Commentaires de saint AugustinGenèse 50
Augustin d’Hippone
Lire Genèse 50 dans la BibleGenèse 50:5
CLXX. (Ib 50, 5.) Sur le sépulcre de Jacob. – Lorsque Joseph envoie les premiers de l’Égypte dire de sa part à Pharaon – « Mon père m’a fait jurer et m’a dit : Tu m’enseveliras dans le monument que je me suis creusé au pays de Chanaan » où est, dira-t-on peut-être, la vérité dans ces paroles, puisque nous ne lisons pas que Jacob les ait prononcées lorsqu’il dictait sa volonté relativement à sa sépulture ? Mais comme nous l’avons déjà observé plus haut, à propos des paroles et des récits qui sont des redites, il faut avant tout s’attacher au sens. Car énoncer la pensée et la faire connaître ; tel est l’usage auquel doit servir la parole. Or, que Jacob se soit creusé un sépulcre, nous ne le lisons nulle part dans les chapitres précédents. Mais l’Écriture ne le dirait pas, si réellement Jacob ne s’était préparé un sépulcre dans la terre de Chanaan.
Genèse 50:10
CLXXI. (Ib 50, 10.) Raison mystérieuse du chemin qu’on suivit pour aller ensevelir Jacob. – Que signifie ce passage, où l’Écriture raconte le chemin qu’on suivit pour aller ensevelir Jacob : « Et ils arrivèrent à l’aire d’Atad, qui est au-delà du Jourdain » ? Au témoignage des hommes compétents, ils se portèrent à plus de cinquante mille au-delà du lieu réservé à la sépulture du mort : tel est en effet, approximativement, la distance qui sépare l’endroit où il est dit qu’ils arrivèrent, de celui où furent ensevelis les Patriarches au nombre desquels il faut compter Jacob. Et après avoir beaucoup pleuré et gémi en cet endroit, ils repassèrent le Jourdain pour revenir à l’endroit qu’ils avaient dépassé. On dira peut-être qu’afin d’éviter la rencontre de quelque ennemi, ils suivirent avec le corps de Jacob le chemin du désert, où passa à son tour le peuple d’Israël à sa sortie d’Égypte, sous la conduite de Moïse. Ce chemin forme effectivement un circuit considérable, et aboutit, en traversant le Jourdain, au lieu qui porte le nom d’Abraham (Voir ci-dessus, Quest. CLXI), et qui servit de sépulture aux corps des Patriarches, en d’autres termes, à la terre de Chanaan. Mais de quelque manière que ce voyage se soit accompli, ce n’est pas, croyons-le, sans une raison mystérieuse qu’on se porta si loin vers l’Orient au-delà du lieu de la sépulture, pour y revenir ensuite à travers le Jourdain : Israël devait un jour, dans la personne de ses enfants, se transporter en ce pays en traversant le même fleuve. CLXXII. (Ib 50, 10, 3.) Sur le nombre sept. – « Et il fit à son père un deuil qui dura sept jours. » Je ne sache pas qu’on trouve dans l’Écriture, à l’occasion de la mort d’un saint personnage, un deuil célébré pendant neuf jours, ce que les latins appellent les Novandiales. Si donc il est des chrétiens qui observent, à la mort des leurs, ce nombre en usage surtout parmi les païens, il faut, à moi avis, leur défendre cette coutume. Quant au nombre sept, il fait autorité dans l’Écriture ; c’est pourquoi il est écrit ailleurs : « On pleure un mort pendant sept jours ; mais un insensé doit être pleuré toute sa vie (Sir 22, 13). » Le nombre septénaire marque principalement le repos à cause de la religion du Sabbat ; c’est donc avec raison qu’on l’observe pour les morts, parce qu’ils sont comme entrés dans leur repos. Cependant les Égyptiens décuplèrent ce nombre aux funérailles de Jacob ; ils le pleurèrent pendant soixante-dix jours.
Genèse 50:22
CLXXIII. (Ib 50, 22.) Comment il y eut soixante-quinze personnes qui descendirent avec Jacob en Égypte. – « Et Joseph vécut cent-dix ans, et il vit les enfants d’Ephrem jusqu’à la troisième génération ; et les enfants de Machir, fils de Manassé, furent élevés sur les genoux de Joseph. » Lorsque l’Écriture observe que Joseph vit les enfants de ses enfants, et même ses arrière-petits-fils, comment les joint-elle aux soixante-quinze personnes, qui, selon son récit, entrèrent en Égypte, avec Jacob (Gen 46, 27) ? Joseph, devenu vieux, put les voir enfants ; mais quand Jacob fit son entrée en Égypte, Joseph était jeune, et, à la mort de son père, il n’avait environ que cinquante-six ans. C’est donc pour une raison mystérieuse que l’Écriture a voulu consigner ce nombre soixante-et-quinze. Mais si l’on insiste pour demander comment il est véridique et conforme à l’histoire, que Jacob soit entré en Égypte avec soixante-quinze âmes, il faut comprendre que son entrée ne signifie pas seulement le jour où il est venu. En effet, comme le nom de Jacob est souvent donné à ses enfants, c’est-à-dire à sa postérité et que sa descente en Égypte est due à Joseph, son entrée signifie tout le temps que vécut Joseph, grâce auquel il l’effectua. Or, tous ceux que nomme l’Écriture, pour compléter ce nombre de soixante-quinze, en y comprenant les petits-fils de Benjamin, ont pu naître et vivre dans cet intervalle de temps. De même donc que l’Écriture dit : « Ce sont là les enfants que Lia engendra à Jacob en Mésopotamie de Syrie (Gen 46, 15) » comptant eux-mêmes qui n’étaient pas nés, mais qui avaient déjà reçu une sorte de naissance dans la personne de leurs auteurs ou de leurs parents, nés de Lia en Mésopotamie ; ainsi Jacob, devant à Joseph d’être venu en Égypte, il est censé y entrer avec tous ses descendants que voit naître Joseph, cause première de son arrivée.
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Genèse 50:3