Commentaires de saint AugustinGenèse 19
Augustin d’Hippone
Lire Genèse 19 dans la BibleGenèse 19:8
XLII. (Ib 19, 8.) Conduite de Loth envers les Sodomites. – « J’ai, dit Loth aux Sodomites, deux filles qui sont encore vierges, je vous les amènerai ; usez-en comme il vous plaira, pourvu que vous ne fassiez point de mal à ces hommes. » Il voulait, en livrant ses filles, obtenir en retour que ses hôtes ne subissent point un pareil outrage de la part des Sodomites. On demande, et à bon droit, si pour établir une sorte de contrepoids à des infamies ou à d’autres péchés, il est permis de faire un mal, afin d’empêcher un autre d’en commettre un plus grand ; ou s’il ne faut pas attribuer les paroles de Loth au trouble plutôt qu’à la réflexion. Il serait en effet extrêmement dangereux d’approuver cette manière d’agir ; mais si on l’attribue au trouble et à l’émotion produite par un si grand mal, elle n’est imitable à aucun titre.
Genèse 19:11
XLIII. (Ib 19, 11.) Aveuglement des Sodomites – « Or, ils frappèrent de cécité les hommes qui étaient à la porte de la maison. » Le grec porte : ἀορασία, ce qui signifie plutôt privation de la vue qui rendait invisible, non pas tout, mais ce qu’il ne fallait pas voir. En effet, s’ils eussent été frappés de cécité et absolument incapables de rien distinguer, comment auraient-ils pu se lasser de chercher la porte ? Affligés de leur malheur, ils n’en auraient pas même eu la pensée. C’est de cette espèce de privation de la vue que furent frappés ceux qui étaient à la recherche d’Élisée (2Ro 6, 18). Ceux qui ne reconnurent pas le Seigneur après la résurrection, en marchant avec lui dans le chemin, l’éprouvèrent également (Luc 24, 16) ; si le mot n’y est pas, la réalité néanmoins est évidente.
Genèse 19:18
XLIV. (Ib 19, 18-19.) Sur les paroles que la peur inspire à Loth. – « Loth leur dit : Seigneur, puisque votre serviteur a trouvé grâce devant vous et que vous avez signalé votre justice à mon égard, en me conservant la vie ; considérez, je vous prie, que je ne puis me sauver sur la montagne, que les maux m’y atteindront peut-être et que je mourrai. » Il ne se confiait pas même à Dieu, qu’il reconnaissait dans les anges. C’était déjà sous cette inspiration qu’il parlait, lorsqu’il consentit à livrer ses filles. Comprenons par là que ses paroles relatives au déshonneur de ses enfants ne doivent point faire autorité, pas plus que le manque de confiance en Dieu, qui s’appuierait sur son exemple.
Genèse 19:29
XLV. (Ib 19, 29.) À quoi faut-il attribuer la délivrance de Loth ? – « Et Dieu se souvint d’Abraham et délivra Loth du milieu des ruines. » L’Écriture attribue la délivrance de Loth principalement aux mérites d’Abraham, pour nous faire comprendre que Loth n’est appelé juste que dans une certaine mesure, surtout parce qu’il adorait le seul vrai Dieu, et par comparaison avec les crimes des Sodomites ; car en vivant au milieu d’eux il ne put jamais se faire à leur genre de vie. XLVI. (Ib 19, 30.) De la montagne où Loth se réfugia. – « Or, Loth sortit de Ségor et demeura sur la montagne. » Je m’étonne si cette montagne, sur laquelle il monta de son propre mouvement, n’est pas celle qu’il refusa de gravir, quand le Seigneur l’en avertit. Ou ce n’en est pas une autre, ou rien ne le fait supposer. XLVII. (Ib 19, 30.) Sur le peu de foi de Loth. – « Car il eut peur de demeurer à Ségor. » Le Seigneur, par égard pour la faiblesse et la frayeur de Loth, lui avait accordé la ville de son choix, et lui avait donné l’assurance que cette ville serait épargnée à cause de lui : cependant Loth eut peur encore d’y demeurer ; tant sa foi était peu robuste.
Commentaires de saint Augustin — Augustin d’Hippone. Domaine public
Genèse 19:1