Dictionnaires bibliques
Astarte
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Astarte », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
Voir Baal et Chaldéens.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Ou Astaroth, déesse des Phéniciens. L’Écriture la nomme souvent du nom pluriel d’Astaroth, qui signifie proprement des troupeaux de brebis ou de chèvres (Deutéronome 12.13). On la nommait aussi quelquefois Aserach, le bocage, ou Aseroth, ou Aserim, des bois Asera, Aserot, Aserim, parce qu’on l’adorait dans les bois, qu’elle était la déesse des bois, et que les bois étaient proprement son temple. On lui consacrait des Asera, des bois, où l’on commettait d’ordinaire des impudicités qui ont rendu son culte infâme. On la nommait quelquefois la Reine du ciel (Jérémie 12.18 ; 44.17-18) ; et quelquefois on désigne son culte par celui de milice du ciel (2 Rois 18.4). Les auteurs sacrés la joignent presque toujours au dieu Baal, et lui donnent le nom de dieu (1 Rois 11.5 ; 13.33), n’ayant point de nom particulier pour exprimer une déesse.
On croit que c’était la lune que l’on adorait sous ce nom. Ses temples étaient d’ordinaire avec ceux du soleil, et pendant qu’on offrait à Baal, ou au Soleil, des sacrifices sanglants, et quelquefois des victimes humaines, on présentait à Astarté, ou à la Reine du ciel, des pains, des liqueurs, des parfums (Isaïe 65.11 Jérémie 7.18 ; 44.17), on lui dressait des tables sur les plates-formes des maisons, auprès des portes, dans les vestibules, aux carrefours, et on lui servait à souper aux premiers jours des mois. C’est ce que les Grecs nommaient le souper d’Hécate.
Saint Jérôme traduit en plus d’un endroit le nom hébreu Asera ou Astarté, par celui de Priape (1 Rois 15.13, comme pour marquer les impudicités qui se commettaient dans les bois consacrés à Astarté. Les Orientaux adoraient en plusieurs endroits la lune sous le nom d’un dieu ; on la représentait avec de la barbe, et armée. La statue qu’on adorait dans le temple d’Héliopolis, en Syrie, était d’une femme vêtue en homme. Salomon, qui avait épousé plusieurs femmes étrangères, introduisit le culte d’Astarté dans Israël ; mais ce fut principalement Jézabel, fille du roi de Tyr, et épouse d’Achab, qui mit en vogue le culte de cette divinité dans la Palestine.
Saint Augustin assure que les Africains descendus des Phéniciens tenaient qu’Astarté était la même que Junon. Hérodien toutefois dit que les Carthaginois nomment Astroarchè la déesse céleste, et disent que c’est la même que la lune. Les théologiens phéniciens assuraient que leur Astarté était la Vénus Syrienne, native de Tyr, et épouse d’Adonis ; fort différente de celle qui était née dans l’île de Cypre. Enfin, Lucien qui a écrit exprès sur la déesse de Syrie, qui n’est autre qu’Astarté, dit expressément qu’elle n’est autre que la lune, et il est indubitable que cet astre était adoré sous différents noms dans presque toutes les parties d’Orient [Lucien dit aussi que de toutes les villes de Syrie, Hiérapolis était celle où Astarté était le plus honorée ; il fait la, description de son temple, et un savant auteur a remarqué que, soit pour la construction du temple, soit pour le culte de la déesse, on avait beaucoup emprunté de celui de Salomon et des cérémonies qui s’y faisaient. Voyez Hiérapolis].
La manière dont on représentait Astarté sur les médailles, n’est nullement uniforme. Elle est quelquefois en habit long, et quelquefois en habit court ; quelquefois tenant un long bâton surmonté d’une croix ; dans d’autres médailles on la voit couronnée de rayons, et ailleurs couronnée de créneaux, ou couronnée par la Victoire ; dans une médaille frappée à Césarée de Palestine, elle est en habit court, couronnée de créneaux, tenant de la main droite une tête d’homme, et de la gauche un bâton. On croit que cette tête d’homme est celle dont parle Lucien, et qu’on apporte tous les ans d’Égypte à Biblos, ville de Phénicie, dont nous avons parlé ci-devant dans l’article d’Adonis. Sanchoniaton dit qu’elle était représentée avec une tête de vache, représentant par ses cornes la royauté et les rayons de la lune [Sur le faîte du temple de Bélus étaient placées trois statues d’or battu, de grande dimension, qui représentaient des divinités désignées par les Grecs sous le nom de Zém, Rhéa et Héra. La première était celle de Bel, qui est souvent le symbole du Soleil… La seconde, celle de Rhéa, c’est-à-dire de Mylitta, était cette déesse-nature… qui était adoréeaussi en Syrie, dans le célèbre sanctuaire d’Hiérapolis… On la voyait assise sur un trône avec deux lions. Le même attribut se voit aussi dans plusieurs images de Cybèle, et la déesse Phénicienne Astarté est représentée sur différentes médailles Carthaginoises assise sur un livre. Ces trois simulacres semblent avoir la position que les Romains donnaient à leurs dieux dans la cérémonie du Lectisternium. » Cette cérémonie avait lieu lorsqu’on était effrayé de quelque prodige où qu’on voulait conjurer la colère de quelque dieu ou déesse ; elle consistait à descendre de sa niche la statue de cette idole, et à la coucher sur un lit, auprès duquel on mettait une table qu’on chargeait de mets, faisant ainsi à l’idole un festin propitiatoire].
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
L’une des divinités les plus fameuses et les plus vénérées de l’antique Orient sémitique.
1.
Elle fut adorée avec des variantes plus ou moins sensibles par un grand nombre de peuples : chez les Assyro-Babyloniens Ishtar, les Syriens Athar, les Phéniciens Astareth ou Ashtart, les Cananéens, les Abyssins À star, et les Égyptiens qui, d’après Maspéro, possédaient une version particulière de sa légende. Certains indices permettent de supposer qu’elle fut également connue des tribus nomades ou semi-nomades de l’Arabie, notamment de l’Arabie du nord. Les Hébreux, modifiant légèrement son appellation phénicienne, l’avaient nommée Astoreth, les deux dernières voyelles de ce mot impliquant, croit-on, un sens péjoratif par analogie avec l’épithète hochet = honte, souvent utilisée par eux pour qualifier les Baals. L’équivalent grec d’Astoreth était Astarté, que l’on a conservé en français.
2.
Il a été jusqu’ici impossible de déterminer la signification du nom d’Astarté, ainsi que le lien qui le pouvait unir au culte dont elle était l’objet. Ce culte remonte très probablement aux temps reculés du sémitisme, sans que l’on puisse, toutefois, préciser l’époque et le lieu exact de son apparition. Les documents historiques (littérature, inscriptions cunéiformes, etc.) découverts et consultés par les savants autorisent à fixer en Assyro-Babylonie ses manifestations les plus anciennement discernables. Il semble qu’en quelques coins de la Caldée, Ishtar se serait, au moment de la pénétration des Sémites, progressivement substituée à une divinité autochtone : Nânâ, pourvue d’attributs identiques aux siens. Astarté — c’est d’ailleurs le trait le plus général de sa dévotion — fut primitivement adorée comme déesse de la fertilité du sol et du mystérieux épanouissement de la vie dans la variété des formes animales et végétales. Divinité de la terre et de la nature, dont elle régissait les transformations successives et le rythme saisonnier, c’est d’elle que dépendaient la croissance des moissons et leur maturité. Aussi le plus beau mois de l’été, le sixième de l’année, Élul, mois des récoltes, lui était-il consacré. Par une extension très explicable de ses prérogatives, elle ne tarda pas à présider aux destinées de tous les êtres vivants, à devenir comme la mère du genre humain (figure 33), la dispensatrice de l’amour générateur et à être revêtue d’une quasi toute-puissance créatrice et conservatrice, d’une véritable autorité suprême que, dans certaines contrées, elle partagea avec Baal (voir ce mot). Elle eut des sanctuaires célèbres à Ninive et Arbelles. Sur ces données premières s’en greffèrent d’autres. L’empire d’Astarté s’étendit à tous les compartiments de l’existence humaine, de la vie individuelle, sociale et nationale. Et selon les circonstances, les moments et les lieux, on lui attribua tantôt une influence bienfaisante et féconde, tantôt une influence néfaste, destructive, vengeresse et mortelle qui contrastait avec son caractère originel.
3.
C’est sous une forme déjà vulgarisée qu’à la suite, pense-t-on, de quelque grande migration, le culte d’Astarté fut importé parmi les peuples syro-méditerranéens, au contact desquels il se pervertit et dégénéra. C’est alors surtout qu’on divinisa en elle les passions sexuelles et la volupté. Les autels et le rituel qui lui furent dédiés donnèrent naissance à des scènes licencieuses et sanglantes fort dangereuses pour les mœurs populaires. D’où en Israël la violente réaction des prophètes, dénonçant son idolâtrie comme « infâme » et « abominable ». Astarté jouit d’un immense crédit auprès des Phéniciens, spécialement à Sidon, de même qu’auprès des peuplades cananéennes chez lesquelles, sans doute, elle remplaça peu à peu la déesse Achéra ou Ashirat, compagne féminine des Baals, adorée depuis des temps lointains par les Sémites occidentaux et avec laquelle il faut se garder de la confondre. Elle était très honorée des Philistins, dont elle protégeait probablement les entreprises guerrières et qui lui édifièrent à Askalon un temple où fut suspendue l’armure de Saül (1 Samuel 31.10). En Israël, Salomon, subissant la contagion du paganisme phénicien, lui éleva un sanctuaire (1 Rois 11.5-33), plus tard détruit par Josias (2 Rois 23.18).
4.
Les progrès de l’astrologie et de la magie en Assyrie et Babylonie modifièrent de leur côté la nature première du culte d’Astarté, qui de terrestre devint supraterrestre. L’adoration d’Astarté s’identifia, sous leur influence, avec celle de la planète Vénus, guide des armées célestes (étoiles) en qui les Caldéens belliqueux voyaient la déesse des batailles (figure 32). Astarté fut alors pourvue des titres de « reine de victoire », « juge des exploits de la guerre » et représentée « debout sur un lion ou un taureau, coiffée de la tiare étoilée, armée de l’arc et du carquois » (Maspéro). Cet aspect céleste d’Astarté alla s’accentuant. Appelée par les uns « fille de la lune », par les autres « fille du Seigneur du ciel » ou « fille du soleil », elle prit une prééminence de plus en plus marquée et fut finalement révérée comme « reine des cieux ». Durant la période de la ruine de Jérusalem et de l’exil, les Hébreux, en particulier les femmes, lui vouèrent une dévotion vigoureusement condamnée par Jérémie (Jérémie 7.18 ; Jérémie 44.15-26).
5. Astaroth : pluriel hébreu d’Astoreth
C’est un terme générique utilisé en Canaan pour désigner les déesses (Juges 2.13 ; Juges 10.6 ; 1 Samuel 7.3 ; 1 Samuel 7.4 ; 1 Samuel 12.10). On le retrouve dans le nom de quelques localités du pays de Basan : Astaroth (voir ce mot) ou Béesthra et Astaroth-Karnaïm (signifiant : Astartés cornues).
Jean R.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
L’article dans Westphal