Bible Annotée de NeuchâtelPsaumes 77
Collectif Bonnet, Bovet, Godet et collaborateurs
Lire Psaumes 77 dans la BiblePsaumes 77:1
Selon Jédthun : voir Psaumes 39.1 et 62.1, notes. Jéduthun était contemporain de David, mais il se peut fort bien qu'il ait créé un genre particulier de musique religieuse qui ait subsisté longtemps après lui. C'est probablement à ce genre musical que cette note fait allusion.
Psaumes 77:2
2 à 10 Les tourments du fidèle. Ses prières prolongées (versets 2 à 4), ses souvenirs (versets 5 à 7), ses questions (versets 8 à 10).
Je crie. Presque tous les verbes des deux premières strophes se présentent sous la forme grammaticale particulière à l'hébreu (le hé paragogique), qui ajoute à la pensée l'idée d'exhortation, comme si le psalmiste prenait la résolution de crier, de se souvenir. de soupirer.
Psaumes 77:3
Je cherche, littéralement : J'ai cherché, et je continue à le faire. Il y a longtemps que le psalmiste prie, sans obtenir de réponse.
Mon âme refuse d'être consolée : la seule consolation qu'elle accepterait serait une réponse de Dieu à sa prière.
Psaumes 77:4
Je soupire. Les souvenirs qui réconfortaient jadis le psalmiste ne font que lui rendre plus sensible la différence entre le temps actuel et les jours d'autrefois.
Psaumes 77:5
Tu tiens mes paupières [en éveil]. En face du silence prolongé de Dieu, le fidèle ne peut s'accorder de repos.
Psaumes 77:7
Mon esprit médite. Le contenu de ces méditations est exposé dans la strophe suivante.
Psaumes 77:8
8 à 10 Toutes les questions exprimées ici supposent des choses impossibles et qui semblent pourtant réelles. L'âme angoissée expose, sous forme interrogative, les conséquences qu'il faudrait tirer de la situation présente, si elle se prolongeait.
Psaumes 77:11
11 à 21 Le Dieu du salut (2 à 16) et ses grandes uvres d'autrefois (17 à 21).
11 à 16 Dieu a racheté son peuple.
La droite du Très-Haut n'est plus la même. Ce n'est plus une question, mais une affirmation ; la crise est à son point le plus aigu, le doute semble avoir triomphé. Mais par sa netteté même une telle déclaration aide au psalmiste à reprendre pied sur le terrain de la foi ; dès ce moment, il se jette tout entier dans le souvenir des grandes uvres de Dieu, qui révèlent non seulement ce qu'il a été, mais ce qu'il est à toujours.
Psaumes 77:14
Ta voie est sainte, hébreu : dans la sainteté. Les voies de Dieu, sa marche à travers l'histoire et la manière dont il conduit son peuple, ont paru incompréhensibles au psalmiste. Maintenant, à la lumière du passé, il constate qu'elles sont infiniment élevées au-dessus des pensées de l'homme. L'élément dans lequel Dieu se meut est la sainteté, qui condamne tout ce qu'il y a de coupable, d'égoïste, de mesquin dans la conduite de l'homme.
Quel Dieu est grand comme Dieu ? Comme celui qui seul a le droit de s'appeler Dieu.
Psaumes 77:15
C'est toi qui es Dieu, littéralement : Tu es le Dieu, le Dieu unique, le seul vrai. Cette vérité, exprimée déjà au verset précédent, sous une forme un peu différente, est affirmée ici dans toute sa force. Comparez Esaïe 43.10 ; 44.6, etc.
Psaumes 77:16
Tu as racheté ton peuple : par oppposition aux autres peuples, mentionnés au verset 15. Ces derniers ont pu voir qu'Israël est le peuple particulier de Dieu. Comparez Deutéronome 7.6 ; Tite 2.14.
Les fils de Jacob et de Joseph. La version chaldéenne paraphrase ce verset comme suit : Les enfants que Jacob a engendrés et que Joseph a nourris.
Le jeu d'instruments qui se fait entendre maintenant prélude à l'hymne grandiose par lequel va se terminer le psaume.
Psaumes 77:17
17 à 21 Le chemin frayé dans la mer.
Le souffle poétique si puissant et les images hardies de cet hymne rappellent le chapitre 3 d'Habakuk.
Les eaux t'ont vu. La mer Rouge, personnifiée, pressent que quelque chose de grand et de redoutable va se passer à son égard, par l'intervention de Dieu lui-même. Comparez Psaumes 114.3-5 ; Habakuk 3.10.
Psaumes 77:18
18 et 19
Les nuages..., le tonnerre..., la terre, sont de même personnifiés, comme autant d'agents concourant à l'uvre divine ; toutes les forces de la nature sont appelées à servir Israël et à perdre ses ennemis.
Tes flèches : les éclairs. Voir Exode 14.24, note.
Dans le tourbillon. Le sens premier du mot hébreu galgal est : roue, et c'est le mot qu'emploient les anciens traducteurs : dans ou sous la roue ; il s'agirait des roues du char de l'Eternel. Comparez Habakuk 3.8. Cependant il est d'autres passages, entre autres Psaumes 83.14, où le mot hébreu signifie bien : tourbillon.
Psaumes 77:20
Tes traces ne furent point reconnues : signe non moins remarquable de la puissance de Dieu que tout ce qui précède. Dieu ébranle le ciel, la terre, la mer, et pourtant toutes choses reprennent comme d'elles-mêmes leur cours naturel (Exode 14.28),
Psaumes 77:21
Tu as conduit ton peuple... L'action de Dieu ne s'est pas bornée à sauver Israël d'une grande détresse ; elle s'est continuée dès lors, comme celle d'un berger qui conduit son troupeau. C'est par cette image reposante, fréquemment employée dans les psaumes d'Asaph, que se termine le cantique. L'application aux circonstances présentes se produit d'ellemême dans l'esprit du lecteur.
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Introduction
Prière dans une grande détresse.
L'auteur de cette prière ardente lutte avec Dieu et avec lui-même. Une tristesse poignante le domine, à la pensée que Dieu n'est plus pour son peuple ce qu'il a été jadis. C'est en effet l'état d'Israël qui l'afflige, plutôt que ses circonstances personnelles. S'il ne le dit pas expressément, cela ressort de paroles telles que celles du verset 6 et surtout de la manière dont il rappelle la délivrance d'Egypte. La description de ses tourments remplit la première moitié du psaume (versets 2 à 10). Dans la seconde partie, il fait effort pour échapper au présent, qui l'afflige, et se replonger dans les souvenirs du passé (versets 14 à 21).
Chose étrange : ce souvenir des origines d'Israël, qui tout à l'heure semblait lui fournir la preuve que Dieu n'était plus pour son peuple le même qu'autrefois, prend pour lui, à partir du verset 12, un sens tout différent. Il y puise la certitude, exposée dans les versets 14 à 16, que Dieu est incomparable, que seul il est Dieu. Cette affirmation est en réalité la vraie conclusion du psaume. La strophe versets 17 à 21, du double plus longue que les autres, n'est autre chose qu'un développement de cette vérité, un prolongement de cette conclusion, un admirable chant poétique, où la plainte du commencement du psaume est remplacée par les accents les plus triomphants.
Notre psaume nous offre un exemple remarquable d'une victoire remportée sur le découragement par la seule puissance de la foi. Le changement de ton si subit qui frappe le lecteur, du verset 11 au verset 12, ne s'explique que par l'effort de volonté du croyant, qui sent qu'accuser Dieu de n'être plus le même, c'est l'offenser. Dès ce moment il rappelle les uvres de Dieu, non point pour constater qu'elles ne se reproduisent plus, mais pour admirer ce que Dieu est à toujours.
Le psaume ne contient aucune indication positive sur la date de sa composition. Il appartient évidemment à l'une des plus tristes époques de l'histoire d'Israël. Les uns ont pensé au règne de Manassé, d'autres au temps qui a suivi la mort de Josias, mais on ne saurait rien affirmer à cet égard avec certitude.