Commentaires de saint AugustinJob 30

Augustin d’Hippone

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Job 30:1

CHAPITRE XXX. – Changement de fortune ; la vue de ses malheurs attendrira le Seigneur.

1. « Et maintenant les plus faibles me tournent en dérision ; les plus jeunes me reprennent de mes fautes. » C’est que dans la suite l’Église eut de tels enfants ; ils font peu de progrès. « Ils me reprennent », est-il dit ; car revêtus des honneurs de l’Église, ils ont reçu le pouvoir de prêcher au peuple ce qu’ils ne font point eux-mêmes. « Ceux dont je méprisais les pères. » Il leur donne pour pères ceux dont ils sont les fils par imitation, et à qui il a été dit : « Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites (Id 23, 13). »

Job 30:2

2. « Et la force de leur bras n’était rien pour moi », la puissance de leurs pères, qui alors ont pu crucifier le Seigneur.« En eux la vie s’en allait tout entière. » Car jusqu’à la fin ils refusèrent de se convertir.

Job 30:3

3. « Sans cesse en proie à la faim et à la misère », tourmentés par une foule d’insatiables désirs. « Hier encore ils fuyaient dans le désert », cherchant sans cesse à éluder la Loi qu’ils ne voulaient point entendre avec droiture. « Fuyant hier dans le désert », parce qu’ils l’avaient reçue dans le désert. Si aujourd’hui s’applique au nouveau Testament, hier s’applique à l’Ancien. C’est du Nouveau qu’il est dit : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs (Psa 95, 8); » et ailleurs : « Vous êtes mon fils, je vous ai engendre aujourd’hui (Id 11, 7). »

Job 30:4

4. « Ils rongeaient l’écorce des arbres. » Ils avaient pour nourriture les figures de la Loi qui en voilaient les réalités. « La racine des plantes était leur nourriture ; » les mystères qu’ils devaient célébrer d’une manière charnelle, quine paraissaient pas s’élever de terre : toutefois une intelligence droite pouvait en tirer des fruits de salut, et s’élever de terre, vers la vraie liberté, mais eux n’ont pu y parvenir. « Sans honneur, sans considération, et privés de tout bien. » L’honneur du premier rang était perdu pour eux, avec les espérances de la promesse. Ils ont par leur propre faute perdu les bénédictions temporelles, et le royaume des cieux n’est point à eux. « Pressés par la famine, ils dévoraient la racine des arbres. » Ce qui est dit de la racine des plantes pour le froment, il faut l’appliquer à la racine des arbres pour le vin et l’huile. Car ces produits s’entendent des biens spirituels de l’Église. Leurs racines plantées en terre étaient les rits sacrés que les Juifs devaient extérieurement célébrer, tels que le sabbat, la circoncision, les sacrifices et tous les autres actes destinés à alimenter la piété.

Job 30:5

5. « Les voleurs se sont levés contre moi. » Ceux qui par la fraude et le mensonge obtiennent injustement les honneurs réservés aux justes :

Job 30:6

6. « Leurs habitations étaient les antres des rochers. » Ils voulaient justifier leurs coupables désirs par les passages obscurs des Livres saints.

Job 30:7

7. « Ils criaient parmi les arbres. » Leurs péchés paraissaient au grand jour, malgré leurs efforts pour les cacher sous les obscurités des Écritures, comme sous le feuillage des forêts. Aussi est-il écrit : « Les cris des habitants de Sodome sont montés jusqu’à moi (Gen 18, 20). » En plusieurs endroits, l’Écriture parle des clameurs du péché, pour en signifier la publicité. En ce sens la parole est la pensée coupable conçue au fond du cœur, le cri est l’action extérieure. « Ils s’abritaient sous les tiges dans la terre : » ceux qui accomplissent la Loi d’une manière charnelle, s’abritent non pas seulement sous les tiges, mais sous les, tiges les plus basses. Ces tiges ou ces troncs d’arbres ne sont point les fruits eux-mêmes, mais c’est sur eux, que poussent les branches à fruits, soit des plantes, soit des arbres, si toutefois il s’agit d’arbres fruitiers, puisque les arbres qui ne portent pas de fruits ont aussi des tiges.

Job 30:8

8. « Enfants d’hommes insensés, et vulgaires. » Des Juifs, que plus haut il leur a donnés pour pères, parce qu’ils les ont imités : car eux aussi se glorifient du nom d’un Dieu qu’ils ne servent point. Il appelle les Juifs insensés et vulgaires eux au contraire se vantent non-seulement d’être les guides des aveugles, mais encore d’être les fils d’Abraham, et tirent vanité de cette noble origine. Dans ces paroles : « Ils sont aveugles, et guides d’aveugles (Mat 15, 14) », ils voient leur sottise démasquée ; et ces autres : « Si vous êtes fils d’Abraham, faites les œuvres d’Abraham (Jn 8, 39) », les montrent dégénérés et avilis. « Leur nom et leur honneur ont disparu de la terre. » Ils existaient, mais ils ont disparu.

Job 30:9

9. « Et maintenant je suis l’objet de leurs chants », de ce dernier, dont les autres sont les pères ; ma voix retentissait à leurs oreilles, elle ne touchait point leurs cœurs. « Ils me tournent en dérision ; » s’ils partent de moi, s’ils entendent mes enseignements, leurs discours, leur attention sont inutiles et complètement perdus.

Job 30:10

10. « Ils m’ont en horreur, et fuient loin de moi. » Ils se sont éloignés de la sainteté, en commettant l’iniquité et en repoussant de leurs cœurs corrompus les préceptes de la sagesse. « Ils ont osé me cracher au visage. » Ils maudissent réellement le visage du Christ, ceux qui repoussent avec mépris ses commandements ; ou bien leur vie dépravée a empêché que je fusse bien connu.

Job 30:11

11. « Il a ouvert son carquois pour me percer ; » les secrets de la nature, sources de tentations. « Et ils ont mis un frein à ma bouche », afin que malgré moi je les approuve, que je les porte où il leur plaît de me conduire, vers l’objet de leurs honteuses passions.

Job 30:12

12. « Ils ont grandi en s’élevant à ma droite. » Pour contenter leurs désirs ils sont venus, la bonté sur les lèvres, la douceur dans les paroles, sans recourir à la violence. « Ils ont retenu mes pieds par des entraves : » par les dignités ecclésiastiques qui les empêchaient de fuir.

Job 30:13

13. « Mes sentiers sont rompus ; » on veut qu’ils ne soient plus connus des justes qui savent y marcher sans rechercher leurs intérêts, mais ceux de Jésus-Christ (Phi 2, 20). « Il m’a dépouillé de ma robe ; » de mon ancienne autorité, devant laquelle tout doit plier. C’est ce qui arrive, quand les péchés sont devenus trop nombreux, et sont passés en habitude. « Il m’a blessé de ses traits », de ses préceptes qui me découvrent l’iniquité, sans que je puisse l’arrêter.

Job 30:14

14. « Il m’a traité au gré de ses caprices. » Dieu fait servir, comme il l’a voulu, mon malheur et ma misère au triomphe de la justice. « Je suis enveloppé de douleurs : » je souffre en moi et dans autrui ; au-dehors les combats, les terreurs au-dedans (2Co 6, 5) ; qui languit, sans que je languisse moi-même (Id 11, 29) ?

Job 30:15

15. « Mes douleurs sont sans relâche, et mon espérance a été emportée comme le souffle. » Uniquement occupés des espérances du temps, ils tiennent pour rien ce que je promets. « Et mon bonheur a passé comme un nuage. » L’attachement au bonheur présent les a détournés des promesses de celui de l’éternité.

Job 30:16

16. « Mon âme se répandra au-dessus de moi », par la prière.

Job 30:17

17. « La nuit mes os ont été brisés. » Il enseigne que sa force d’autrefois lui a été ravie. « Et mes nerfs se sont affaiblis : » ses actions passées.

Job 30:18

18. « Il a saisi avec force ma robe : » pour manifester sa puissance, il m’affligeait, puis me soutenait. « Il m’a entouré comme les bords de mon vêtement. » Il m’a laissé un peu de mon autorité.

Job 30:19

19. « Mon partage est dans la poussière et la cendre. » Dans la pénitence, parce que c’est la fin de ma vie.

Job 30:20

20. « Ils se sont arrêtés, pour mieux me considérer. » Devant mon humiliation les orgueilleux se sont arrêtés, cherchant à me condamner.

Job 30:22

22. « Et vous m’avez enlevé tout espoir de salut. » Il plaint ceux qui n’espèrent plus être régénérés.

Job 30:23

23. « La terre est la demeure de ce qui est mortel. » Il craint la mort, parce que sa conversation ne serait pas dans le ciel (Phi 3, 20) ; comme celle des méchants, qui dans l’Église mènent une vie toute charnelle.

Job 30:24

24. « Que ne puis-je donc me faire mourir ! » Que je meure à ce monde ! « Ou conjurer un autre de me donner la mort ! » un ange meilleur que moi, ou Dieu pour me rendre meilleur.

Job 30:26

26. « J’espérais les biens. » Il s’afflige parce que ces maux lui sont arrivés subitement.

Job 30:27

27. « Un feu dévore mes entrailles, et ne peut s’éteindre : » l’intérieur de son âme, ou sa mémoire qui lui rappelle et son passé et l’affliction qui le fait gémir.

Job 30:28

28. « Je me suis arrêté en criant au milieu de l’assemblée. » Car on ne l’entendait pas dans la foule de ceux qui ne voulaient point devenir meilleurs.

Job 30:30

30. « Ma peau a été toute noircie », à cause de mes maux extérieurs.

Job 30:31

31. « Ma harpe n’a chanté que le deuil ; » la harpe désigne les bonnes œuvres qui me faisaient louer Dieu avec joie.

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