Commentaires de saint AugustinJuges 3
Augustin d’Hippone
Lire Juges 3 dans la BibleJuges 3:9
XVIII. (Ib 3, 9.) Interversion. – « Et le Seigneur suscita un Sauveur à Israël et il les sauva ; » et comme si l’on demandait quel est ce Sauveur, « Gothoniel, dit-il, fils de Cénez. » Ce nom, Gothoniel, doit être pris ici comme étant à l’accusatif. Il faut remarquer que l’Écriture donne le nom de Sauveur même à un homme qui est l’instrument de Dieu pour sauver le peuple. « Les « enfants d’Israël crièrent au Seigneur, et le Seigneur suscita un sauveur à Israël et il les sauva, « Gothoniel, fils de Cénez, frère puîné de Caleb, et il les exauça. » Il y a ici une sorte d'inversion peu commune, celle que les Grecs appellent : interversion du discours. Si on met en avant ces paroles qui viennent ensuite : « Et il les exauça » le récit devient clair. En voici l’ordre : « Et les enfants d’Israël crièrent vers le Seigneur, et il les exauça, et le Seigneur suscita à Israël un Sauveur, Gothoniel, fils de Cénez, et il les sauva. » Il les sauva: si on rejette à la fin cette phrase intercalée dans le texte entre un Sauveur et Gothoniel, à l’accusatif, tout s’explique aisément.
Juges 3:11
XIX. (Ib 3, 11.) Longue paix en Israël. – L’Écriture assure que pendant quarante ans la terre promise se reposa des guerres sous la judicature de Gothoniel. C’est tout ce que l’empire romain dans ces commencements put avoir de temps de paix, et seulement sous le roi Numa Pompilius.
Juges 3:19
XX. (Ib 3, 19, 20.) Une parole à double sens est-elle un mensonge? – On peut demander s’il y eut mensonge de la part d’Aod, juge d’Israël, quand il tua Eglon, roi de Moab. En effet, comme il cherchait à le surprendre seul à seul, pour le frapper, il lui dit : « J’ai une parole secrète pour vous, ô roi » afin que le roi renvoyât tous ceux qui étaient avec lui ; quand cela fut fait, Aoddit de nouveau : « J’ai une parole de Dieu pour vous, ô roi. » Mais il se peut qu’il n’y ait point ici de mensonge : quelque fois l’Écriture donne le nom de parole à une action ; et c’était le cas donc cette circonstance. Quant à ce qui est dit que c’est une « parole de Dieu » on doit admettre que Dieu, ayant suscité un sauveur à son peuple, lui donna l’ordre de tuer Églon ; car dans ces temps il fallait que le Ciel donnât de tels ordres. XXI. (Ib 3, 17.) Antiphrase. – On cherche avec raison comment il a pu se faire que « le roi Eglon étant extrêmement grêlé, sa graisse recouvrit sa blessure » après qu’il eut reçu le coup mortel. Mais il faut voir ici une antiphrase, manière de parler qui signifie le contraire de ce qu’elle énonce : c’est ainsi qu’on appelle lucus, le bois sacré, où il n’y a pas de lumière, lux, et qu’on exprime le défaut parle terme d'abondance; c’est ainsi encore qu’au livre des Rois il est écrit de Nabuth qu’il bénit le roi, pour marquer qu’il le maudit (1Ro XXI 10,13.). Toutefois nous lisons dans la Vulgate, traduite non sur les Septante mais sur l’hébreu : « Or, Eglon était d’un excessif embonpoint.
Juges 3:23
XXII. (Ib 3, 23.) Encore une interversion. – « Et Aod sortit dehors et terrassa les gardes, et il ferma les portes de la chambre haute sur soi, et il ferma solidement. » Ces dernières paroles qui avaient d’abord été omises doivent se rattacher à ce qui a été dit précédemment. Car les portes furent d’abord fermées, et seulement alors, Aod descendit et traversa les gardes.
Juges 3:25
XXIII. (Ib 3, 25.) Comment put-on ouvrir avec une clef une porte qui n’avait pas été fermée à la clef. – On pourra se demander comment les serviteurs du roi Eglonont pu ouvrir avec une clef la porte qu’Aod n’avait point fermée à la clef ; ou s’il avait fermé à la clef, comment n’avait-il pas emporté cette clef, afin d’empêcher qu’on ouvrît ? On prit une autre clef, ou bien les portes en question pouvaient se fermer, mais non s’ouvrir sans clefs. Il y a des appartements qui ferment de cette manière, ceux par exemple qui ont des verrous.
Juges 3:30
XXIV. (Ib 3, 30.) Très longue paix. – Sous.lajudicature d’Aod, Israël jouit de la paix dans la terre promise l’espace de quatre-vingts ans, ce qui est le double de la durée de cette paix fameuse du peuple romain sous le roi Numa Pompilius.
Juges 3:31
XXV. (Ib 3, 31.) Sur la victoire de Samgar. – « Et après lui parutSamgarfils d’Aneath, et il tua aux étrangers six cents hommes, sans compter les jeunes bœufs, et il sauva Israël. » On peut demander comment après Aod, Samgara combattu pour Israël, et comment il l’a délivré, car Israël n’avait pas été réduit de nouveau en captivité, ni soumis à la servitude. Comprenons que cette parole : « il sauva » rappelle non que l’ennemi fit du tort, mais qu’il ne lui fut pas permis d’en faire : il faut croire qu’il essaya de la guerre, mais qu’il fut repoussé par les armes victorieuses du nouveau Juge. Pourquoi ajouter : «sans compter les jeunes bœufs? » c’est obscur. Peut-être Samgar en combattant fit-il un carnage des bœufs ; et pour cette raison l’Écriture dirait qu’il a tué six cents hommes, sans compter les bœufs mis à mort. Mais pourquoi dire : de jeunes bœufs ? Serait-ce que dans la langue grecque l’usage est de donner le nom de veaux à, des bœufs déjà forts ? Il paraît que, en Égypte, cette locution est usitée, de même que chez nous on appelle poussins, les poules de tout âge. La version faite sur l’Hébreu ne porte pas celles-ci : « sans compter les jeunes bœufs » comme la version faite sur les Septante : mais en revanche, cette version faite sur l’hébreu porte celles-ci que n’a point la nôtre : « six-cents hommes tués, avec un soc de charrue. »
Commentaires de saint Augustin — Augustin d’Hippone. Domaine public
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