Commentaires de saint AugustinLévitique 13
Augustin d’Hippone
Lire Lévitique 13 dans la BibleLévitique 13:1
XLI. (Ib 13, 2.) Sur la lèpre de l’homme. – « S’il arrive à quelqu’un dans la peau de son corps une cicatrice de marque luisante, et s’il survient dans sa peau la tache de la couleur de la lèpre. » La seconde partie de cette phrase est une sorte d’explication de la première ; dans la crainte que ces mots : « S’il arrive à quelqu’un dans la peau de son corps une cicatrice de marque luisante », ne s’entendent d’une cicatrice ordinaire, de la place d’une plaie après la guérison, l’Écriture déclare qu’elle veut parler de la couleur, car elle ajoute : « Et s’il survient dans sa peau la tache de la couleur de la lèpre. » Quoi qu’il en soit, c’est donc la difformité provenant de la couleur, qu’elle désigne sous le nom de cicatrice. Quant à ces mots tactus leprae, ils ne signifient pas que la couleur soit sensible au toucher, mais que l’homme ou son corps sont comme touchés, atteints par la lèpre, en d’autres termes, souillés et rendus difformes. C’est en ce sens qu’on dit : il est atteint de la fièvre, ou n’en est pas atteint. Enfin l’Écriture appelle tactus, atteinte, la tache elle-même, et elle ne cesse de la désigner dans la suite sous ce nom. Aussi plusieurs de nos commentateurs rejettent tactum, toucher, pour mettre à la place maculam, tache : ce terme semble en effet mieux traduire le sens de la pensée. Mais le texte grec aurait pu, au lieu de ἁφὴν qui signifie toucher, se servir de μῶμον qui veut dire tache, et d’où dérive ἄμῶμον sans tache, immaculé ; cependant l’Écriture n’appelle ordinairement immaculé ἄμῶμον que ce qui est exempt de toute souillure, et non ce qui est seulement exempt d’un défaut qui tient à la couleur ; l’expression μῶμον désigne donc, non pas une tache de couleur, mais la marque d’un défaut quelconque. L’Écriture pouvait alors employer σπιλον pour désigner une tache qui ne tient qu’à la couleur ; l’Apôtre s’est servi de ce terme quand il dit de l’Église, « qu’elle n’a point de tache ni de ride (Eph, 5, 27). » Cependant elle n’a employé ni μῶμον, ni σπιλον mais ἁφὴν qui signifie toucher ; ce mot est inusité en grec à propos des couleurs ; néanmoins les Septante n’ont pas craint de le conserver dans leur traduction : pourquoi les Latins ont-ils reculé devant cette hardiesse ? Le texte porte : cicatrice de marque; cela veut dire que la lèpre avait une signification, ou plutôt qu’elle marquait l’homme d’un signe qui le rendait. Facilement reconnaissable parmi les autres.
Lévitique 13:3
XLII. (Ib 13, 3.) Le prêtre déclarait impur l’homme atteint de la lèpre. – Comment est-il dit : « Le prêtre le verra, et le rendra impur », quand il est question de celui qui venait demander au prêtre la guérison de sa souillure ? Mais il rendra impur est mis pour il déclarera impur, si le prêtre découvre en lui ce que l’Écriture dit être la tache de la lèpre.
Lévitique 13:4
XLIII. (Ib, 13, 4.) Sur les signes de la lèpre. – « S’il y a du blanc luisant sur la peau, et que cette partie de la peau ne soit pas plus enfoncée que le reste. » Ce blanc luisant qualifie tactus, sous-entendu, c’est-à-dire, la tache de cette couleur, et non le poil. L’Écrituredit plus loin « Mais si la marque posée sur la peau vient à changer (Lev 13, 7); » cette marque n’est rien autre chose que ce que les Latins on rendut plus haut par le mot signum (signe) (Id 2). Le Grec dans ces deux passages, n’a eu qu’un mot : σημασίας.
Lévitique 13:5
XLIV. (Ib 13, 5, 6.) Sur le signe qu’il n’y a pas de lèpre. – « Le prêtre le séparera pendant sept jours une seconde fois, et le prêtre le verra le septième jour pour la seconde fois, et voilà que la tache est obscure et ne s’est point étendue sur la peau ; le prêtre alors le purifiera, car c’est le signe », c’est-à-dire, qu’il le déclarera pur ; car ce n’est pas la lèpre, mais c’en est seulement le signe. XLV. (Ib 13, 4-7.) Sur le signe de la lèpre. – « Mais si la marque de la peau a changé et s’est étendue, après que le prêtre l’a vu pour le purifier ; et qu’il se soit présenté de nouveau au prêtre, que le prêtre l’ait vu, et que la marque ait changé sur la peau ; et le prêtre le rendra impur ; c’est la lèpre. » Ici encore, il rendra impur, est mis pour : il déclarera impur; quant à la conjonction et, c’est un mot superflu employé ordinairement dans l’Écriture. L’Écriture parait donc poser en règle que quand il se manifeste exclusivement une couleur blanche et luisante, différente de la couleur propre à la santé, le prêtre doit exiger une nouvelle épreuve, afin que s’il voit le poil devenir blanc, et l’endroit où se trouve la couleur blanche se déprimer, il signale la présence de la lèpre, en d’autres termes, il mette l’homme au nombre des impurs en le déclarant lépreux. « Si, dit le texte, il y a du blanc luisant sur sa peau (Lev 13, 4) », autrement, si le toucher, c’est-à-dire, suivant le sens de l’Écriture, la tache, présente une blancheur luisante : « et que la peau ne paraisse pas déprimée ; que le poil ne soit pas devenu blanc, mais qu’il reste obscur », c’est-à-dire si le poil n’est pas blanc ; « alors le prêtre tiendra séparé celui qui est atteint, pendant sept jours, et le septième jour le prêtre verra (Ib, 6) » la tache en question ; « et voilà que le toucher (la tache) demeure devant lui ; il n’a pas été changé sur la peau », c’est-à-dire, qu’il n’a pas pris une couleur à part et différente de la peau. Ce qui était malade s’est donc guéri ; mais Dieu veut que cet état de santé subisse encore une nouvelle épreuve qui durera sept jours ; delà les prescriptions suivantes : « Le prêtre le séparera pendant sept jours pour la seconde fois (Id 6) », c’est-à-dire pendant sept autres jours ; « et le septième jour, le prêtre le verra une seconde fois : et voilà que le toucher est obscur ; » cela veut dire, qu’il n’est plus blanc et luisant ; par là même sa couleur né, diffère plus de celle de la santé : « le toucher n’a pas changé » sur la peau, comme il vient d’être dit ; en d’autres termes, il n’est pas différent du reste de la peau ; « et le prêtre le purifiera », c’est-à-dire le déclarera à l’abri de toute atteinte de lèpre ; ce n’est pas qu’il ait eu cette maladie, et qu’il en soit guéri ; mais la lèpre n’a pas existé, parce qu’elle n’a pas apparu à la place de cette tache blanche et luisante, pendant qu’on attendait pour voir si elle serait plus déprimée, et si le poil y deviendrait blanc ; la tache auparavant luisante et blanche, s’est au contraire trouvée obscure, c’est-à-dire sans efflorescence, et semblable au reste de la couleur Ce n’était donc pas la lèpre, c’en était seulement le signe (Lev 13, 6.), est-il dit, ce n’est pas la lèpre qui avait ainsi apparu ; néanmoins celui qui est par là même déclaré pur de toute lèpre « lavera ses vêtements », parce que ce signe fait voir que ses vêtements auraient dû être lavés ; « et il sera pur. » XLVI. (Ib 13, 7, 8.) Même sujet. – L’Écriture ajoute : « Mais si, après que le prêtre l’a vu pour le déclarer pur, la marque de la peau a changé et s’est étendue : » cela veut dire qu’après que le prêtre a vu le lépreux dans un état sain au bout des sept premiers jours, et l’a déclaré pur, un changement s’est produit dans la marque, autrement dans le signe attaché à la peau ; « s’il est vu par le prêtre pour la seconde fois », c’est-à-dire au bout de sept autres jours ; « que le prêtre le voit, et qu’un changement existe dans la marque fixée sur la peau ; » en d’autres, termes, si l’homme attaqué du mal n’est pas demeuré dans cet état de santé relatif, constaté au bout des sept premiers jours, « alors le prêtre le déclarera impur : c’est la lèpre. » Cet état sain, qui avait été remarqué d’abord après sept jours, au lieu de se maintenir, s’est modifié dans le sens d’une rechute dans la maladie, la lèpre est déclarée : il n’est pas nécessaire alors d’attendre que l’endroit de la tache soit déprimé et le poil devenu blanc. En effet, comme la lèpre n’est reconnaissable et pernicieuse que quand elle varie, la transition d’une couleur mauvaise à une bonne, puis de la bonne couleur à la mauvaise constitue à elle seule une preuve si sensible, qu’il n’est plus nécessaire d’attendre, conformément à la loi, les caractères distinctifs de la lèpre, la dépression, de la peau, et la blancheur du poil, mais ce seul changement de couleur indique infailliblement la présence de la lèpre. XLVII. (Ib 13, 9-10.) De la lèpre invétérée et de celle qui couvre tout le corps. – On lit ensuite « : Si le toucher (la tache) de la lèpre se trouve en un homme, il viendra au prêtre ; et le prêtre verra, et voici une cicatrice blanche sur la peau ; et elle a changé le cheveu en blanc, et de l’état sain de chair vive en cicatrice. » Si nous retranchons la particule et de cette dernière phrase, car elle n’est là que comme une locution familière à l’Écriture, nous aurons le sens suivant : « Et le prêtre verra, et voici une cicatrice blanche sur la peau ; et elle a changé le cheveu en blanc, de l’état sain « de chair vive en cicatrice. » Voici la construction régulière:« Elle a changé le cheveu en blanc, en cicatrice l’état sain de chair vive », c’est-à-dire, que le lépreux, à l’époque où sa chair était vive et saine, avait un chevelure noire ou de couleur, mais que cette cicatrice a blanchi ses cheveux. « La lèpre invétérée dans la peau est« elle de cette couleur ? le prêtre le rendra impur (Lev 13, 11) », en d’autres termes, le déclarera impur. « Il ne le séparera point, parce qu’il est impur. » Ceci parait signifier que du moment que le poil a changé de couleur et se trouve semblable au défaut blanc, de la peau, le lépreux ne doit pas être séparé de ses semblables pour être soumis à une épreuve ; il n’est pas besoin d’attendre pour voir si l’endroit de la tache s’enfoncera ; mais dès là qu’il parait à la peau une couleur blanche différente du reste, et que l’on y voit des poils blancs, d’une couleur différente des autres qui sont sur la chair vive et saine, la lèpre est déclarée invétérée : elle est invétérée, parce qu’elle n’a pas besoin d’être soumise à l’épreuve qui dure deux semaines. « Si la couleur redevient saine et qu’elle change pour être blanche (Id 16) : » l’Écriture après avoir déclaré que l’homme était pur, dès que toute la peau était blanche, parce qu’il ne s’y trouvait plus de nuances différentes, ajouté : « Mais du jour où la couleur vive paraîtra, il sera impur (Id 14) ; » ce qui fait bien voir que la variété de couleur sur la chair est l’indice du mal. Aussi lisons-nous immédiatement après « Si la couleur redevient saine, et qu’elle change pour être blanche, il viendra au prêtre ; et le prêtre verra : et voilà que le toucher (la tache) ayant changé est devenu blanc ; alors le prêtre purifiera le toucher : il est pur (Id 16,17). » Ces mots : « Si la couleur redevient saine » ne signifient pas que cette couleur soit saine en effet : car c’est elle, qui en raison de sa différence avec l’autre, rendait l’homme impur. En disant que la couleur redevient saine, l’Écriture marque donc qu’elle redevient ce qu’elle était, c’est-à-dire, blanche, tout ce qui était sain disparaissant. Le lépreux alors redevient pur, parce que toute sa peau est blanche, et qu’il n’y aura plus diversité dans la couleur. Mais comme c’est une locution qui s’écarte trop de l’usage ordinaire, d’employer le verbe redevenir au lieu de disparaître, il semble que le sens des paroles précédentes soit celui-ci : Si la couleur redevient blanche. Dès lors, ces mots : « Si la couleur redevient saine et qu’elle change, pour être blanche », signifieraient : Si la couleur saine redevient blanche.
Lévitique 13:30
XLVIII. (Ib 13, 30.) Sur la lèpre de la tête. – Pourquoi l’Écriture, parlant de la lèpre de la tête, l’appelle-t-elle encore ébranlement θραῦσμά, puisque cette maladie ne se trahit qu’à la couleur des cheveux ou de la peau, où l’on aperçoit une dépression, sans qu’il en résulte ni douleur ni secousse ? L’homme étant comme atteint de ce mal, ne se serait-elle pas servi du mot ébranlement comme synonyme d’atteinte, pour désigner cette sorte d’impureté ?
Lévitique 13:47
XLIX. (Ib 13, 47, 48.) Sur la lèpre des vêtements etc. — Que signifie ce passage relatif à la lèpre des vêtements et des autres objets à l’usage de l’homme : « Dans un vêtement de laine, ou dans un vêtement d’étoupe, dans la chaîne ou dans la laine, dans ce qui est fait de lin, ou dans ce qui est fait de laine ? » Après avoir dit : « dans un vêtement de laine, ou dans un vêtement d’étoupe », à quoi bon le reste ? Car les étoupes et le lin, c’est tout un. L’Écriture a-t-elle voulu parler en premier lieu d’un vêtement, puis de tous les objets faits de laine ou de lin ? Car, pour être faites de laine, les couvertures des chevaux ne sont pas des, vêtements, non plus que les filets, quoiqu’ils soient faits de lin. Elle a donc voulu mentionner d’abord les vêtements en particulier, puis parler en général de tous les objets de laine ou de lin. L. (Ib 13, 48.) Sur la lèpre qui s’attache à une peau. – On demande pourquoi le texte porte : « Dans toute peau de travail » (operaria) ? Plusieurs de nos interprètes ont traduit : « dans toute peau travaillée. » Mais le grec ne dit pas ergasmeno ἐργασμἐνῳ δέρματι dans une peau confectionnée, mais ἐργασίμῳ, de travail, faite pour le travail: ce mot se trouve aussi au livre des Rois, dans le passage où Jonathas dit à David : « Demeure au champ pendant le travail du jour », in die operaria, dans le jour ou l’on travaille (1Sa 20, 19). Nous sommes donc forcés d’admettre qu’il s’agit ici d’une peau de travail, c’est-à-dire, destinée à servir pendant quelque travail. Car il y a des peaux qui sont uniquement destinées à l’ornementation, et non à un service pénible.
Lévitique 13:49
LI. (Ib 13, 49.) Suite. – Que signifie ce passage : « Dans tout vase de peau propre à servir ? » Ne désigne-t-il pas toute espèce de vase fait de peau ? L’Écriture désigne ici sous le nom de vase, ce que les Grecs nomment σκεῦος terme général qui s’applique à toute espèce d’ustensile. L’expression ἀγγεῖον un autre sens ; on le rend aussi en latin par le mot vas; mais elle désigne principalement des vases destinés à contenir des liquides.
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