Commentaires de saint AugustinJob 16
Augustin d’Hippone
Lire Job 16 dans la BibleJob 16:3
3. « Eh quoi ! Est-ce que la beauté des discours est l’esprit ? » d’orgueil. « Et qui pourra t’importuner ? » quoique tu n’aimes point ce que tu as dit.
Job 16:4
4. « Moi aussi je parle comme vous. » Je tiens un langage digne de vous. « Si votre âme prenait la place de la mienne ; » si vous souffriez les tourments que j’endure, je vous parlerais sans vous faire des reproches ; que son des paroles contraires aux actions ?
Job 16:7
7. « Si j’élève la voix, je ne me plains pas de ma blessure. » Vous n’avez été prudents ni dans vos discours, ni dans votre silence. En effet si le sage veut parler, c’est pour prendre en pitié le malheureux et le consoler ; s’il parle de lui-même, c’est pour pleurer sur ses blessures ; et s’il se tait, il se tait à propos.
Job 16:8
8. « Il m’a épuisé de fatigue, il a égaré mon esprit et m’a réduit en poussière. » Afin que je n’élève point la voix contre vous, Dieu a brisé mon orgueil ; il veut que ma folie devienne sagesse.
Job 16:9
9. « Vous m’avez saisi, et j’ai rendu témoignage. » Vous m’avez convaincu de mes péchés, et je suis devenu mon accusateur. « Et mon mensonge s’est élevé contre moi ; » lorsque je me croyais juste. « Je m’élèverai contre moi-même. » De là cette parole : « Je t’exposerai à tes propres regards (Psa 50, 2). »
Job 16:10
10. « Il a pris la colère pour me rejeter. » C’est bien dit : « Il a pris la colère », car il n’en subit pas les excès. Il a rejeté, comme il rejette l’orgueilleux. « Il a grincé les dents contre moi. » Il m’a accablé de ses reproches ; les dents, ce sont ici les paroles. « Les flèches de ses pirates sont venues me frapper. » Ce sont les puissances de l’air : instruments à qui Dieu permet d’éprouver les justes et de châtier les méchants elles sont appelées des pirates, car elles nous harcèlent dans notre course sur la mer de ce monde.
Job 16:11
11. « Il m’a percé de son regard. » Loin d’atténuer mes péchés, il a ordonné de me châtier. Il est comme le trait de lumière qui, découvre aux ministres de ses vengeances ceux qu’ils doivent punir ; son regard a été ma condamnation. Voici un autre sens : Il m’a fait voir mon péché auparavant je ne l’avais pas aussi vivement ressenti. « Il m’a violemment frappé aux genoux, et tous sont accourus sur moi. » Dès que Dieu l’eut frappé, près de lui accoururent les anges de Satan.
Job 16:13
13. « Lorsque j’étais en paix, il m’a brisé. Il m’a ravi à mon repos, ou à moi-même ; j’ai été déchiré par mes ennemis, ceux mêmes qui se déchiraient entr’eux. « Il a saisi et arraché ma chevelure ; » à cause de mes péchés, il a mis la division en moi. « Il m’a choisi comme le but de leurs flèches », pour qu’ils les lançassent sur moi. Comme on place un but auquel doit viser l’archer qui lance ses flèches.
Job 16:14
14. « Ils m’ont assailli de leurs lances, m’ont percé les reins et ont été pour moi sans pitié. En punition des désirs charnels dont il se voit tout pénétré, et que lui suggèrent les tentations des mauvais anges. Ils ont répandu mon fiel à terre », afin que la vue des biens temporels excitât mon envie contre ceux qui les possèdent.
Job 16:15
15. « Ils m’ont entraîné à des chutes énormes : » n’entendons point ici les chutes de son corps.
Job 16:16
16. « Ils ont cousu un cilice sur ma peau. » Ce sont les péchés intérieurs qui lui rappellent son ancien bonheur.
Job 16:17
17. « Et sur ma paupière est venue l’ombre de la mort. » Je veux arriver à la lumière, et je me sens arrêté par les habitudes coupables.
Job 16:19
19. « Que la terre ne recouvre pas le sang de mes veines. » C’est-à-dire, si ma prière n’a pas été pure, à cause de mes désirs charnels, que la terre amoncelée ne recouvre pas le lien de ma mortalité ; c’est ce qu’il désigne par le mot « sang », comme s’il disait : qu’un malheur plus grand que ces désirs coupables, celui d’un péché volontaire, ne tombe pas sur moi : ce péché nous porte la nature condamnée à mort. « Et que mes cris soient étouffés. » Que ma prière demeure privée de mérites.
Job 16:20
20. « Et maintenant j’ai dans le ciel un témoin. » Il semble parler de Notre-Seigneur, qui n’était pas encore descendu sur la terre. « Et au plus haut des cieux celui qui connaît mon « cœur », parce qu’il doit partager ma condition mortelle.
Job 16:22
22. « Que l’homme entre en jugement avec son Dieu. » Que le Seigneur vienne, et que l’homme lui soit comparé, comme saint Jean avec le Christ. Une telle comparaison fera clairement ressortir toute la différence entre l’homme le plus parfait et le Dieu fait homme. « Comme le fils de l’homme vers son semblable : » comme le Seigneur dans son humanité vers celui qui était tombé entre les mains des voleurs (Luc 10, 30). 23. « Les années qui m’avaient été comptée me sont arrivées. » Et le Christ me secourra à la plénitude des temps (Gal 4, 4). « Et j’entre dans une voie par laquelle jamais je ne reviendrai. » Celle du renoncement au monde.
Commentaires de saint Augustin — Augustin d’Hippone. Domaine public
Job 16:2
CHAPITRE XVI. – Reproches de Job à ses consolateurs importuns ; il est innocent. – Paroles de Job.
2. « Déjà j’ai entendu beaucoup de ces discours ; » d’autres encore que ceux que vous tenez. « Consolateurs des méchants. » Vous pouvez consoler les méchants, puisqu’ils sont vos imitateurs, mais non les justes. Je n’ai entendu de vous aucune parole sage.