Dictionnaires bibliques
Dan
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Dan », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
Il était fils de Jacob et de Bilha. On avait assigné à la tribu qui porta son nom un territoire entre les tribus de Juda, de Benjamin et d’Éphraïm (Josué 19.40) ; mais, outre que ces limites étaient passablement restreintes, il paraît qu’il se passa un temps assez long avant qu’elle pût en chasser les Cananéens et en prendre entièrement possession : c’est ainsi qu’il faut entendre les passages (Juges 1.34 ; 18.2). Ce fut là sans doute la cause de l’expédition contre la ville de Laïs, qui eut lieu déjà du temps de Josué (Josué 19.47), mais que nous ne trouvons racontée avec détails qu’en Juges 18. La nouvelle ville qui fut construite sur l’emplacement de Léshem, reçut aussi le nom de Daniel Ils possédèrent ainsi tout le cours supérieur du Jourdain, et la partie septentrionale du pays, de sorte que pour dire d’une extrémité à l’autre de Canaan, on finit par dire proverbialement de Dan à Bëer-Shéba (1 Samuel 3.20 ; etc. voir Bëer-Shéba). Quant à l’ancien territoire de la tribu, il avait pour voisins et pour ennemis les Philistins, sous l’oppression desquels les Danites gémirent pendant quarante ans, jusqu’à ce qu’enfin un homme de cette tribu, Samson, les en eut délivrés (Juges 13.1-2). Les Danites avaient des vaisseaux (Juges 5.17), et l’on croit qu’ils possédaient la ville de Joppé au bord de la mer.
Jacob, à son lit de mort, annonce que « Dan jugera son peuple, aussi bien qu’une autre des tribus d’Israël (Samson) ; qu’il sera un serpent sur le chemin, et une couleuvre dans le sentier, mordant les cornes du cheval, et celui qui le monte tombe à la renverse », ce qui signifie que ses conquêtes et ses victoires seront dues à la ruse plutôt qu’à la force (Genèse 49.16-17). Moïse au contraire dit de cette tribu : « Dan est comme un jeune lion », montrant ainsi que, si la ruse est son partage, la force cependant ne lui manquera pas.
Quant aux raisons pour lesquelles cette tribu ne se trouve pas mentionnée avec les autres (Apocalypse 7.5-8), les commentateurs sont partagés : on pourrait penser que c’est parce qu’elle fut dès le commencement le principal siège de l’idolâtrie (Juges 18 ; 1 Rois 12.30), voir Tribus.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Dan (1)
Cinquième fils de Jacob, et le premier de Bala, servante de Rachel (Genèse 30.4-6). Rachel, voyant que Dieu ne lui avait point donné d’enfants, pria Jacob de prendre Bala, sa servante, afin qu’au moins par son moyen elle pût avoir des enfants. Jacob la prit, et Bala lui enfanta un fils ; et Rachel dit : Le Seigneur a jugé en ma faveur, et a exaucé ma voix, en me donnant un fils ; et elle l’appela Dan, qui signifie, il a jugé.
Dan n’eut qu’un fils nommé Husim (Genèse 46.23). Ce qui n’empêcha pas qu’il n’eût une fort nombreuse postérité, puisqu’au sortir de l’Égypte, cette tribu était composée de soixante-deux mille sept cents hommes, capables de porter les armes, sans compter les femmes et les enfants (Nombres 1.38). Jacob, au lit de la mort, donna sa bénédiction à Dan, en disant (Genèse 49.16-17) : Dan jugera son peuple comme une autre tribu d’Israël. Que Dan soit comme un serpent dans le chemin, comme un céraste dans le sentier, qui mord l’ongle du cheval, et qui fait tomber le cavalier en arrière. Jacob voulait dire que, quoique cette tribu ne fût pas des plus puissantes ni des plus célèbres d’Israël, elle ne laisserait pas de produire un chef de son peuple. Ce qui fut exécuté dans la personne de Samson, qui était sorti de Dan.
Jacob ajoute que Dan sera comme un serpent caché dans le chemin, qui mord l’ongle du cheval et renverse le cavalier ; ce qui peut encore marquer sa valeur et son adresse à surprendre et à vaincre un ennemi plus fort que lui. D’autres ont cru que Jacob, par ces dernières paroles, voulait dire que l’Antechrist sortirait de la tribu de Dan. Ce sentiment est très-commun dans les Pères et dans les auteurs ecclésiastiques. Ils se servent aussi, pour l’appuyer, de ce que, dans l’Apocalypse (Apocalypse 6), saint Jean ne fait nulle mention de la tribu de Dan, parmi les autres tribus d’Israël ; mais ces raisons, quoique appuyées par l’autorité de plusieurs anciens, ne sont pas toutefois fort convaincantes ; et l’origine de l’Antechrist sera toujours une question fort incertaine jusqu’après l’événement.
La tribu de Dan eut son partage dans un terrain fort gras et fort fertile, entre la tribu de Juda à l’orient, et le pays des Philistins à l’occident [Elle occupait, sur le bord de la mer, entre le pays des Philistins et les tribus de Siméon, de Benjamin et d’Éphraïm, un des meilleurs cantons de la Palestine, qui, par sa position, leur offrait en outre le moyen de se livrer à la navigation ; et en effet, ils possédaient les ports de Joppé et de Jamnia. Ils eurent, lors de leur établissement dans le pays, beaucoup à souffrir de la part des Amorrhéens, qui, réfugiés dans leurs montagnes, ne cessaient de les harceler (Juges 18). Moïse (Deutéronome 33.22) avait prédit que Dan serait comme un lion, prédiction que justifia la bravoure des Danites ; ils prospérèrent. Barbié du Bocage].
Mais ce terrain était fort resserré, parce que ce n’était proprement qu’un démembrement qui avait été fait des terres de Juda. C’est ce qui obligea ceux de cette tribu de chercher un pays plus étendu pour y envoyer une colonie de plusieurs de leurs familles, qui n’étaient pas assez au large dans leur propre terrain. Ils envoyèrent donc cinq hommes choisis des plus vaillants d’entre eux (Juges 18.1), pour chercher une demeure qui leur convint. Ils s’avancèrent jusqu’à Laïs, près les sources du Jourdain, qu’ils trouvèrent sans défiance ; et vivant dans une pleine sécurité. Ils en vinrent donner avis à leurs compatriotes, qui envoyèrent six cents hommes bien armés, avec leurs familles, pour se rendre maîtres de Laïs. En passant par la montagne d’Éphraïm, ils prirent dans la maison de Michas un jeune lévite, qui y entretenait un culte superstitieux, et l’emmenèrent à Laïs. Ils se rendirent aisément maîtres de cette ville, et y établirent le même mauvais culte qu’ils avaient trouvé chez Michas. Ce fut alors que la ville, qui s’appelait auparavant Laïs, prit le nom de Dan, à cause de ceux de cette tribu qui s’en rendirent les maîtres. [Voyez l’article suivant]. Justin historien juif, nommé. Eldad, quo quelques-uns font vivre au neuvième siècle vers l’an 880, et d’autres au treizième en 1283, a écrit que les Juifs de la tribu de Dan, ne voulant pas prendre les armes contre leurs frères, sous le règne de Jéroboam, se retirèrent en Éthiopie, où ils firent alliance avec les habitants du pays, et devinrent tributaires du roi d’Éthiopie. Ils remontèrent le Phison (il veut dire le Nil) et trouvèrent des peuples noirs comme des corbeaux, d’une stature de géant, et qui se nourrissaient de chair humaine. Les tribus de Nephthali, de Gad et d’Aser, suivirent en ce pays-là celle de Dan, et ayant passé les fleuves d’Éthiopie, s’y habituèrent, nourrissant des troupeaux, et demeurant sous des tentes. Ils avaient à leur tête un roi descendu d’Oliab, et gardaient les principales ordonnances de la loi. Leur prince pouvait mettre cent vingt mille cavaliers et cent mille fantassins sous les armes. Ces quatre tribus unies partagèrent entre elles les quatre saisons de l’année ; chacune faisait la guerre pendant trois mois, et rapportait son butin au roi, qui en faisait un partage égal aux autres tribus qui étaient demeurées à la garde du pays. Mais cette transmigration est une pure fable, qui n’a pas le moindre fondement dans l’histoire sainte. [Voyez Éthiopie et Juifs].
Dan (2)
Ville située à l’extrémité septentrionale du pays d’Israël, dans la tribu de Nephthali. [Cette ville, colonie des Danites, et à cause de cela nommée Dan, s’appelait auparavant Laïs, comme il est dit dans l’article qui précède]. Pour marquer les deux extrémités de la Terre promise, l’Écriture se sert souvent de cette manière de parler (1 Samuel 30.20 ; 2 Samuel 3.10 ; 17.11 ; 24.2) : Depuis Dan jusqu’à Bersabée. Dan était au nord, et Bersabée au midi. La ville de Dan était au pied du Liban, sur le ruisseau de Dan, ou du Jourdain ; et plusieurs auteurs ont cru que le Jourdain, Jordanes, prenait son nom de l’hébreu jor, un ruisseau, et Dan, qui était une ville située près de sa source. [Voyez l’article suivant]. Mais on fera voir ailleurs que cette prétention souffre d’assez grandes difficultés. Voyez l’article Jourdain. Dan était à quatre milles de Panéas, du côté de Tyr. Quelques-uns l’ont confondu mal à propos avec Panéas, parce que Dan est proche de cette ville. Jéroboam, fils de Nabath, mit un de ses veaux d’or dans la ville de Dan (1 Rois 12.29), et l’autre à Béthel. [Voyez Daphné] [Il est dit dans le Deutéronome (Deutéronome 34.1) que le Seigneur fit voir à Moïse, placé sur le Phasga, tout le pays de Galaad jusqu’à Dan. De quel Dan s’agit-il ? Est-ce de la ville ou du lieu qui en est différent et qui est l’objet de l’article suivant ? Plusieurs croient qu’il est question de la ville, et tirent de cette opinion des conclusions diverses. Les uns prétendent que Moïse n’a rien écrit du trente-quatrième chapitre du Deutéronome ; les autres soutiennent que Moïse en a certainement écrit les quatre premiers versets, et, admettant qu’il s’agit de la ville de Laïs, croient, ou que le nom de Dan fut écrit par anticipation, ou que dans la suite il fut substitué à celui de Laïs. Vaines disputes. Il y a un lieu qui se nomme Dan et qui n’est pas bien éloigné de la ville de Laïs ou de Dan ; c’est de ce lieu qu’il s’agit et non pas de la ville. Bersabée n’était aussi qu’un lieu à cette époque].
Dan (3)
Lieu jusqu’auquel Abraham poursuivit Codorlahomor et ses alliés (Génèse 14.11). Il y a au même lieu un ruisseau du même nom, et qu’on appelle aussi le petit Jourdain (Voyez Asor et Jourdain). C’est de ce même lieu que parle Moïse (Deutéronome 34.1, Voyez mon addition à l’article précédent, et Daphné).
Dan (4)
Dont parle Ézéchiel (Ézéchiel 27.19), est, suivant les uns, la ville de Dan, l’ancienne Laïs ; suivant d’autres, c’est le mont Ida, dans l’Asie Mineure. Voyez ma note sur Dadan.
Dan (Camp de) (5)
Lieu situé entre Saraa et Esthaol, d’où partirent les 600 Danites qui vinrent de là à Cariathiarim, derrière laquelle ils plantèrent leurs tentes, et se dirigèrent ensuite au nord vers Laïs, où ils s’établirent. Depuis cette époque, on a continué d’appeler ce lieu le Camp de Dan (Juges 13.25 ; 18.12).
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Premier fils de Jacob et de Bilha, servante de Rachel (Genèse 30.6, E ; Genèse 35.25, P) ; sa naissance contribua à atténuer l’amertume qu’éprouvait de sa stérilité la femme préférée de Jacob, aussi lui donna-t-elle un nom qui est une exclamation de joie : « Dieu a rendu justice ! » Le mot hébreu Dan est en effet apparenté à un verbe qui signifie juger, faire droit. Un prénom de même étymologie retient l’attention : celui de Dina, demi-sœur de Dan, fille de Léa (Genèse 30.21). L’assyriologie connaît des noms presque identiques : Ashour-dân (Assur est juge), Akou-dana (le dieu Lune est juge), noms contemporains de Hammourabi. Il doit y avoir là une source commune ; primitivement l’expression correspondait à quelque divinité ou attribut de nature religieuse : Dan et Dina proviennent du fonds mythique des peuples sémites, mais au temps où la tradition biblique recueille ces noms, ils ont perdu leur sens symbolique primitif.
De Dan l’on ne connaît rien de bien saillant ; d’après Josué 19.40 et suivants son territoire s’étendait à l’ouest de celui de Benjamin et au nord-ouest de Juda ; formé de collines et de plaines, il était limité par la mer. En fait, l’occupation se heurta à de sérieuses difficultés, créées par la résistance philistine ; s’il faut se rapporter à l’allusion de Juges 5.17 qui fait de Dan un peuple de marins, la transformation d’un fils du désert en matelot suppose toute une préparation technique. Rien d’impossible à ce que les populations de ces rivages aient servi de modèles aux Danites. D’autre part, Juges 1.34-36 rapporte que les Amoréens repoussèrent Dan dans la partie montagneuse du pays ; se sentant trop à l’étroit, la tribu émigra en grande partie vers l’extrême nord de Canaan où elle conquit l’ancienne ville sidonienne de Laïs (Juges 18.1-13 ; Juges 18.27-29), dont le nom fut modifié en celui de Dan (voir article suivant). Cette décision sauva le clan de l’absorption philistine, voire même de celle de Juda, car le tronçon resté dans le sud y fondit sous la pression de ces deux voisins.
Le souvenir de la prise de Laïs et du massacre de ses habitants se complète par celui de l’érection d’un sanctuaire de Jéhovah, en remplacement de celui de Baal jadis dressé au même endroit. Lorsque les Danites entrèrent en Éphraïm, ils s’emparèrent de divers objets de culte déposés dans une sorte de chapelle privée appartenant à un certain Mica (Juges 18.14) et desservie par un prêtre nommé Jonathan, fils de Guersom, petit-fils de Moïse ; les pillards obligèrent Jonathan à les suivre et à remplir ses fonctions sacerdotales dans le nouveau sanctuaire de Laïs qui devint célèbre par la suite.
Le déplacement de la tribu ajoute à l’incertitude habituelle des recensements ; d’après les passages sacerdotaux, dont les chiffres sont fortement amplifiés, sa population aurait représenté environ les 10 pour cent d’Israël, non compris Lévi (Nombres 1.39 ; Nombres 26.43). Le seul nom de la tribu du sud qui reste présent à la mémoire est celui de Samson (Juges 13-16). Juges 18.11 compte 600 guerriers danites pour l’enlèvement de Laïs. Genèse 46.23 ne connaît qu’un seul descendant : Husim, appelé Sucham dans Nombres 26.42. Après l’exil, Dan disparaît des listes des tribus (1 Chroniques 2 à 2 Chroniques 9). Le caractère des Danites est ainsi dépeint : « une vipère sur le sentier, mordant les paturons du cheval » (Genèse 49.16 et suivant), « un jeune lion qui s’élance de Basan » (Deutéronome 33.22). P. W.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
L’article dans Westphal