez les Israélites. Le septième et dernier fils d’Isaï, occupé dans sa jeunesse à paître les troupeaux, avait dix-neuf ans lorsqu’il fut désigné, par l’onction sainte répandue sur sa tête, pour succéder, sur le trône d’Israël, à Saül, désobéissant et rejeté. Néanmoins sa destinée ne devait se dérouler que successivement, et Dieu, pour le préparer au trône, le fit passer à travers bien des vicissitudes et des dangers. Peu après son sacre, il fut appelé auprès de Saül pour distraire, par le charme de la musique, la mélancolie du roi que possédait un mauvais esprit. Rentré chez son père, après le succès de ses soins, il ne tarda pas à se faire connaître de nouveau du roi et du peuple par sa victoire sur Goliath, le géant Philistin.

Il est beau de voir un jeune homme de vingt-trois ans, soutenu par sa foi, s’avancer avec une fronde et cinq pierres du torrent, contre un ennemi colossal armé de toutes pièces. Il remporta la victoire parce que Goliath s’était confié dans sa force et avait défié le Dieu d’Israël, au nom duquel David se présentait pour le combattre. Dès ce moment, David entra définitivement au service du roi, qu’il ne quitta plus. Mais la jalousie de Saül, excitée par les louanges du peuple, s’alluma bientôt contre David et, sauf quelques intermittences, ne cessa de le poursuivre avec un acharnement toujours croissant. La protection divine, qui reposait sur David, fit tourner à sa gloire, à sa popularité, à l’affermissement de son royal avenir, les missions périlleuses confiées à sa jeunesse par le mauvais vouloir de Saül, et consacrées par l’enthousiasme et la confiance de l’armée. Saül, après avoir, dans le mariage de sa fille aînée, manqué à la promesse qu’il avait faite au vainqueur du Philistin, voulut faire servir à l’assouvissement de sa haine l’amour que Mical, sa seconde fille, éprouvait pour le jeune capitaine. La prudence et la vaillance de David déjouèrent ces perfides manœuvres ; Saül dut l’accepter pour gendre, et sensible aux remontrances de Jonathan son fils, l’ami de David, il imposa pour un moment silence à son injuste animosité. Ce ne fut qu’une trêve. Les succès du héros d’Israël, dans la guerre qui venait de recommencer contre les Philistins, rallumèrent les flambeaux de la jalousie et de la haine dans le cœur de son puissant ennemi. Deux fois, lorsque la harpe de David cherchait à soulager les souffrances morales de Saül, souffrances d’envie et de rage qui s’irritaient peut-être de leur injustice même, deux fois, joignant l’ingratitude à la folie, Saül avait cherché à clouer contre la paroi, d’un coup de javeline, son chantre fidèle et dévoué. Parvenue à son comble, la fureur de Saül force David à s’enfuir. Délivré une première fois par la puissance de l’esprit de Dieu qui, en se répandant sur les émissaires de Saül, et en gagnant Saül lui-même, les contraint d’oublier, aux pieds de Samuel, leurs mauvais desseins, et de glorifier le Seigneur, David est bientôt contraint de fuir de nouveau. Il est secouru par Ahimélec et l’enveloppe dans sa disgrâce. Puis, après avoir tenté de se réfugier auprès d’Akis, roi de Gath, et après avoir placé son père et sa mère en lieu de sûreté, il se met à parcourir le pays à la tête de gens malheureux comme lui, vivant dans les lieux écartés et mettant sa troupe, forte d’environ 400 hommes, au service de ses concitoyens, pour les protéger contre les incursions des peuples environnants. Dans les montagnes, trahi par ceux-là mêmes qu’il avait aidés et délivrés, il n’échappe à la mort que grâce aux merveilles réitérées de la protection divine, et, par deux fois, il épargne Saül qu’il avait l’occasion de frapper à coup sûr. L’ingratitude et la persévérance de son ennemi lassent enfin sa constance et sa foi, il se retire chez les Philistins, et reçoit Tsiklag pour refuge et habitation. Cette faute grave fut punie par la position fausse et difficile où il se trouva placé chez les ennemis de son peuple, obligé de vivre pendant deux ans environ dans la dissimulation, le mensonge et la cruauté. À la bataille de Guilboa, conduit par Akis dans les rangs des Philistins, il se trouve dans l’alternative inévitable ou de faire la guerre à son peuple, ou de tirer perfidement l’épée contre un bienfaiteur trop confiant, dont il avait accepté l’hospitalité. La méfiance des Philistins, en le faisant renvoyer, lui épargna un crime ; la prise de Tsiklag, qu’il trouva brûlée et pillée par les Amalékites, paraît avoir été le châtiment dont Dieu se servit pour le faire rentrer en lui-même. Près de périr par la main des siens, que l’enlèvement de leurs femmes, de leurs enfants et de leurs biens avait exaspérés, il se fortifia en son Dieu, apaisa ses gens, poursuivit et atteignit les pillards, reprit tout ce qu’il avait perdu, et fit en outre un immense butin. C’est ce butin qui lui servit à regagner, par des présents faits à propos, la bienveillance des principaux Israélites.

Sur ces entrefaites, la mort de Saül lui ouvrit les avenues du trône, et la tribu de Juda le reconnut pour son roi. Il avait trente ans alors ; il choisit pour résidence l’antique ville de Hébron. Is-Boseth, fils de Saül, fut mis à la tête d’Israël par les légitimistes de l’époque, et une longue guerre s’en suivit. La défection et la mort d’Abner, la trahison de Bahana et de Récab, qui assassinèrent Is-Boseth, y mirent un terme. David, en punissant de mort les meurtriers de Saül d’abord, puis les lâches assassins du fils de Saül, se montra juste et récompensa dignement les traîtres. On regrette qu’il n’ait pas montré la même fermeté envers Joab, son neveu, meurtrier d’Abner. Le crédit et l’influence de ce vaillant homme de guerre auprès de l’armée le sauvèrent ; David n’osa pas en le punissant compromettre une autorité faible encore et précaire.

Maître de tout Israël, à l’âge d’environ quarante ans, David prend Jérusalem sur les Jébusiens, et y fixe sa résidence. Il abaisse et humilie les Philistins, ces ennemis constants du peuple de Dieu. L’arche, qui depuis la mort d’Éli, était restée séparée du sanctuaire, est conduite avec pompe et aux acclamations unanimes du peuple, dans un tabernacle dressé pour elle en Sion. David projette la construction du temple ; Dieu réserve cette gloire à Salomon, mais prononce dans cette occasion solennelle l’oracle qui fixe dans la famille de David la succession de la royauté qui devait aboutir au Messie. La prospérité de David parvient à son comble, ses ennemis sont subjugués tout alentour, leurs insultes et leurs efforts ne servent qu’à étendre la domination d’Israël, et les limites annoncées par Moïse sont atteintes pour la première fois.

Cette prospérité, le succès de ses armes et la gloire de son règne exercèrent sur l’âme de David une funeste influence. Ses mœurs s’amollirent ; son âme s’endormit dans les délices. Pendant qu’il savourait à Jérusalem les douceurs et le luxe d’une royauté orientale, et que son armée, sous la conduite de Joab, faisait le siège de Rabbath-Hammon, David se laissait séduire par la beauté de Bath-Sèba, femme d’Urie, et tombait dans l’adultère ; après avoir échoué dans les odieuses intrigues qu’il tenta pour cacher les traces de son crime, il fut conduit de péché en péché, à faire périr, par la main des Ammonites, Urie et plusieurs de ses plus vaillants et de ses plus fidèles serviteurs. Enfin réveillé de son sommeil de péché, et rappelé à lui-même par la voix fidèle de Nathan, David montra, par sa sincère et profonde repentance, les dispositions saintes qui l’animaient et qui, après une funeste et trop longue interruption, avaient repris possession de son âme. Il avait alors 32 ans.

Mais, dès ce moment, la prospérité qui lui avait été si fatale se retira de lui, et depuis cette époque jusqu’à la fin de son règne, son âme fut maintenue dans l’humilité, la défiance d’elle-même et la soumission au Seigneur, par une suite de calamités publiques ou particulières. Les désordres domestiques qui souillèrent et ensanglantèrent sa maison, la violence exercée par Amnon contre sa sœur Tamar, la vengeance sanglante que Absalom tira de cette offense, l’exil de ce fils bien-aimé qui en fut la suite, le retour toléré d’abord, puis la grâce complète de ce jeune homme dont le crime n’était pas sans excuse, l’ingratitude de celui-ci, ses menées, la guerre civile qu’il alluma pour enlever à son père le royaume et la vie, révolte qui fut bien près d’être couronnée par la victoire ; tous ces événements trouvèrent David, souvent faible peut-être dans le gouvernement de sa famille, mais humble, mais fort, mais grand dans sa foi et dans sa piété, sous la puissante main du Dieu qui le châtiait dans son amour. Le succès presque complet de la tentative de Absalom semblerait indiquer que, depuis son crime, David, soit influence de l’âge, soit surtout conscient de son humiliation, et du souvenir de ses fautes, avait perdu cette force de volonté, cette présence d’esprit et cette fermeté de décision qui l’avaient porté, de vicissitudes en vicissitudes, jusque sur le trône de Juda et d’Israël. Toutefois la fidélité et le dévouement de ceux qui entourèrent et sauvèrent David dans cette circonstance, montrent que, s’il avait perdu sous quelques rapports, il était cependant toujours le vrai roi de ce peuple un moment égaré, mais qui n’avait pas cessé d’avoir pour lui confiance et affection : c’est ce que prouvent encore l’insuccès de la révolte de Scéba, fils de Bicri, qui succéda à celle de Absalom, et la fin sanglante de ce rebelle.

À peine le fléau de la guerre civile eut-il fini de troubler le pays, qu’une autre calamité, la famine, se fit sentir en Israël. C’était un châtiment du massacre des Gabaonites, que Saül avait fait mourir, au mépris de la foi jurée. Ce crime avait été inspiré à Saül par un faux-semblant de zèle, et par le besoin de conserver ou d’augmenter sa popularité. Si le châtiment tomba sur le peuple, c’est que celui qui sonde les cœurs avait découvert dans l’esprit du peuple le germe et la vraie source de cette iniquité. De même la vengeance qui, à la demande des Gabaonites, tomba sur la famille de Saül, se justifie aux yeux de quiconque connaît l’unité d’esprit qui, à ce degré de civilisation, caractérise les grandes familles, ou, pour employer un mot de nos langues modernes, les clans : chacun de leurs membres adopte comme siennes les intentions du chef ; il s’y associe de cœur, et les exécute de point en point avec l’apparence, au moins, de la plus entière spontanéité. On peut donc dire que le crime de Saül était celui de sa famille, et que le châtiment qui frappa ses enfants atteignit certainement des coupables. La famine fut pour les Israélites une leçon haute et importante. Ils apprirent par là que le Dieu d’Israël, bien que leur protecteur suprême, ne faisait aucune acception des personnes ; Dieu recherchait sur son peuple, même en faveur de profanes Cananéens, les iniquités commises contre ceux-ci ; le châtiment leur rappelait que le seul titre personnel à la faveur divine se trouve dans la justice et dans l’obéissance.

Les dernières années de David furent consacrées aux immenses préparatifs de la construction du temple, réservée à Salomon, mais que David eut toujours devant les yeux. Moins agitées que les précédentes, elles furent cependant troublées par le péché du dénombrement, et par la conspiration d’Adonija. L’orgueil présida au dénombrement du peuple. Il fallait que ce péché fut bien évident, puisque Joab même, le sanguinaire et mondain Joab, reprit David à ce sujet. Toutefois le cœur du roi se montre encore dans sa piété généreuse, dans sa confiance pleine et entière en son Dieu, lorsque, appelé à faire le choix douloureux d’un châtiment, il préfère tomber dans les mains de celui dont les compassions sont en grand nombre. La mortalité qui punit l’orgueil de David et décima son peuple, est une preuve de plus que le droit de Dieu sur les hommes pécheurs est de les faire périr quand et comme il le veut, et en même temps, que le dernier mot de sa justice distributive est réservé pour une autre dispensation. À cet événement se rattache le choix de l’emplacement du temple ; ce choix, marqué par un sacrifice en dehors du rite lévitiqne, et par une expiation efficace, puisque c’est là que l’ange apparut et que la plaie s’arrêta, avait ainsi une valeur typique, et recevait d’en haut une consécration indispensable sous l’économie mosaïque.

Comme un flambeau consumé jette un dernier éclat avant de s’éteindre, nous retrouvons la fermeté, la décision, l’humilité, la piété, tous les beaux traits du caractère de David, dans sa conduite au sujet de la tentative d’Adonija. Et comme le soleil couchant, avant de disparaître, se dégage des nuages pour embraser la terre et les cieux de l’éclat de ses derniers rayons, ainsi les derniers actes publics de David, relatifs à la construction du temple, ont une grandeur et une beauté de foi toute particulière, et couronnent dignement la vie de ce grand serviteur de Dieu. Il mourut âgé de 71 ans, en laissant, suivant une dispensation divine, le trône à un fils de Bath-Séba.

Le testament de David, les ordres qu’il donna à Salomon, concernant Joab et Simhi, se justifient clairement aux yeux de quiconque les examine avec foi et avec impartialité. David, par diverses causes, au font desquelles se trouvait une coupable faiblesse, avait laissé vivre ce neveu qui, chéri de l’armée, était « trop puissant pour lui ». Joab avait d’ailleurs mis le comble à ses crimes, en participant à l’entreprise d’Adonija. David ordonne à Salomon de faire justice. David, comme homme, avait pardonné à Simhi, et l’avait laissé vivre en paix tout le temps que lui-même avait vécu ; maintenant qu’il va mourir, qu’il n’a plus rien à faire avec les passions de la terre, qu’il a entièrement et jusqu’au bout donné la preuve de la sincérité de son cœur en pardonnant, il peut laisser venir le tour de la justice, et faire châtier par le roi son fils un crime contre la royauté. Sa conduite envers les meurtriers de Saül et d’Is-Boseth montre la droiture de son caractère dans les affaires de ce genre, et prouve que son unique préoccupation était le châtiment d’un sujet rebelle, sans qu’il s’y mêlât aucun sentiment de rancune personnelle.

Le rôle de David, dans l’histoire du peuple d’Israël, a été capital. Il est le fondateur de la royauté théocratique. Il a été ce que Saül aurait pu, mais n’a pas voulu être. La fondation de la royauté était une déviation du principe de la théocratie ; cette déviation devait trouver son correctif dans le caractère personnel du roi et dans l’esprit de la royauté. Saül, demandé par le peuple, s’est trop souvenu de l’origine de sa puissance ; il a tout sacrifié à la popularité. Ce fut la source de ses désobéissances et la cause de sa réjection. David a été l’homme selon le cœur de Dieu ; il a été roi de la part de Dieu, pour diriger le peuple dans les voies divines, non pour complaire au peuple, et par une fatale complaisance l’égarer loin de Dieu. C’est là le trait saillant qui distingue les deux rois et les deux royautés. Celle de Saül (q. v.) a été mondaine, celle de David a été sainte. À ce titre il a été type du Messie, et il a eu l’honneur d’être le dernier des patriarches, ancêtres désignés du Sauveur.

L’œuvre de David, comme prophète, n’a pas été moins importante. Sans parler des prédictions nombreuses et détaillées relatives au Christ, qui sont répandues dans les psaumes ; sans parler de cet admirable recueil auquel son nom se rattache, et dont il a écrit la plus grande partie (v. Psaumes), il fut l’auteur d’une révolution importante dans le culte mosaïque, révolution correspondante à la construction du temple qui a été son œuvre, autant et plus peut-être que celle de Salomon. Depuis la mort d’Éli, l’arche ne se trouvait plus dans le sanctuaire, et le culte n’était plus qu’imparfaitement célébré. Il n’a même pu l’être de nouveau d’une manière complète que dans le temple où il a été restauré avec une splendeur inconnue jusqu’alors : David a d’avance organisé le service et les fonctions des lévites, qui, n’étant plus chargés du transport d’un tabernacle longtemps errant, désormais fixé, devenaient disponibles pour d’autres fonctions. Celles de gardiens et de chantres leur furent dévolues. Cette fonction de chantres qui coïncide avec la première formation du Psautier signale l’introduction de l’élément de l’édification directe, qui d’abord se mêle au culte typique, pour le remplacer presque entièrement plus tard. Le symbole, à peu près la seule forme du culte sous Moïse, fut aux différents âges de l’église judaïque, successivement mélangé avec la parole qui, sous le christianisme, occupe le culte presque entier, et n’a laissé au symbole qu’une place, éminente il est vrai, mais restreinte dans ce qu’on appelle d’ordinaire les sacrements.

Tel a été David, homme d’une haute intelligence, d’un noble caractère, d’un cœur chaud et dévoué. Sur tous les trônes et dans tous les temps, il eût été un monarque distingué, le héros de son peuple. L’histoire profane, étrangère à l’austère simplicité du style biblique, n’eût pas manqué d’exalter ses rares vertus, sa gloire et ses triomphes ; elle eût caché ou pallié ses chutes. Il ne pouvait en être de même dans le récit inspiré, car c’est à Dieu seul qu’appartient la gloire ; la Bible a été écrite pour nous donner des exemples à suivre et non des hommes à idolâtrer. Mais, pour qui sait apprécier les choses, pour qui accompagne David d’un œil clairvoyant au milieu des vicissitudes si diverses d’une carrière longue et remplie, pour qui lit dans les mouvements de cette âme si droite, si chaleureuse, souvent si grande dans ses premiers élans, si habituellement dirigée par la pensée et l’amour du Seigneur, l’éloge biblique si remarquable qui lui a été décerné à tant de reprises, malgré les côtés sombres de sa conduite, n’aura rien qui étonne, et l’on répétera avec une conviction croissante, que c’était bien là « l’homme selon le cœur de Dieu ».

L’histoire de David embrasse le premier livre de Samuel, depuis le chap. 16 ; tout le second livre de Samuel, et 1 Rois 1-2. Elle est reproduite avec plus ou moins de détails en 1 Chroniques 11-29. Son nom, qui signifie bien-aimé, reparaît continuellement dans l’Ancien Testament, et une quarantaine de fois dans le Nouveau.

Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com

L’article dans Bost

Dictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)

Fils d’Isaïe, ou de Jessé, de la tribu de Juda, et de la petite ville de Bethléem. Après la réprobation de Saül, le Seigneur envoya Samuel à Bethléem, pour sacrer roi celui des fils d’Isaï qu’il lui désignerait (1 Samuel 15.1-3). Samuel étant arrivé à la maison d’Isaï, et ayant déclaré le sujet de son voyage, Isaï fit venir devant le prophète ses sept fils les uns après les autres ; mais le Seigneur lui déclara que ce n’était aucun de ceux-là qui devait régner. On envoya donc quérir David, qui était encore jeune, n’ayant qu’environ quinze ans, et Samuel lui donna l’onction royale au milieu de ses frères. Après quoi David s’en retourna à son occupation ordinaire, qui était de paître les troupeaux.

Quelque temps après, Saül étant tombé dans une noire mélancolie, dont le démon se servait pour l’agiter (1 Samuel 16.15-16), fut conseillé de faire venir David, pour jouer des instruments devant lui, et pour le soulager dans les accès de son mal. On lui dit que David était un homme vaillant propre à la guerre, d’une taille avantageuse, bien fait de sa personne, et favorisé du Seigneur. Il faut donc que David depuis l’âge de quinze ans, auquel il avait reçu l’onction royale, se soit acquis cette réputation de valeur parmi ses égaux, jusqu’à l’âge de vingt-deux ou vingt-trois ans qu’il avait alors. David s’acquitta si bien de ce qu’on demandait de lui ; que le roi le fit son écuyer. Ce qui n’etnpécha pas qu’il ne s’en retournât chez son père, lorsque Saül se porta mieux. Quelques années après, les Philistins s’étant mis en campagne, vinrent camper entre Azéca et Soco (1 Samuel 17.1-3), dans la tribu de Juda. Saül, à la tête de son armée, vint dans la Vallée du Térébinthe, de sorte que les Philistins, dit le texte, étaient d’un côté sur une montagne, et les Israélites du côté opposé sur une autre montagne, et la Vallée était entre eux. Les Philistins ; avaient dans leur armée un géant d’une taille et d’une force extraordinaires, nommé Goliath, lequel insultait à l’armée d’Israël, demandant quelqu’un qui pût combattre contre lui. Les deux armées demeurèrent à la vue l’une de l’autre dans leur camp pendant quarante jours, sans qu’il se trouvât aucun Israélite qui osât se présenter pour combattre contre Goliath.

Cependant Isaïe envoya David au camp, pour savoir des nouvelles de trois de ses fils qui étaient dans l’armée de Saül. David étant arrivé au camp, et ayant ouï le défi que faisait Goliath à toute l’armée d’Israël, se sentit porté d’une noble hardiesse, et témoigna qu’il le combattrait. Son frère alité le reprit de sa témérité ; mais enfin le roi ayant été informé des discours de David, le fit venir, et lui demanda s’il pourrait combattre le Philistin. David répondit qu’il le ferait, et que l’on ne devait pas s’effrayer des discours et des menaces de ce géant. Saül lui dit qu’il était trop jeune pour attaquer un homme qui avait toute sa vie fait la guerre. Mais David répondit : Lorsque votre serviteur paissait le troupeau de son père, il venait quelquefois un lion, ou un ours qui emportait un bélier du troupeau ; alors je courais après eux, je leur arrachais la proie d’entre les dents ; et lorsqu’ils se jetaient sur moi, je les prenais à la gorge, je les étranglais, et je les tuais. Car votre serviteur a tué un lion et un ours, et il tuera de même ce Philistin incirconcis.

Saül, admirant le courage de David, voulut le revêtir de ses propres armes. Mais David les ayant essayées, et ayant voulu marcher, les rendit, en disant qu’il ne pouvait marcher ainsi. Il reprit le bâton qu’il portait d’ordinaire, et ayant choisi dans le torrent cinq pierres bien polies, il les mit dans sa pannetiére, et ayant la fronde à la main, il marcha contre Goliath. Celui-ci s’étant approché, et ayant remarqué que David était un jeune homme, vermeil, et fort beau, il le méprisa, et lui dit : Suis-je un chien, pour que tu viennes à moi avec un billon ? Viens, viens, je donnerai ta chair à manger aux oiseaux du ciel. David sans s’effrayer, marcha contre lui, et lui lança avec sa fronde une pierre au milieu du front avec tant de raideur, qu’il le renversa par terre. Aussitôt il courut, se jeta sur lui, tira l’épée de Goliath, et lui en coupa la tête. Alors les Philistins, voyant que le plus vaillant d’entre eux était mort, s’enfuirent, et les Hébreux les poursuivirent avec de grands cris.

Saül voyant marcher David contre le Philistin, s’enquit d’Abner qui était ce jeune homme. Abner lui répondit qu’il ne le connaissait pas. Ce qui est assez étrange, puisque ce prince l’avait vu souvent dans sa maison, lorsqu’il jouait des instruments en sa présence, et qu’il l’avait fait son écuyer (1 Samuel 15.16-18). Il fallait que depuis qu’il n’avait paru devant ce prince, son visage, sa voix, son air, se fussent bien changés, ou que Saül eût été bien distrait dans cette occasion. Quoi qu’il en soit, après la victoire, Abner présenta David au roi, ayant en main la tête et l’épée de Goliath. Dès ce moment, Jonathas commença à aimer David, et il l’aima toujours depuis comme lui-même. Or il arriva que Saül et David revenant de cette expédition, les femmes d’Israël sortirent au-devant d’eux, chantant et dansant ; et elles disaient (1 Samuel 18.6-7) : Saül en a tué mille et David en a tué dix mille. Ce qui irrita tellement Saül contre David, que depuis ce jour, il ne le regarda plus de bon œil. Cependant il le retint auprès de sa personne, et ne lui permit plus de s’en retourner dans la maison de son père. Il lui donna même le commandement de quelques troupes. Mais il ne lui accorda pas sa fille en mariage, quoiqu’il l’eût promise à celui qui tuerait Goliath (1 Samuel 17.25).

Le lendemain Saül étant de retour en sa maison (1 Samuel 18.10), le malin esprit le saisit ; et David jouait de la harpe devant lui. Saül avait une lance à la main, dont il essaya par deux fois de percer David ; mais David évita le coup. Dès lors Saül commença d’appréhender David, et de s’en donner de garde. Il l’éloigna de sa personne, et lui donna le commandement d’un corps de mille hommes. Il lui promit en même temps Mérob, sa fille aînée, espérant toujours qu’il tomberait entre les mains des Philistins, et qu’ils le feraient mourir. Mais David se conduisit avec tant de prudence et de sagesse, qu’il se lira de tous les dangers. Toutefois Saül au lieu d’accorder sa fille Mérob à David, la donna en mariage à Hadriel Molathite.

Michol seconde fille de Saül, ayant conçu de l’amitié pour David, Saül en fut bien aise ; et lui fit dire que pour mériter l’honneur de devenir gendre du roi, il ne lui demandait autre chose, que cent prépuces de Philistins ; dans le dessein de le faire tomber entre leurs mains. Quelques jours après, David étant allé avec ses gens attaquer les Philistins, en tua deux cents, et en apporta les prépuces au roi. Alors Saül ne put se dédire de lui donner sa fille en mariage. Mais il ne quitta pas le dessein de le faire périr. Il en parla à Jonathas, son fils, et aux principaux de sa Cour (1 Samuel 19) et Jonathas le détourna de cette résolution.

Peu de temps après, la guerre recommença ; et David battit les Philistins. Il en tailla en pièces un grand nombre, et mit le reste en fuite. Or il arriva que le Malin esprit s’étant de nouveau saisi de Saül, et David jouant de la harpe devant lui, le roi s’efforça de le percer avec sa lance, en la poussant contre lui ; mais David évita le coup, et s’enfuit pour cette nuit-là. Saül envoya des gardes en sa maison, pour le prendre dès qu’il serait jour ; mais Michol le descendit en bas par une fenêtre ; et il se sauva ainsi. Le lendemain lorsqu’on voulut le prendre, Michol feignit qu’il était malade ; et le roi ayant ordonné qu’on le lui amenât même dans son lit, Michol montra qu’il n’y était point, et qu’il n’y avait qu’une statue, qui avait un peloton de poil de chèvre, au tien de tête.

David s’étant ainsi échappé, alla trouver Samuel à Ramatha, et lui raconta ce qui s’était passé. Samuel et David allèrent ensemble a Naïoth, qui n’en était pas loin, et où il y avait une communauté de prophètes. Et Saül, en étant informé, envoya du monde pour prendre David. Mais ces gens étant arrivés au lieu où étaient les prophètes, commencèrent à prophétiser avec eux. Saül y en envoya encore d’autres, qui en firent de même. Enfin il y vint lui-même, et se mit à prophétiser comme eux. Toutefois David ne se croyant pas en sûreté à Namib, vint secrètement trouver Jonathas (1 Samuel 20), et se plaignit à lui de la conduite que Saül tenait à son égard. Jonathas le rassura, lui dit de se tenir caché dans un certain champ, et lui promit de lui faire savoir au troisième jour les vraies dispositions de Saül. Le lendemain, qui était le premier du mois, Saül, étant à table avec Abner et Jonathas, la place que devait occuper David demeura vide. Le roi n’en témoigna rien, s’imaginant que peut-être il lui était arrivé quelque souillure qui empêchait de s’y trouver. Mais le jour d’après, Saül demanda pourquoi le fils d’Isaï n’était point venu. Jonathas lui dit : Il m’a prié de lui permettre d’aller à Bethléem, pour assister à un sacrifice solennel de sa famille, el je le lui ai permis. Alors Saül entra en colère contre Jonathas, et menaça même de le tuer avec sa lance.

Jonathas reconnut donc que la perte de David était résolue. Le jour suivant, de grand matin ; il alla dans un certain champ, comme pour s’exercer à tirer de l’arc, ainsi qu’il en était convenu avec David. Après avoir tiré quelques flèches, il renvoya son écuyer avec son arc et son carquois ; et lorsqu’il fut seul, David le vint trouver, et Jonathas lui dit que Saül avait résolu de le perdre. Ces deux amis se jurèrent de nouveau une amitié constante ; et David se retira à Nobé (1 Samuel 21), vers le grand prêtre Achimélech, à qui il dit que le roi l’avait envoyé pour quelque affaire pressante, sans lui donner le loisir de prendre seulement des armes et des vivres. Achimélech lui donna l’épée de Goliath, qui était dans le tabernacle, et des pains de proposition, qui avaient été ôtés le jour précédent de dessus la table d’or. Doeg, iduméen, était alors à Nobé ; et quelque temps après il découvrit à Saül ce qui s’était passé entre Achimélech et David ; ce qui fut cause de la mort des prêtres, que Saül fit cruellement tuer (1 Samuel 22.6-10).

David, ne se croyant pas en sûreté dans les terres de Saül, se retira chez Achis, roi de Geth, prince des Philistins. Mais y ayant été bientôt reconnu, il ne s’en sauva qu’en contrefaisant le fou et l’épileptique. Delà il vint à Odollam (1 Samuel 22), où ses frères et ses parents, et plusieurs autres personnes le vinrent trouver ; en sorte qu’il se vit à la tête d’environ quatre cents hommes. Ensuite il alla au pays de Moab : mais il n’y demeura pas longtemps. Le prophète Gad lui ayant dit de s’en retourner au pays de Juda, il alla dans la forêt de Hareth, où le prêtre Abiathar le vint trouver, portant avec soi les ornements du grand prêtre (1 Samuel 22.20 ; 23.6-7). En ce temps-là, les Philistins ayant fait une irruption dans le pays, et s’étant jetés sur les moissons de Ceïla (h), David accourut à leur secours, et dissipa les Philistins. Saül ayant appris que David était à Ceïla, vint pour l’y assièger et pour le prendre ; mais David se retira dans le désert de Ziph ; et de là il passa au désert de Maon. Saül en fut averti, et y vint avec tous ses gens. David était d’un côté de la montagne, et Saül.de l’autre. Mais en même temps Saül ayant appris que les Philistins étaient entrés dans le pays, quitta la poursuite de David, et accourut pour s’opposer à eux.

David, échappé de ce danger, se retira dans le désert d’Engaddi (1 Samuel 24). Saül y vint avec trois mille hommes pour l’y chercher. Mais étant entré dans une caverne pour quelque nécessité naturelle, David qui y était caché avec ses gens, lui coupa, sans qu’il s’en aperçut, le bord de son manteau, et le laissa sortir sans lui faire aucun mal. Lorsqu’il fut assez loin, David sortit, cria après lui, lui remontra son innocence, et lui dit, qu’il était si éloigné d’en vouloir à sa vie, qu’il l’avait épargné dans une circonstance, où Dieu même semblait l’avoir livré entre ses mains. En même temps il lui montra le bord de son manteau qu’il avait coupé dans la caverne. Saül, touché de ce discours, versa des larmes, et reconnut que David était plus juste que lui. Il le pria de lui promettre avec serment de ne pas exterminer sa race, lorsqu’il serait monté sur le trône d’Israël ; et David le lui ayant juré, il s’en retourna dans sa maison ; et David se retira dans des lieux plus sûrs.

Pendant que David avait été dans le désert de Maon (1 Samuel 25), il avait eu grand soin que ses gens ne fissent aucun tort aux troupeaux de Nabal, qui demeurait près de là, au Carmel, qui est au midi de Juda, fort différent d’un autre Carmel qui est sur la Méditerranée, au midi de Ptolémaïde. Le temps que Nabal tondait ses troupeaux étant venu, David envoya de sès gens pour le prier de lui donner quelque chôse. Nabal reçut mal ses gens, leur parla brutalement, et les renvoya sans leur rien accorder. David, irrité de ce refus, et des insultes de Nabal, suivit le premier feu de son ressentiment, et jura que le même jour il exterminerait toute la maison de Nabal. Il se mit en chemin dans cette résolution. Mais Abigaïl, femme de Nabal, informée de ce qui s’était passé, accourut au-devantde David, lui fitdes présents, et arrêta les effets desa colère. David rendit grâces à Dieu de l’avoir envoyée, et de l’avoir empêché d’exécuter ce qu’on avait juré trop légèrement. Peu de jours après, Nabal mourut, et David épousa Abigaïl. [Voyez Abigail)

Les Ziphéens ayant su que David était caché dans la colline d’Achila (1 Samuel 26), en avertirent Saül, qui y vint avec trois mille hommes pourle prendre. Mais David, étant entré pendant la nuit dans la tente de Saül, prit sa lance et la coupe qui était à son chevet, et s’en alla sans que personne l’aperçût. Lorsqu’il fut de l’autre côté de la colline, il appela Abner à haute voix, et lui dit qu’il était un mauvais gardien ; qu’on était entré dans la tente du roi, et qu’on lui avait pris sa lance et sa coupe ; mais qu’il envoyât quelqu’un, et qu’on les rendrait. Saül reconnut alors le bon cœur de David, et s’en retourna dans sa maison.

Après cela, David, pour ôter à Saül toute envie de le poursuivre davantage, se retira chez les Philistins auprès d’Achis, roi de Geth (1 Samuel 27). Ce prince lui donna la ville de Siceleg pour sa demeure ; et David y étant, faisait des courses, sur les Amalécites, sur ceux de Gessur et de Gersi, et tuait tout ce qu’il y trouvait, hommes et femmes ; afin que l’on ne pût savoir où il avait été. Mais il ramenait à Achis tout le bétail qu’il pouvait prendre, disant à ce prince qu’il les avait pris au midi de Juda, de Jéraméel et de Céni ; usant ainsi d’un déguisement qui n’est nullement imitable. Par cette conduite, David acquit tellement la confiance d’Achis, que ce prince ne feignit point de le mener avec lui à la guerre que les Philistins déclarèrent à Saül (1 Samuel 28), quelque temps après. Mais les autres princes des Philistins l’ayant remarqué, obligèrent Achis de le renvoyer, craignant que dans le combat, il ne se tournât contre eux, pour se remettre bien avec Saül (1 Samuel 29).

On ne peut guère douter que ce renvoi ne fit plaisir à David, qui s’était engagé dans une occasion bien délicate, ou de manquer de parole à /tais, ou de combattre contre son roi et contre sa patrie ; cependant, par politique, il feignit d’en être fâché, et Achis lui en fit des excuses. David s’en retourna donc à Siceleg (1 Samuel 30), et y étant arrivé, après trois jours de marche, il trouva que les Amalécites l’avaient pillée, y avaient mis le feu, et en avaient emmené toutes les personnes qu’ils y avaient trouvées. David et ses gens les poursuivirent, et ayant rencontré un esclave égyptien qu’un amalécite son maître avait été obligé de laisser dans le désert, parce qu’il ne pouvait pas suivre, ils apprirent de lui où étaient ceux qui avaient pillé Siceleg. David tomba sur eux avec ses gens, les tailla en pièces, et recouvra toutes les personnes et le butin qu’ils avaient pris.

Cependant le combat entre les Philistins et les Hébreux s’étant donné sur la montagne de Gelboé, Saül fut vaincu et mourut dans le combat avec Jonathas son fils, et grand nombre d’Israélites (1 Samuel 31). Trois jours après cette action, il vint à Siceleg un amalécite qui en apporta la nouvelle à David, et qui se vanta d’avoir même aidé Saül à se tuer. En même temps il lui présenta le diadême et le brasselet de Saül. David et tous ses gens témoignèrent une très-grande douleur de la mort de Saül, et de la défaite d’Israël ; David composa même un cantique lugubre en l’honneur de Saül et de Jonathas, et fit mourir l’amalécite qui s’était vanté d’avoir porté ses mains sur l’oint du Seigneur.

Alors David, par l’Ordre du Seigneur, se retira à Hébron, et dans les lieux des environs avec tous ses gens (2 Samuel 2) et ceux de la tribu de Juda l’y reconnurent pour roi, et lui donnèrent l’onction royale ; pendant qu’Isboseth, fils de Saül, régnait à Mahanaïm, au delà du Jourdain, sur les autres tribus d’Israël. Il y eut de temps en temps quelques combats entre les gens de David et ceux d’Ishoseth, dans lesquels le parti de David avait toujours l’avantage (2 Samuel 3). Un jour Isboseth ayant fait quelques réprimandes à Abner, général de ses troupes, celui-ci outré de dépit, vint trouver David, et lui promit de le rendre maître de tout Israël. Mais Joab en ayant conçu de la jalousie, et craignant que David ne donnât à Abner le commandement de ses troupes, le tua en trahison à la porte d’Hébron. Cette action déplut extrêmement à David, mais le crédit de Joab était dès lors si grand parmi les troupes, qu’il ne put en tirer la juste vengeance ; il se contenta de la détester publiquement, et de faire de magnifiques funérailles à Abner.

Peu de temps après, Isboseth ayant été assassiné dans son lit (1 Samuel 4 ; 1 Samuel 5), David fit mourir ses assassins, et fut reconnu roi sur tout Israël. Il prit Jérusalem sur les Jébuséens, et y établit sa demeure. Les Philistins, ayant su qu’il était reconnu roi de tout Israël, vinrent jusqu’à deux fois se camper auprès de Jérusalem ; mais il les défit et les mit en fuite. Quelques années après, il transporta l’arche du Seigneur de Cariai-ïarim à Jérusalem, dans un lieu qu’il lui avait préparé dans son palais (2 Samuel 6). Mais la mort d’Oza, qui fut frappé du Seigneur pour avoir porté la main à l’arche, fut cause que David la laissa dans la maison d’Obed-édom, assez près de la ville. Cependant il la fit venir dans son palais peu de temps après ; et ce fut dans cette occasion que Michol l’ayant raillé, comme ayant dansé d’une manière indécente devant l’arche, David lui répondit : Oui, devant le Seigneur, qui m’a préféré à votre père, et qui m’a établi prince de son peuple, je danserai, et je paraîtrai vil encore plus que je n’ai paru ; je serai vil à mes propres yeux, et je n’en serai que plus glorieux devant tout le peuple du Seigneur.

David, se voyant en paix dans son palais (2 Samuel 7), conçut le dessein de bâtir un temple au Seigneur. Il communiqua sa pensée au prophète Nathan, qui y applaudit. Mais, la nuit suivante, Dieu fit connaître à ce prophète que cet honneur était réservé à un fils de David ; et que, pour lui, il avait répandu trop de sang pour travailler à un ouvrage si saint. David se contenta donc de préparer tout ce qui était nécessaire en or, en argent, en cuivre, en fer et en bois pour cet édifice.

Après cela, David fit la guerre aux Philistins (2 Samuel 8), et affranchit entièrement Israël de ces ennemis, qui les avaient molestés si longtemps. Il attaqua aussi les Moabites, et les traita avec une sévérité, que nous n’osons ni condamner, ni approuver, parce que les motifs et les circonstances de ces guerres ne nous sont pas bien connus. L’Écriture dit qu’il en fit deux parts, dont l’une fut écrasée par des chariots armés de fer et de pierres, dont on se servait, en ce temps-là, pour triturer ; et l’autre partie fut conservée et assujettie à payer tribut. Il soumit aussi toute la Syrie, et réduisit Adarézer à lui payer tribut. Au retour d’une expédition qu’il fit sur l’Euphrate, il battit les Iduméens orientaux dans la vallée des Salines, qui est apparemment entre Palmire et l’Idumée, leur tua dix-huit mille hommes, et mit des garnisons dans tout ce pays. Le temps précis de toutes ces guerres n’est pas bien connu.

Naas, roi des Ammonites, étant mort (2 Samuel 10), David envoya faire des compliments de condoléance au fils et au successeur de ce prince. Mais les seigneurs ammonites persuadèrent à leur roi que David ne lui envoyait des ambassadeurs, que pour observer ses forces, et pour lui faire quelque jour la guerre. Les jeune prince, trop crédule, fit prendre les ambassadeurs de David, leur fit raser la moitié de la barbe, et leur fit couper la moitié de leurs habits. Pour venger cet outrage, David envoya contre Naas Joab, général de ses troupes, qui mit en fuite les Ammonites, avec les Syriens qu’ils avaient appelés à leur secours. L’année suivante, David marcha en personne contre les Ammonites, qui avaient appelé à leur secours les Syriens de delà l’Euphrate. Mais, et les Ammonites, et ceux qui étaient venus à leur secours, furent entièrement dissipés. La guerre ne fut pas toutefois encore finie. David résolut, l’année suivante, de se rendre maître de la capitale des Ammonites, et de les assujettir à sa domination. Il envoya Joab avec son armée, pour faire le siège de Rabbath (2 Samuel 11) et, pour lui, il demeura à Jérusalem.

Un jour, s’étant levé de dessus son lit, après-midi, et se promenant sur la terrasse de sa maison, il vit une femme qui se baignait dans un bain domestique. C’était Bethsabée, femme d’Urie le Héthéen, qui était pour lors à l’armée de Joab, au delà du Jourdain. David fit venir cette femme, dormit avec elle, et la renvoya. Peu de jours après, elle fit dire à David qu’elle avait conçu. Aussitôt, David, pour cacher son crime, et pour mettre à couvert l’honneur de Bethsabée, fit venir du camp à Jérusalem, Urie le Héthéen, et voulut l’engager à aller passer la nuit dans sa maison avec sa femme ; mais Urie ne l’ayant pas fait, David le renvoya au camp avec des lettres écrites à Joab, par lesquelles il lui mandait de faire en sorte qu’Urie fût mis à mort par les Ammonites Joab exécuta ces ordres ; et, dans un assaut contre la ville, Urie ayant été abandonné des autres soldats, périt par l’épée des Ammonites. Aussitôt que David en fut informé, il épousa Bethsabée, et la fit venir dans sa maison. Cette action déplut extrêmement à Dieu. Tout Israël en fut scandalisé ; et les étrangers mêmes en prirent occasion de blasphémer le nom du Seigneur (2 Samuel 12.4).

Nathan vint donc trouver David, de la part de Dieu, et, sous une parabole étudiée d’un riche, qui avait pris à un pauvre une seule brebis qu’il avait (2 Samuel 12), il engagea David à se condamner lui-même, et à reconnaître son péché. Nathan le menaça de remplir de sang sa maison, et de livrer ses femmes à un étranger, qui en abuserait à la vue de tout le monde, pour le punir du crime qu’il avait commis en secret. Il ajouta : Pour vous, le Seigneur a transféré votre péché, et vous ne mourrez point : mais le fils qui vous est né, perdra la vie. En effet l’enfant de Bethsabée mourut peu de jours après. Mais, l’année suivante, Bethsabée eut un autre fils, qui fut nommé Salomon, et à qui Nathan donna le nom d’Aimé du Seigneur.

Joab, ayant réduit la ville de Rabbath à l’extrémité, invita David à la venir prendre. David y alla, la prit, la pilla, en fit scier par le milieu du corps les habitants, les fit écraser sous des trainoirs et des chariots propres à triturer, les fit mettre en pièces avec des couteaux, et les fit jeter dans des fours à cuire des briques. Nous ne prétendons pas approuver cette conduite de David. Il est très-croyable qu’il tomba dans cet excès de cruauté, avant eût reconnu le crime qu’il avait commis avec Bethsabée, et pendant qu’il était encore dans toute la souillure de son iniquité, et abandonné de l’esprit de la grâce.

Après cela, Amnon, fils de David, ayant conçu une passion violente pour Thamar, sa sœur (2 Samuel 13), et l’ayant violée de la manière que nous avons dite sous l’article d’Amnon, Absalom, frère de Thamar, résolut de s’en venger, et s’en vengea en effet deux ans après, en faisant tuer Amnon dans un festin-où il l’avait invité. Après quoi, il se retira chez son beau-père, le roi de Gessur, où il demeura trois ans.

Joab le réconcilia à David (2 Samuel 14). le fit revenir à Jérusalem ; et enfin il obtint qu’il paraîtrait devant le roi comme auparavant ; mais il abusa bientôt de l’indulgence de son père (2 Samuel 15), et aspira à la royauté. Il alla à Hébron avec une troupe de gens affidés, et s’y fit reconnaître pour roi d’Israël. Aussitôt que David en fut informé, il prit la fuite, et sortit de Jérusalem, pour se rendre au delà du Jourdain, Il fut suivi par ses gardes, par ses meilleures troupes et par ses principaux amis. Chusaï d’Arach voulut aussi l’accompagner ; mais David lui dit de s’en retourner, et qu’il lui serait plus utile dans la ville, en feignant de s’attacher à Absalom, et en ruinant les conseils d’Achitophel, qui était entré dans le parti de son fils, et qui donnait d’étranges inquiétudes à David, qui savait l’habileté de cet homme.

À peine David eut-il passé la montagne des Oliviers, qui est à l’orient de Jérusalem, que Siba, serviteur de Miphiboseth, vint au-devant de lui avec deux ânes chargés de provisions (2 Samuel 16), qu’il présenta au roi. David lui demanda pourquoi Miphiboseth n’était pas venu. Siba répondit : Il est demeuré à Jérusalem, en disant : La maison d’Israël me rendra aujourd’hui le royaume de mon père. David, sans examiner la chose plus à fond, donna à Siba tous les biens de Miphiboseth ; et la suite fit voie qu’il avait cru Siba trop légèrement, et que ce serviteur n’avait pas voulu donner une monture à Miphiboseth, pour suivre le roi.

David étant arrivé près de Bahurim, Séméï, fils de Géra, s’avança pour le charger d’outrages et de malédictions : mais David les supporta avec une patience vraiment héroïque, et qui faisait bien voir combien il était pénétré de repentir de ses fautes passées. Cependant Absalom étant arrivé à Jérusalem, fut reçu de tout le peuple ; Chusaï même, ami de David, fut lui offrir ses services, et lui protesta qu’il serait à lui comme il avait été à David. Tout cela n’était qu’une feinte. Chusaï ayant été appelé au conseil d’Absalom, renversa le conseil qu’avait donné Achitopel, qui était de poursuivre le roi, sans lui laisser le temps de se reconnaître. Chusaï donna avis de tout à David, qui en sut profiter, passa promptement le Jourdain, et arriva à Mahanaïm (2 Samuel 17). Absalom l’y suivit dès le lendemain, et on ne différa pas de livrer la bataille (2 Samuel 18), où l’armée d’Absaloin fut défaite et mise en fuite ; et lui, étant demeuré attaché à un arbre par les cheveux, fut percé et mis à mort par Joab.

La nouvelle en ayant été portée au roi (2 Samuel 19), l’accabla de douleur, et lui fit jeter des cris perçants. Joab lui fit connaltre le tort que cette conduite faisait à ses intérêts. Le roi se montra donc au peuple, et reprit le chemin de Jérusalem. La tribu de Juda vint au-devant de lui ; mais les autres tribus furent piquées de jalousie de ce que cette tribu semblait seule s’attribuer le roi ; et il y eut quelques paroles un peu dures de part et d’autre. Enfin un nommé Séba, fils de Bochri, commença à sonner de la trompette, en disant (2 Samuel 20): Nous n’avons que faire de David, et nous n’avons rien de commun avec le fils d’Isai : Israël, retournez chacun dans vos maisons. Ainsi tout Israël suivit Séba. Mais la tribu de Juda demeura attachée à David. Ce prince, étant arrivé à Jérusalem, envoya aussitôt Joab après Séba. Il s’était retiré à Abéla, ville du pays de Macha, et Joab l’y assiègea. Mais une femme sage de la ville persuada aux habitants de livrer Séba ; et sa tête ayant été jetée à Joab par-dessus la muraille, il leva le siège, et la révolte fut dissipée. [Voyez Abel, ville].

Dieu ayant frappé tout le pays d’une grande famille, qui dura trois ans, l’oracle du Seigneur déclara que c’était à cause du sang des Gabaonites que Saül avait injustement répandu (2 Samuel 21). David fit venir les Gabaonites, et leur demanda ce qu’ils voulaient qu’on leur fit, pour réparer l’injure qui leur avait été faite. Ils dirent : Qu’on nous donne sept des enfants de Saül, afin que nous les mettions en croix à Gabaa. David les leur accorda ; et ils les crucifièrent dans Gabaa, patrie de Saül.

Quelques années après, David ayant ordonné qu’on fit le dénombrement de tout son peuple, le Seigneur en fut irrité, et le prophète Gad, venant trouver David, lui dit : Voici ce que dit le Seigneur : Je vous donne le choix de trois fléaux que je vous prépare ; ou votre pays sera affligé de la famine pendant sept ans, ou vous fuirez durant trois mois devant vos ennemis, ou la peste désolera vos états pendant trois jours [C’était le punir par où il avait péché. Le prophète aurait pu lui dire : Vous avez voutu dénombrer le peuple dans des vues d’orgueil et d’agrandissement ; mais voici, pour vous confondre, Dieu va le décimer ! Plein de repentir et de douleur, David répondit à Gad : Je suis dans une très-grande anxiété ; mais il vaut mieux que nous tombions dans la main du Seigneur, car ses miséricordes sont grandes, et que je ne tombe point dans les mains des hommes. Ainsi] David choisit la peste ; et dès le lendemain ce fléau commença, et il mourut pendant les trois jours soixante et dix mille personnes. Encore la sentence ne fut point exécutée dans toute sa rigueur ; car le Seigneur, touché par les prières de David, dit à l’ange exterminateur : C’est assez. Et David en actions de grâces, dressa un autel dans l’aire d’Ornan, où l’ange lui avait apparu. On croit que c’est en cet endroit que dans la suite on bâtit un temple au Seigneur.

Le roi, étant devenu fort vieux, ne pouvait plus s’échauffer (1 Rois 1). On lui donna donc une jeune fille, nommée Abisag, de Sunam, qui couchait auprès de lui, et qui le servait dans sa vieillesse. Nous croyons qu’elle fut vraiment épouse de David, quoiqu’elle soit toujours demeurée vierge. Cependant Adonias, fils ainé de David, commença à se donner un équipage de roi, et se forma un parti des principaux de l’état, qui pussent l’appuyer dans l’occasion. Nathan, qui savait les promesses que Dieu avait faites eu faveur de Salomon, en avertit Bethsabée et lui conseilla d’aller trouver le roi. Elle y alla ; et comme elle parlait encore, Nathan y vint lui-même, et remontra au roi qu’Adonias, à son insu et contre ce que le Seigneur avait promis à Salomon, voulait se faire reconnaître pour roi. Aussitôt David ordonna qu’on fît monter Salomon sur sa mule, qu’on le menât à Gihon, et qu’il y fût satré roi. Ce qui fut exécuté sur-le-champ.

David, se sentant près de sa fin, fit venir Salomon (1 Rois 2), lui remit les plans et les modèles du temple, l’or et l’argent qu’il avait préparé pour cet effet, lui recommanda d’être toujours fidèle à Dieu, et lui dit de ne pas laisser impuni Joab, que son trop grand crédit avait rendu insolent, et qui avait commis plusieurs actions qui le rendaient digne de mort. Ce pieux prince crut devoir cela à la justice et à la postérité. Il lui enjoignit aussi de punir Séméi, pour les outrages qu’il avait prononcés contre lui, lors de sa fuite, sous la révolte d’Absalom. Après cela, il s’endormit avec ses pères, et fut enseveli dans la cité de David, l’an du monde 2990, avant la naissance de Jésus-Christ 1010, avant l’ère vulgaire 1014. Il avait régné sept ans et demi à Hébron, et trente-sept à Jérusalem ; en tout quarante ans. Il mourut dans la soixante et onzième année de son âge.

Josèphe raconte que Salomon mit dans le tombeau de David de grandes richesses, et que treize cents ans après, le grand-prêtre Hircan étant assiégé dans Jérusalem où le roi Antiochus le Pieux, et ne sachant ou prendre de l’argent, dont il avait besoin pour donner à ce prince, afin qu’il levât le siège de la ville, Hircan ouvrit le tombeau de David, en tira trois mille talents, et lui en donna une partie. Il ajoute que plusieurs années après, Hérode le Grand ayant encore fait fouiller dans ce tombeau, en tira de très-grandes sommes.

Il y a assez d’apparence que Josèphe avait lu quelque chose de pareil dans d’autres mémoires de son pays, et qu’il y ajouta ce que la tradition des peuples y avait mis du sien. Nous lisons dans des mémoires que a donnés en arabe dans les Polyglottes de M. le Jay, qu’on dit qu’Hircan étant assiégé par le roi Antiochus Sidétès, ouvrit un trésor, qui avait appartenu à quelques-uns des descendants de David, et qu’après en avoir tiré beaucoup d’argent, il y en laissa encore beaucoup, et recacha le trésor. Ce qui est bien différent de ce que dit Josèphe.

Benjamin de Tudèle, qui écrivait vers l’an 1173, raconte qu’environ quinze ans auparavant, un mur du mont de Sion étant tombé, les prêtres y firent travailler une vingtaine d’ouvriers. Un jour deux de ces ouvriers étant demeurés seuls après les autres levèrent une pierre, qui leur donna entrée dans un lieu souterrain ; où ils entrèrent. Ils y trouvèrent un palais soutenu de colonnes de marbre, et incrusté d’or et d’argent. À l’entrée il y avait une table, et sur cette table une couronne et un sceptre d’or. C’était, dit ce Juif, le tombeau de David ; et vis-à-vis était celui de Salomon orné de même. Ils y virent aussi des urnes ; mais ils ne purent voir ce qu’elles contenaient. Ayant voulu pénétrer plus avant, ils furent renversés par un tourbillon, et demeurèrent là sans sentiment jusqu’au soir. Alors ils ouïrent une voix, qui leur dit de se lever et de s’en aller. Benjamin assure qu’il a appris cette histoire de la bouche d’un pharisien nommé Abraham, qui avait, disait-il, été consulté sur cet événement par le patriarche de Jérusalem, et qui avait déclaré que c’était le tombeau de David. Tout cela sent si fort la fable, qu’il est inutile de le réfuter.

Il est indubitable que le tombeau de David fut toujours fort respecté parmi les Juifs. Saint Pierre, parlant aux Juifs (Actes 2.29), leur dit que le tombeau de ce prince était encore parmi eux.

Les païens mêmes le connaissaient ; et Dion nous apprend qu’une partie de ce mausolée était tombée du temps de l’empereur Adrien. Saint Jérôme raconte qu’il allait souvent prier au tombeau de ce saint prophète. Le cardinal Grimani nous a donné la représentation du tombeau que l’on tient être celui de David. Les nouveaux voyageurs nous décrivent des tombeaux très-magnifiques, creusés dans le roc, que l’on tient être ceux des rois de Juda. Ils sont certainement très-anciens ; mais il serait malaisé de dis-tinguer celui de David de tant d’autres. [V. Rois (sépulcres des), et Sépulcre de David].

On attribue communément à David le livre des Psaumes, et on cite ces saints cantiques sous son nom. Il est certain qu’il en a composé un bon nombre ; mais il serait difficile de prouver dans le particulier qu’il les a composés tous. [Voyez Asaph]. Amos (Amos 6.5) reproche aux voluptueux d’Israël de dormir dans des lits d’ivoire ; de se divertir à chanter au son des instruments, et de se flatter d’avoir comme David le don de composer des cantiques : Sicut David putaverunt se habere vasa cantici. On peut voir l’article des Psaumes [L’article qu’on vient de lire n’est pas digne de David. Il faudrait le refaire tout entier, ainsi que beaucoup d’autres ; mais je suis obligé de le laisser ici tel qu’il est, et ne puis que renvoyer à mon Histoire de l’Ancien Testament, livre 4. J’ajouterai quelques appréciations justes et utiles touchant David considéré principalement comme guerrier et comme poêle et prophète].

La peinture du caractère de David est ce qui donne aux deux premiers livres des Rois, dit M. de Cazalès, un peu de l’unité d’un poëme héroïque. Quel intérêt dans l’histoire de cet homme, tour à tour humble berger gardant les troupeaux de son père, guerrier sauveur d’Israël, chef de proscrits, roi puissant et glorieux, auquel n’a manqué aucune des grandeurs ni aucune des misères de l’humanité, pas même le crime ; et pour achever son portrait, le plus grand des poêtes lyriques et le plus clairvoyant des prophètes. Si on le compare à tous les héros réels ou imaginaires de l’antiquité profane, on verra qu’il s’en sépare par un cachet de douceur, de tendresse, de générosité qu’on chercherait vainement dans les hommes chantés par Homère ou célébrés par les historiens grecs ou latins, et qui est déjà un pressentiment du Christianisme. David ressemble par beaucoup d’endroits aux guerriers chrétiens du moyen âge : et s’il est vrai qu’on trouve chez presque tous les peuples le germe de la belle institution de la chevalerie, nulle part cependant on ne rencontre rien qui se rapproche autant du type idéal du chevalier. Il manque, il est vrai, à David la galanterie et le culte des dames, choses qui ne pouvaient être même rêvées avant la réhabilitation de la femme par le Christianisme. Les femmes jouent un assez grand rôle dans son histoire, témoin Michol, Abigaïl et Bethsabée ; mais, s’il les aime, c’est en maître, et un peu à la façon des sultans de l’Orient.

À cela près, que de côtés chevaleresques en lui ! Sa fraternité d’armes avec Jonathas, son respect pour Saül son persécuteur, et la générosité avec laquelle il épargne sa vie ; la douleur qu’il fait éclater à la mort de cet implacable ennemi ; son amour pour ses soldats ; son dévouement pour son peuple, lorsqu’il choisit parmi les fléaux dont Dieu_ veut frapper Israël, le seul qui puisse l’atteindre comme le dernier de ses sujets ; tous ces traits et bien d’autres qu’on pourrait citer composent un des caractères les plus grands et les plus aimables que présentent les annales du monde…

David chante les choses du ciel et de la terre sur un mode infini qui varie sans cesse, dit M. Ponjoulat, et toujours avec de nouveaux trésors d’harmonie ; il est surtout sublime quand il parle du Seigneur ; combien il s’élève au-dessus d’Homère et de son Jupiter ! Ici la lyre d’Homère est à la lyre du roi-prophète, ce qu’est un faible écho à une grande voix qui résonne ; ce sera, si vous voulez, le pont d’airain de Salmonée, qui veut imiter le tonnerre du Tout Paissant ; entre la muse de l’antique Olympe et la muse de Sion, je trouve les distances qui séparent l’homme de Dieu, la terre du ciel.

Sion ! s’écrie M. de Lamartine, Sion ! c’est le palais ! c’est le tombeau de David ! c’est le lieu de ses inspirations et de ses délices, de sa vie et de son repos ! Lieu doublement sacré pour moi, dont ce chantre divin a si souvent touché le cœur et ravi la pensée. C’est le premier poëte du sentiment ! c’est le roi des lyriques ! Jamais la fibre humaine n’a résonné d’accords si intimes, si pénétrants et si graves ! jamais la pensée du poêle no s’est adressée si haut et n’a crié si juste ! jamais l’âme de l’homme ne s’est répandue devant l’homme et devant Dieu en expressions si tendres, si sympathiques et si déchirantes ! Tous les gémissements les plus secrets du cœur humain ont trouvé leurs voix et leurs notes sur les lèvres et sur la harpe de cet homme ! et si l’on remonte à l’époque reculée où de tels chants retentissaient sur la terre ; si l’on pense qu’alors la poésie lyrique des nations les plus cultivées ne chantait que le vin, l’amour, le sang, et les victoires des muses et des coursiers dans les jeux de l’Elide, on est saisi d’un profond étonnement aux accents mystiques du roi prophète qui parle au Dieu créateur comme un ami avec son ami, qui comprend et loue ses merveilles, qui admire ses justices, qui implère ses miséricordes, et semble un écho anticipé de la poésie évangélique, répétant les douces paroles du Christ avant de les avoir entedues. Prophète ou non, selon qu’il sera considéré par le philosophe ou le chrétien, aucun d’eux ne pourra refuser au poêle-roi une inspiration qui ne fut donnée à aucun antre homme ! Lisez de l’Horace ou du Pindare après un psaume ! Pour moi, je ne le peux plus ! Dom Calmet ajoute ce qui suit.

Les docteurs juifs ont ajouté plusieurs particularités à l’histoire de David. Ils disent qu’Isaï, père de David, ayant sollicité sa servante, cette servante en avertit sa maîtresse, laquelle prit la place de la servante, et conçut David. Isaï, le croyant né d’une esclave, l’envoya garder ses troupeaux, et ne le crut pas digne de paraître devant Samuel. Mais Samuel déclara à Isaï que cette pierre rebutée par l’architecte, allait devenir la pierre de l’angle. On ajoute que David vint au monde circoncis. Ils fondent ce sentiment sur le titre de quelque psaumes qui portent Michtain, c’est-à-dire, frappé parfaitement, comme ayant été circoncis de la main de Dieu. D’autres disent qu’il ne fut circoncis qu’à quatorze ans, et que ce ne fut qu’à ce moment que Dieu lui dit : Vous êtes mon fils, je vous ai engendré aujourd’hui ; il serait même mort dès le moment de sa naissance, si Adam, à qui Dieu l’avait prédit, ne lui avait prêté soixante-dix ans de sa vie.

Ils disent que David était roux comme, Ésaü, etd’une physionomie peu avantageuse ; que Samuel l’ayant remarqué, et voulant le rejeter à cause de son air farouche, Dieu lui dit qu’Ésaü tuait les hommes sans forme de justice, et de son autorité ; mais que David ne ferait mourir personne sans consulter le sanhédrin. Quand David regardait quelqu’un, de travers, il le rendait lépreux : c’est ainsi que Goliath et le front de ce géant fut aussitôt couvert de lèpre. Joab essuya le même sort, et quelque chose de pis. David lui-même devint lépreux, Dieu se retira de lui, et tout le sanhédrin l’abandonna pendant six mois que dura sa maladie.

Lorsqu’il parut devant Saül pour aller combattre Goliath, Saül fut étonné de voir que son armure lui devenait propre, quoiqu’ils fussent d’une taille très-différente. Il conclut de là que David serait roi ; mais David, pénétrant la pensée de Saül, s’excusa de prendre ses armes.

Absalom son fils était damné : de sept portés qu’il y a pour entrer en enfer, il en avait déjà passé cinq,; mais David ayant crié cinq fois : Absalom mon fils, à chaque fois il repassait une porte, et alors David entonna ce verset du psaume (Psaumes 85.17) : Seigneur, donnez-moi quelques marques de votre faveur, afin que ceux qui me haïssent la voient et soient confondus.

Ils disent que David avait une harpe qui Jouait toute seule pendant là nuit, lorsqu’un certain vent soufflait ; ce son éveillait quelquefois David, et il s’en glorifiait, disant qu’il éveillait l’aurore, au lieu que l’aurore, veille les autres rois. On dit de plus qu’il épousa les deux sœurs vivantes, filles de Saül, savoir Mérob et Michol ; mais on sait n’épousa jamais Mérob, quoiqu’elle lui eût été promise en mariage. Ils accusent ce prince d’avoir donné dans les folies de l’astrologie et dans la magie, et même dans l’idolâtrie, et d’avoir désespéré de son propre salut.

Mais ce qui met le comble à leur extravagance, c’est ce qu’ils racontent de la mort de ce patriarche. Il avait connu par révélation, qu’il mourrait un jour de sabbat : ce jour n’était pas de son goût, parce qu’on n’y pouvait ni pleurer, ni pourvoir à ses funérailles. Il demanda délai jusqu’au lendemain, mais il ne put l’obtenir ; Dieu lui accorda seulement de ne mourir que le samedi au soir. Le diable attendait le moment qu’il cessât de lire la Loi pour le frapper de mort ; mais comme il n’en discontinuait pas la lecture, Satan s’avisa, pour le distraire, d’aller abattre des pommes dans le jardin du roi : David accourut au bruit ; et comme il descendait précipitamment par une échelle de bois pour découvrir le voleur, le diable tira l’échelle, le roi tomba et se tua.

Son cadavre demeura exposé aux chiens, parce qu’on n’osait le remuer le jour du sabbat. On consulta l’académie pour savoir ce qu’il y avait à faire dans une si triste conjoncture ; les docteurs ordonnent qu’on jetât des morceaux de pain autour du cadavre pour les chiens, jusqu’à ce que le sabbat fût passé. Les chiens préférèrent le pain au corps du roi, et David fut enterré. C’est ainsi que les docteurs hébreux défigurent les histoires les plus sérieuses par leurs badineries : on ne s’amuserait pas à les rapporter si on ne consultait que son inclination et le mépris qu’on en fait ; mais c’est une partie de la sagesse de connaître les erreurs et les folies des hommes (Ecclésiaste 2.12) : Transivi ad contemplandam sapientiam, erroresque et stultitiam, dit Salomon.

Les musulmans ne sont pas moins fabuleux que les Juifs, quand ils parlent de David. Mahomet dit que ce prince tua Goliath, que Dieu lui donna le royaume et la sagesse, et lui enseigna tout ce qu’il voulut savoir. Sur quoi un commentateur de l’Alcoran dit que l’armée de Saül n’était que de trois cent treize hommes que Dieu avait choisis, parce qu’ils n’avaient bu dans le ruisseau qu’avec la main. Il confond l’histoire de Gédéon avec celle de Saül. Après que David eut tué Goliath, Dieu lui donna le royaume ; farce que Saül avait promis sa fille en mariage, et la moitié de son royaume à celui qui tuerait le géant ; et Saül étant mort peu de temps après, David entra en possession de ses états. Dieu lui donna aussi la sagesse ; c’est-à-dire le don de prophétie, et son esprit pour composer le livre des Psaumes. Enfin Dieu lui enseigna tout ce qu’il voulut savoir, c’est-à-dire, le don de faire des cottes de maille, ou des haires et des cilices, qui était le métier ordinaire des prophètes ; ou même le don d’entendre le langage nes oiseaux. Quelques-uns ajoutent que les oiseaux et les pierres lui obéissaient ; que le fer s’amollissait entre ses mains, et que pendant les quarante jours qu’il pleura son péché, ses larmes étaient si abondantes et si fécondes, qu’elles faisaient croître les plantes.

Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com

L’article dans Calmet

Dictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)

(signifiant : bien-aimé). Second roi d’Israël, le plus grand de tous ; fondateur de la dynastie, qui prend de lui son nom. Il était fils d’Isaï, Bethléhémite ; d’après 1 Samuel 16.10 le cadet de huit frères. Sa biographie s’étend depuis 1 Samuel 16 jusqu’à 1 Rois 2. Une narration postérieure, de valeur historique très inférieure, se trouve dans 1 Chroniques 11-29. Particulièrement dans 1 Samuel la narration est puisée à différentes sources, qu’il n’est pas toujours facile de concilier. Ainsi, pour les débuts de David, avons-nous trois récits indépendants, que nous allons brièvement esquisser.

  1. Dans le premier récit (1 Samuel 16.1-13), Samuel vient à Bethléhem, sur l’ordre de l’Éternel, pour choisir un successeur à Saül. Les sept fils d’Isaï passent devant lui, mais aucun d’eux n’est l’élu de JHVH. À la fin, sur l’insistance de Samuel, on envoie chercher le cadet qui faisait paître les brebis. David arrive : « il était blond, avec de beaux yeux et un aspect agréable » (1 Samuel 16.12). Et c’est sur sa tête que le prophète verse l’huile sacrée.
  2. Dans le deuxième récit (1 Samuel 16.14-23), David est décrit comme « musicien habile, guerrier vaillant, parlant bien et beau de visage » (1 Samuel 16.18). Il vient à la cour de Saül pour jouer de la harpe et calmer ainsi l’humeur farouche du roi, tourmenté par un esprit mauvais. Le roi le prend en vive affection et en fait son écuyer.
  3. Le troisième récit (le plus célèbre des trois) décrit le combat du jeune David avec le géant Goliath (1 Samuel 17). Ici David est de nouveau le jeune pâtre que son père envoie au camp d’Israël s’informer de la santé de ses frères. Il y arrive et entend l’orgueilleux défi du Philistin. Enflammé d’une ardeur généreuse, il se déclare prêt à marcher contre cet impie, « qui ose insulter les armées du Dieu vivant ». Saül lui déconseille d’exposer ainsi sa vie, puis lui offre ses propres armes, mais elles sont trop lourdes pour le jeune garçon. Dans le simple attirail du berger, sa fronde a la main, il s’avance vers Goliath « au nom de l’Éternel des armées ». Une pierre adroitement lancée frappe le géant au front et l’abat ; puis David lui coupe la tête de sa propre épée. À remarquer qu’après la victoire Saül s’enquiert de la famille du jeune homme, qu’il ne paraît pas connaître (verset 66-68).

De ces trois récits, le premier rattache la future royauté de David à l’intervention du prophète Samuel, qui, sur l’ordre de l’Éternel, l’aurait, dès son adolescence, substitué à Saül, le roi infidèle. Dans le deuxième, David vient à la cour comme un guerrier (cf. 1 Samuel 14.52) et un habile musicien. C’est le récit que la critique actuelle considère comme le plus historique. Le troisième récit met en lumière le courage du jeune berger et sa foi inébranlable en l’Éternel, qui lui assure la victoire. On entrevoit dans cet exploit prodigieux le héros d’Israël qui délivrera son peuple du joug des Philistins. La beauté littéraire et la valeur religieuse de cet épisode sont hors de contestation. Mais qu’en est-il de son historicité ? À ce propos l’on remarque qu’il se concilie difficilement avec le récit précédent, dans lequel David est déjà à la cour du roi comme son écuyer. Bien plus, le même exploit est attribué dans 2 Samuel 21.19 à un certain Elchanan de Bethléhem. L’admiration populaire aurait-elle transféré au roi illustre la prouesse d’un de ses guerriers ? Beaucoup de critiques le pensent. D’autre part, il est permis d’admettre quelque confusion de noms (cf. la variante de 1 Chroniques 20.5) ; et le récit de 1 Samuel 16.14-23 pourrait être hors de place et devoir être transféré après le chapitre 17.

De toute façon, ce sont ses victoires contre les Philistins qui placent David au premier rang des guerriers d’Israël. Les femmes chantent de lui : « Saül a frappé ses mille et David ses dix mille » (1 Samuel 18.7). Le fils du roi, le généreux Jonathan, se prend d’une amitié passionnée pour le jeune héros. Celui-ci gagne aussi le cœur de Mical, la fille de Saül, et il obtient sa main comme prix de sa vaillance. Mais tant de succès excite l’humeur soupçonneuse de Saül, qui voit dans l’astre naissant une menace pour sa sûreté et pour son trône. Dès ce moment la narration se déroule comme une longue série d’embûches et de poursuites de Saül contre son rival trop heureux. Pendant que David joue de la harpe devant le roi, celui-ci cherche à le clouer au mur d’un coup de lance (1 Samuel 18.10 et suivant 1 Samuel 19.9 s, doublet). Saül envoie ses gens pour saisir David dans sa maison, mais la ruse de sa femme fidèle lui permet de s’échapper et de se rendre auprès de Samuel à Rama (chapitre 19). L’intervention de Jonathan en faveur de son ami ne fait qu’empirer la situation (chapitre 20). Maintenant la rupture entre Saül et David est consommée : David est un fuyard et devient le chef d’une bande de gens hors la loi (400 hommes d’après 1 Samuel 22.2, 600 d’après 1 Samuel 27.2). La protection que les sacrificateurs de Nob accordent au héros fugitif attire sur eux la terrible vengeance du roi (chapitres 21 et 22). La narration insiste sur la parfaite innocence de David, qui, malgré le traitement indigne et outrageant dont il est l’objet, épargne par deux fois la vie de « l’Oint de l’Éternel » : dans la caverne d’En-Guédi, puis dans le campement nocturne au désert de Ziph (chapitres 24 et 26, sans doute un doublet). L’épisode de la rencontre de David et d’Abigaïl nous dépeint au vif le héros prompt à venger dans le sang une insulte imméritée, puis se laissant fléchir par l’intervention habile d’une femme généreuse (chapitre 25).

La fin de cette triste odyssée fut la grave résolution prise par David de chercher un asile chez les Philistins. Avec sa troupe de 600 hommes il se mit au service d’Akis, roi de Gath, qui lui assigna comme résidence la ville de Tsiklag. De cette ville David faisait de fréquentes razzias contre les Amalécites et d’autres tribus du désert, tout en laissant croire à Akis qu’il pillait le pays de Juda (chapitre 27). Mais lorsque, peu après, les Philistins reprirent la lutte contre Israël, David se trouva devant l’angoissante perspective de devoir marcher contre son propre peuple. La défiance bien naturelle des princes des Philistins délivra David de la terrible impasse où il s’était mis. Pendant que les Philistins s’avancent vers le pays d’Israël, David remporte une éclatante victoire sur les Amalécites, qui venaient de brûler Tsiklag pendant son absence ; et il envoie aux anciens de Juda une part du riche butin (chapitres 29 et 30). À l’annonce de la catastrophe de Guilboa, où périrent au champ d’honneur Saül et ses fils, David composa cette émouvante élégie, qui réunit dans la même complainte l’ami incomparable et le roi qui l’avait injustement poursuivi (2 Samuel 1.17-27).

Maintenant la route est enfin libre pour David. Il se rend à Hébron, l’ancienne ville de Juda, riche en souvenirs des patriarches, et y est proclamé roi sur cette tribu (2 Samuel 2). Il s’ensuit une guerre civile entre David et Isboseth (ou Esbaal, 1 Chroniques 8.33 ; 1 Chroniques 9.39) fils de Saül, que son oncle Abner établit roi sur le reste d’Israël. Mais l’un et l’autre périssent bientôt d’une mort violente, et les représentants de tout Israël, rassemblés à Hébron, acclament David roi sur toute la nation. C’était aux environs de l’an 1000 (2 Samuel 5).

Les débuts du nouveau règne furent marqués par deux actes décisifs dans l’histoire du peuple d’Israël : la victoire sur les Philistins et le choix de Jérusalem comme capitale. Les Philistins, qui s’étaient tenus à l’écart pendant la guerre civile, interviennent, mais trop tard, pour maintenir leur suprématie sur Israël. Ils sont battus à plusieurs reprises, et le peuple hébreu est enfin délivré du joug étranger (2 Samuel 5.17-25 ; 2 Samuel 21.15-22). Avec la clairvoyance d’un grand monarque, David comprit la nécessité d’avoir une capitale plus centrale qu’Hébron. Il jeta son dévolu sur la vieille cité jébusite, située sur les limites de Juda et de Benjamin. La ville était tenue pour imprenable (cf. le dicton : 2 Samuel 5.6 ; 2 Samuel 5.8) ; mais par un heureux coup de main, sans doute en pénétrant dans la forteresse par un canal souterrain, Joab, le vaillant capitaine de David, parvint à s’en emparer (2 Samuel 5.6 ; 2 Samuel 5.9). David fit de Jérusalem la capitale politique et religieuse d’Israël. Il y transporta en grande pompe, au milieu des acclamations du peuple, l’Arche, le vénérable objet sacré mosaïque, laissé à l’abandon depuis les temps de Silo (chapitre 6).

Après avoir ainsi affermi son pouvoir, David entreprit les grandes guerres contre les peuples environnants : Moabites, Édomites, Syriens, Ammonites furent tour à tour battus et subjugués par David et ses vaillants généraux, Joab et Abisaï (chapitres 8, 10, 12). Aux yeux de la postérité, le fils d’Isaï apparut de plus en plus comme le héros par excellence, et son règne comme l’âge d’or de la théocratie jéhoviste,

À l’intérieur, David s’organisa fortement. L’illustre monarque était entouré d’une pléiade de vaillants paladins, les gibborim (2 Samuel 23.8-39).  Pour sa sûreté personnelle, il avait une garde du corps, composée surtout d’éléments étrangers : les Kéréthiens et les Péléthiens (2 Samuel 8.18 ; 2 Samuel 15.18). Nous connaissons la liste de ses principaux fonctionnaires (2 Samuel 8.15-18 ; 2 Samuel 20.23-26). Sous ce rapport aussi son règne marque un progrès décisif sur celui de Saül. David est vraiment le fondateur de la monarchie israélite.

En regard des côtés lumineux, les ombres ne manquent pas dans ce règne. La triste aventure de David avec Bath-Séba (adultère aggravé de meurtre) est trop connue pour qu’il soit nécessaire de la rappeler en détail. Relevons plutôt avec quelle sévérité ce crime, assez commun chez un despote oriental, est jugé par l’histoire sainte. Le prophète Nathan se rend chez le roi coupable et lui dénonce son crime ; et le roi, repris dans sa conscience, s’écrie : « J’ai péché » (chapitres 11 et 12). Le mauvais exemple du roi agit comme une Némésis vengeresse sur sa famille. L’aîné, Ammon, fait violence à sa demi-sœur Tamar ; il est tué par son frère Absalom (chapitre 13). Puis, c’est la révolte d’Absalom, proclamé roi à Hébron. Le vieux roi abandonne sa capitale et se réfugie, avec ses fidèles, au delà du Jourdain, tandis que le fils usurpateur entre à Jérusalem. Les vicissitudes de cette révolte sont retracées dans un récit riche en détails, qui fait revivre devant nous les principaux personnages de ce drame : David et Absalom, Ahitophel et Husaï, Joab, Siméi, Bar-zillaï, etc. Le dénouement eut lieu, comme on sait, par la mort d’Absalom, à la bataille dans la forêt d’Éphraïm (chapitres 15-19). Moins dangereuse fut la révolte de Séba, promptement domptée : indice de la rivalité toujours latente, entre Israël et Juda (chapitre 20). Les derniers jours du roi furent encore troublés par la tentative de son fils Adonija, maintenant l’aîné, pour s’assurer le trône. L’habile intervention de Bath-Séba, secondée par Nathan, déjoua le complot et aboutit au sacre de Salomon, du vivant de son père (1 Rois 1). Bientôt après se terminait la vie orageuse de David (1 Rois 2.1-11), qui, par ses exploits militaires et son talent d’organisation, avait fait de son peuple une nation puissante et respectée.

En retraçant à grands traits la vie de David, nous nous en sommes tenus à la narration des livres de Samuel, dont plusieurs pages sont très rapprochées des événements (2 Samuel 9-20 ; 1 Rois 1 et 1 Rois 2). La narration parallèle de 1 Chroniques, très postérieure, nous montre comment on envisageait la figure de David plus d’un siècle après l’exil. David y apparaît comme un saint avec la couronne sur la tête ; ses fautes et les côtés sombres de son règne sont soigneusement passés sous silence. Nous le voyons entièrement occupé aux préparatifs pour la construction du temple, réglant d’avance tous les détails de l’organisation du culte. Par contre, d’après 2 Samuel 7, David renonça, sur les conseils du prophète Nathan, à son projet de bâtir une maison à l’Éternel, qui préférait séjourner sous une tente, selon la simplicité de l’âge mosaïque.

On a porté sur le caractère de David des jugements très différents, et la critique a souvent réagi avec exagération contre la canonisation traditionnelle. On comprend le mot de Reuss : « C’était un héros ; on provoque la critique, très mal à propos, en voulant en faire un saint ». Il est facile de relever dans la vie de David maints traits de duplicité et même de cruauté envers ses ennemis (cf. 1 Samuel 21.1 ; 1 Samuel 21.13-15 ; 1 Samuel 27.9-11 ; 2 Samuel 8.2). C’étaient les mœurs d’un âge encore à demi-barbare. Mais il ne faut pas exagérer. Il est arbitraire d’accuser David d’avoir inspiré l’oracle qui réclama la mort de sept fils de Saül (2 Samuel 21). Quant au traitement infligé aux villes des Ammonites, les nouvelles versions (la Version Synodale comme la Bible de Kautzsch en Allemagne), par une légère correction du texte, excluent tout sujet de scandale : David ne jeta pas tout un peuple à périr dans des fours (voir ce mot) et sous des scies, mais l’employa à différents travaux de scierie et de fours à briques : ce qui est un peu différent (2 Samuel 12.31) ! De même, pour les dernières volontés de David touchant Joab et Siméi (1 Rois 2.5-9), au lieu d’y voir un testament des rancunes du vieux monarque, on les mettra plus facilement sur le compte de son successeur, ou bien on se rappellera l’idée antique que les crimes impunis attirent la malédiction sur un pays.

Mais, à côté des ombres, que de traits lumineux dans son caractère ! Sa générosité envers ses ennemis, sa promptitude à pardonner à ses adversaires ; (cf. 2 Samuel 19) l’ardeur chevaleresque qui le soutint dans tant de combats ; (cf. 2 Samuel 23.15-17) sa foi religieuse qui lui fit toujours rechercher l’aide de l’Éternel au milieu des vicissitudes et des dangers de sa vie agitée ; et son humilité sous l’accusation du prophète Nathan et dans l’acceptation des épreuves de ses dernières années (2 Samuel 15.25 ; 2 Samuel 16.11), tous ces traits et d’autres encore placent le roi David au rang des personnages les plus attrayants et sympathiques de l’Ancien Testament

David est-il l’auteur, en tout ou en partie, des psaumes qui portent son nom ? Nous tenons comme sûrement établi que David fut un poète (2 Samuel 1.19-27, élégie sur Saül et Jonathan ; 2 Samuel 3.33, sur la mort d’Abner ; Amos 6.5) et, étant données sa piété personnelle et sa confiance en l’Éternel, un poète religieux, un psalmiste. Mais quant à savoir quels chants de notre Psautier remontent réellement jusqu’à lui, il est malaisé de le déterminer, et les critiques actuels, même conservateurs, renoncent à dresser une liste de psaumes davidiques. Le Psaume 18, reproduit dans 2 Samuel 22, est celui qui a le plus de chance de remonter, au moins dans sa partie centrale, au grand roi. Le Psaume 51, bien qu’expression d’un repentir individuel, semble présupposer l’enseignement des prophètes. Il est d’ailleurs reconnu aujourd’hui que l’expression « Psaumes de David » signifie psaumes appartenant au recueil de David plutôt que composés par David (voir Psaumes).

La renommée de David est allée en grandissant à travers les âges. Il devint le modèle sur lequel furent jugés tous les rois postérieurs (cf. 1 Rois 11.34-38 ; 1 Rois 15.3-5 ; 2 Rois 18.3 ; 2 Rois 22.2), et le type du roi idéal de l’avenir, du Messie (Ésaïe 11.1 ; Jérémie 23.5 ; Ézéchiel 34.23 ; Osée 3.5). Et notre Sauveur lui-même ne dédaigna pas le titre de « fils de David », dont il fut salué par les foules (Marc 10.47 ; Matthieu 12.23 ; Matthieu 21.9 etc.). Th. L.

Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com

L’article dans Westphal